V. Hugo
Le sacrifice est accompli : il ne reste plus qu'à consommer la victime, et c'est ce qui va avoir lieu, au moment de la communion.
§ II. — Communion.
En instituant l'Eucharistie, Jésus-Christ voulait encore autre chose que se sacrifier à son Père : il voulait devenir la nourriture de nos âmes, et voilà pourquoi il a choisi, de préférence à toute autre, les espèces du pain et du vin.
Adorable invention de l'amour d'un Dieu pour., sa créature ! Quand on connaît la charité du Seigneur pour les hommes, l'Eucharistie paraît toute naturelle, et lorsqu'on connaît l'Eucharistie on est suffisamment édifié sur Dieu, sur son existence et ses perfections.
Un prêtre raconte comment il se prouvait Dieu à luimême, aux moments où dans sa jeunesse il éprouvait des tentations contre la foi. Après avoir parlé de la preuve d'esprit, il arrive à la. preuve du cœur, et il l'expose en ces termes :
« Eh bien, le cœur, lui aussi, a besoin de Dieu comme l'intelligence. Tantôt je pensais que le devoir a'est qu'un
(i) Théâtre en liberté, l'Epée, lî. Hetzel. (2) La Fin de Satan. HeUel,
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mot, s'il n'est l'expression de la volonté de Dien ; tantôt que rinimortalité de l'àme, dont je n'ai jamais pu douter, n'était rien sans un Dieu pour la sanctionner et pour la remplir. Mais souvent, dans les moments les plus difficiles, mon cœur revenait à Dieu par la croyance en l'Eucharistie. Oui, si étrange que cela puisse paraître, je me suis prouvé l'existence de Dieu par la présence réelle de Jésus-Christ Dieu dans l'Eucharistie. Cette conclusion a l'air d'un sophisme, je le sentais à ce moment même ; car il est évident que si Dieu n'existe pas, il ne peut se rendre présent dans l'Eucharistie. Cependant il me paraissait impossible de douter de l'amour, plus impossible encore que de douter de la raison et de la vérité même. Car l'amour, c'est l'àme tout entière, dont l'intelligence n'est qu'une partie ; et, aujourd'hui, tout mon désir serait de répéter le mot de Socrate : « Je ne sais qu'une petite science, celle de l'amour ; » ou plutôt encore le mot de saint Paul, qui en est la réalisation personnifiée : « Je ne pense pas savoir rien au milieu de vous, si ce n'est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (i) » par amour, comme le proclame toute l'Ecriture.
« Or ce Dieu fait homme et mourant sur une croix par amour pour les hommes ses frères n'est pas le dernier m«rt de l'amour. C'est encore trop général, trop loin de moT> trop abstrait. L'amour veut l'union, et l'union personnelle, intime, l'union d'àme à àme, le cœur battant sup le cœur. Voilà ce que nous offre l'Eucharistie : elle est rachèvement et la perfection de l'amour. Car, d'une part, les d^ux êtres qui s'y unissent. Dieu et l'homme, sont d'une nature aussi différente que possible, et c'est le triomphe de l'amoar le plus foi't de réus«ir à les rapprocher; et, d'autre part, oa ne peut concevoir une union plus intime entre eux que la
(i) I Cor., Il, 2.
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communication ]a' l'Iùicharistie : car rien n'est pins uni qu^ la nourriture cl celui qui la reçoit.
« C'est ici le dernier mot d'un amour, auprès duquel toutes les amours humaines ne sont que des ombres et des ébaur ches à peine imparfaites. Et cependant, si Dieu n'est pas, cette plénitude de Famour n'existe pas non plus : c'est un rêve, une imagination du cœur. Il faut renoncer à l'amour, comme il faut renoncer à la raison. Que me resterait-il donc? et que reste-t-il à ces malheureux qui doutent de Dieu, sinon des connaissances sans fondement, des raisons qui ont peur de la raison, et pis que cela, des amours dégradées, abaissées, aussi éloignées du véritable et saint amour que l'égoïsme est loin du dévouement, ou que les sens sont au-dessous du cœur (i)? »
Jésus savait si bien que la communion serait la dignité, le bonheur et la force des chrétiens, qu'il a voulu les contraindre à le recevoir, et il en a fait un commandement exprès, que l'Eglise a précisé en nous imposant la con> munion annuelle. Toutefois, c'est faire bien peu poui* soi même que de communier si rarement : nous le ferons plus souvent, si nous nous pénétrons davantage de cette vérité, que là réside
Une des plus grandes consolations de l'âme humaine. Je ne sais rien de plus propre à la fortifier, à la remplir d'un saint respect pour elle-même, que cette pensée : Tu sers de sanctuaire à ton Créateur ! Si la seule présence d'un être aimé suffit parfois pour nous garantir dune faute, que sera-ce donc pour une àme chrétienne de se dire : « Mon Dieu est mon hôte ! Il est en moi! 11 est moi ! » Mon fils, j'ai vu des visages de moiu'auts s'éclairer de la lumière de l'espérance en recevant Thostie sainte ; j'ai vu dans l'église, au sortir de la sainte table, des fronts de jeunes filles tout illuminés d'un rayon de foi : j'ai vu ta mère, au milieu des convulsions de la douleur, soudainement apaisée par la' communion, sourire à ses propres souffrances ; j'aui'ais
(i) Abbé Girodon, Exposé de la doctrine catholique. Pion et Nourrit
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horreur de moi-même si de tels souvenirs ne m'inspiraient pas le respect! Ce qui jette de pareilles lueurs sur la figure humaine në'peut être que sacré.
Ernest Legouvé (i).
L'expérience de chaque jour me fait trouver dans la foi de mon enfance toute la lumière de mon âge mûr, toute la sanctification de mes joies domestiques, toute la consolation de mes peines. Quand toute la terre aurait abjuré le Christ, il y a dans l'inexprimable douceur d'une Communion et dans les larmes qu'elle fait répandre une puissance de conviction qui me ferait encore embrasser la croix et défier l'incrédulité de toute la terre.