‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 140 sur 167 · OZANAM · texte numérisé non relu

OZANAM

Si un homme approchait dignement, une seule fois par mois, du sacrement de l'Eucharistie, cet homme serait, de nécessité, l'homme le plus vertueux de la terre. Transportez e raisonne ment de l'individuel au collectif, de l'homme au peuple, et vous verrez que la communion est une législation tout entière.

Chateaubriand (3).

Parmiles grands jours de la vie d'un homme, il n'en est pas qui lui laisse un souvenir plus calme, plus pur et plus fortifiant que celui où pour la première fois il s'est agenouillé à la sainte table pour y recevoir Jésus-Christ.

Aux derniers jours d'enfance, alors que sur la joue

Une rougeur errante à tous moments se joue.

Quand on n'est qu'innocence, et franchise et gaîté,

Mère pleine d'amour, alors, la piélé

Sur ces fronts ingénus étend son aile blanche.

Et, dans l'ombre veillant, les bras ouverts, se penche :

A travers les parfums des fleurs et de l'encens,

Elle mène à l'autel les groupes blondissants,

(i) Les Pères et les enfants..., Adolescence, p. i?.5. Hetzel.

(2) Cité par Saillard, les Hommes célèbres du XIX" siècle... Tours. Cattier.

(3) Génie du christianisme, I, i, viU

l'eucharistie 5o5

Et des voix de cristal, comme celles des anges, S'élèvent vers le ciel et chantent ses louanges.

Brizeux (i).

Quel honneur fait à des enfants ! Eux, si peu sérieux à l'ordinaire, semblent le comprendre, et la gravité réside sur leur visage qui jusque-là n'avait connu que le sourire. Emus, tremblantset joyeux, ils se sentent bien les enfants du bon Dieu, et tout leur cœur se fond d'amour pour lui.

Extase ! doux effroi de volupté mystique ! Sous vos doigts frémira la page du cantique, Lorsque vous chanterez : « O doux Jésus, descends ! Ah ! viens, divin époux, te mêler à notre être ! » '. Puis vous verrez trembler l'hostie aux mains du prêtre Dans le vertigineux nuage de l'encens.

Jules Breton (2).

Comment oublier de telles journées ! Voici les sentiments que ce seul souvenir met au cœur d'un écrivain peu suspect de partialité pour les pratiques chrétiennes :

...Les larmes m'inondaient comme une rosée, et j'eusse inutilement essayé de les retenir. Depuis cette époque, mes idées sur la religion, sinon sur Dieu, ont pu se modifier, mais,, je ne N oudrais pas ne pas avoir communié comme je l'ai fait, et je ]ilains les hommes qui n'ont pas ce souvenir dans leur passé Je pleure encore en l'évoquant.

Alexandre Dumas fils (3).

N'avait-il pas raison, celui qui disait : « Le ciel est une emière communion qui dure toujours. »

(i) Histoires poétiques, Journal rustique, 2« partie. Lemerre,

(2) Hevue des Deux- Mondes, i5 mai 1886. (5) L'Affaire Clemenceau, xv. G. Léyy.

5ofi APOLOGISTES LAÏQUES

|in. — Visite au Saint-Sacrement.

En dehors des visites que nous rendons à la sainte Eucharistie lorsque nous assistons à la messe ou que nous nous approchons de la table sainte, l'Eglise ne prescrit pas aux chrétiens de venir adorer Jésus-Christ au pied même de son tabernacle. Mais les vrais fidèles trouvent que cela est bien peu, et Jésus leur faisant l'honneur de résider parm; eux d'une manière permanente, ils considèrent comme un devoir de délicatesse et de reconnaissance de venir le saluer dans sa demeure.

Ici comme ailleurs, l'obligé n'est pas Dieu, car il rend au centuple ce que l'on fait pour lui, et il paie abondamment, en grâces de toute sorte, l'hommage que lui ont ojffert ses chères. créatures. Ecoutons Lamartine nous redire un de ses plus précieux souvenirs d'enfance.

Je vivrais mille ans que je n'oublierais pas ceriaine^^ heures du soir où, m'échappant pendant la récréation des élèves jouauf dans la cour, j'entrais par une petite porte secrète dans l'église déjà assombrie par la nuit, et à peine éclairée au fond du chœur par la lampe suspendue du sanctuaire; je me cachais sous l'ombre plus épaisse d'un pilier; je m'enveloppais tout entier de mon manteau comme dans un linceul; j'appuyais mon front contre le marbre froid dune balustrade, et plongé, pendant des minutes que je ne comptais plus, dans une muette, mais intarissable adoration, je ne sentais plus la terre sous mes genoux ou sous mes pieds, et je mabimais en Dieu, comme l'atome flottant dans la chaleur d'un jour d'été s'élève, se noie, se perd dans l'atmosphère, et, devenu transparent comme l'éther, parait aussi' aérien que lair lui-méine et aussi lumineux que la

lumière.

Lamabtinb (i)..

(i) Confidences, M, iv. Hachette, Jotivet^

LEUCHARISTIB 50^

Notons aussi ce dialogue entre un mari incrédule et une épouse chrétienne :

PIERRE

Où es-tu allée, tout à l'heure, après le déjeûner?

THÉRÈSE

Faire mon petit tour à Téglise, avant de grimper à mes mansardes.

PIERRE

C'est drôle, d'avoir comme ça tous les jours des rendez-vous avec le bon Dieu!... Est-il exact, au moins?

THÉRÈSE

Très exact.

PIERRE

Ah!... tu as de la chance. Dieu fait des frais pour toi... il se révèle... il se montre! Tout juste ce que nous lui demandons, nous autres... et il ne veut pas.

THÉRÈSE

C'est que vous le lui demandez mal.

Georges Duruy (i).

Allons donc à ce rendez- vous : nous y trouverons Dieu, nous lui p^irlerons, nous l'écouterons aussi, et nous constaterons qu'elles ne sont pas seulement vraies pour les femmes, les paroles du poète :

..'. Au déclin des ans comme au matin des jours.

Joie, extase ou martyre, Un au\.*îl que rencontre une femme a toujours

Quelque chose à lui dire.

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