‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 138 sur 167 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'eucharistie

Nous voici arrivés au plus auguste de tous les signes sacrés. L'Eucharistie est, en effet, ♦ un sacrement qui contient réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces ou apparences du pain et du vin (1). »

Ainsi, dans l'Eucharistie, Jésus réside véritablement, appelé par le prêtre au moyen des paroles de la consécration :

Salut, ô sacrés tabernacles, Où tu descends, Seigneur, à la voix d'un mortel!

Salut, mystérieux autel Où la foi vient chercher et son pain immortel,

Et tes silencieux oracles !

Lamartine (2).

Nous n'avons pas à établir ce fait de la présence réelle contre les rationalistes : nous n'aurions qu'à leur répéter ce que déjà nous avons dit de la possibilité du miracle. Quant aux protestants, qui ont rejeté cet article si important de la foi catholique, comment peuvent-ils concilier leurs négations avec les textes si clairs et si formels de la sainte Ecriture, dont ils reconnaissent avec nous l'inspiration divine ?

Voici à ce sujet ce que racontait le P. Ventura : « Une

(1) Catéchisme.

(2) Harmonies ooétiques, I, viii. Hachette, Jouvet.

dame protestante, qui croyait bien qu'on lui avait appris l'Evangile, nous dit un jour en société : « Votre dogme « de la pféscnce réelle est exorbitant. S'il était vrai,' Christ « n'aurait pas manqué de le révéler en des termes tels, « qu'il eût été impossible de leur donner le sens métapho- « rique que, nous autres protestants, nous y voyons. Il « aurait du dire : Failes-y bien attention ; ma chair est « une véritable nou:i'ilure, mon sang est une véritable « boisson ; voilà mon corps, voilà mon sang. » — « Qu-el malheur pour vous. Madame, et pour vos coreli- « gionnaires, qu'en S. Mathieu et en S. Jean, et en trois « autres auteurs sacrés, Jésus-Christ ait effectivement dit « tout cela, et précisément dans les mêmes termes ! Le « moyen donc, selon vous, de nier le dogme de la pré. « sence réelle ? » Un sourire de satisfaction effleura les lèATes des assistants, et la dame rougit ; par égard on coupa court à la discussion, et l'on parla des nouvelles de Crimée (i). »

Un protestant converti fait un raisonnement analogue : «■ Qu'un ministre calviniste prêche comme étant de lui, et sans avertir qu'elles sont de Jésus-Christ, ces paroles de l'Evangile ; qu'il répète sur tous les tons que « la chair du Sauveur est mi aliment, qu'on le mange comme la manne du désert, mais avec plus de fruit... » ses auditeurs s'écrieront qu'il les trahit et qu'il est catholique. Si un prêtre tenait le même langage, on n'y prendrait pas garde, on trouverait qu'il parle comme tous les lidèles. Gela seul ne dit-il pas où est le vrai Evangile ? (2) »

Nous n'entrerons pas davantage dans une discussion qui nous mènerait trop loin. Du reste, «le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, » et tout catholique' qui a

(i) Cité par Le Glarcq, Théologie du catéchiste, t. 11, p. 249. (2) Mgr Wisemaa, cité ibid., p. 245.

une fois communié ne peut nier la présence réelle, c^r il a senti Jésus-Christ en lui, et il aurait pu dire comme Chateaubriand parlant de sa première communion :

Ce jour là, tout fut à Dieu et pour Dieu. Je sais parfaitement ce que c'est que la Foi : la présence réelle de la victime dans le saint sacrement de l'autel m'était aussi sensible que la présence de ma mère à mes côtés. Quand l'hostie fut déposée sur mes lèvres, je me sentis comme tout éclairé en dedans ; je tremblais de respect

Chateaubriand (1).

» • Trois devoirs découlent de la présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie : l'assistance à la messe, la communion et la visite au Saint-Sacrement.

§ I. — La Messe.

Le but de Notre-Seigneur, en instituant l'Eucharistie, était de s'offrir en sacrifice à Dieu son Père.

Qu'est-ce qui constitue le culte dans une religion quelconque? C'est le sacrifice. Une religion qui n'a pas de sacrifice n'a pas de culte proprement dit. Cette vérité est incontestable, puisque chez -les divers peuples de la terre les cérémonies religieuses sont nées du sacrifice, et que ce n'est pas le sacrifice qui est sorti des cérémonies religieuses.

Chateaubriand (2).

Le sacrifice des chrétiens, c'est la messe; la victime offerte, c'est Jésus-Christ lui-même, qui continue et représente ici le sacrifice qu'il offrit jadis sur le calvaire, « rappelant un sacrifice sanglant sous les espèces les plus paisibles (3). »

(1) Mémoire d'outre-tombe, t. i, p. 159, (2j Génie du cliristianisnte, IV, l, v. (3) Chateaubriand, ibid., I, i, vU.

5oO APOLOGISTES LAÏQUES

Ce snorifice chrétien est réellement et en essence le même que Vclui du Calvaire, et ne diffère de la grande immolation consommée sur le Golgotha, que par quelques cérémonies et certains accidents. C'est le même Dieu qui s'offre et le même sang qui se boit.

Vicom'e Walsh (i).

Lorsqu'un tel sacrifice est ofiert sur nos autels, les chrétiens peuvent-ils y demeurer indifférents ? Certainement non, et voilà pourquoi l'Eglise nous oblige à assister à la sainte messe tous les dimanches et certains jours de fêtes solennelles. Là nous nous unissons au prêtre, qui lui-même représente Jésus-Christ, et nous participons aux prières qu'il adresse au ciel, et où

Tout est sacrifice divin, a te de foi, action de grâce. Le prOtre propose à Dieu de chanter ses louanges sur la harpe, dans Vlntroïbo; dans le Conjîteor, il lui avoue ses fautes ; dans le Gloria il lui rend hommage. Le Credo, l'obL tion de l'hostie et du calice, l'Oraison et le Canon sont de pieuses pratiques réglées par le Rituel. Le seatiment religieux y rayonne dans toute sa pur-té. Portée sur les vapeurs légères de l'encens qui brûle, la prière humaine moule vers Dieu comme une nuée odorante.

Heulhard 2],

Cependant l'instant devient plus solennel : Le prêtre reste un moment en silence, puis tout à coup annonçant l'éternité: Per omnia sœcula sœculorum, il s'écrie: Elevez vos cœurs !

Et mille voix répondent :

Habemus ad Dominiim : Nous les élevons vers le Seigneur, La préface est chantée sur l'antique mélopée ou récitatif de la tragédie grecque ; les Dominations, les Puissances, les Vertus, les Anges et les Sér.iphins sont invités à descendre avec la grande victime, et à répéter avec le chœur des fidèles le triple Canotas 'e Y Hosannah éternel, ■>' '

Chateaubriand (3).

(1) Tableau poétique des sacrements, la Messe.

(2) Bravos et sifflets. Verdi. Dupret.

(3) Génie du Cliristianisme, IV, i, vi.

l'eucharistie Soi

Car îl est vraiment juste et digne et salutaire

Qiie nous te rendions grâce à toute heure, en tout liei,

Père saint, tout-puissant Seigneur, éternel Dieu !

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