V. HuGj
Qu'une émotion survienne, qu'une joie se présente, qu'un malheur tombe à l'improviste, l'homme sent aussitôt se ranimer cette croyance endormie ou éteinte, et de son àme frémissante il laisse échapper ce cri : Mon Dieu I
Mon Dieu, dans ses rages infimes.
Dans ses tourments, dans ses repos.
Dans ses peurs, dans ses pantomimes, Lame vous hèle à tout propos Du plus profond de ses abîmes !
Quand la souffrance avec ses limes Corrode mon cœur et mes os, Malgré moi, je crie à vos cîuies ; Mou Dieu !
Aux coupables traînant leurs crimes. Aux résignés pleurant leurs maux, rfxvrivent toujours ces deux mots,
(r). Joubert, Pensées.
(2) Les Travailleurs de la mer, II, ir, v. Hetzel.
Soupir parlé des deuils intimes, Vieux refrain tl(\-; vieilles victimes : Mou Dieu 1
Maurice Rollinat (i).
III. I/homme parle à Dieu ; mais ce n'est pas tout, el Dieu aussi paru* à l'iiomme. A chaque instant, clans notre âme, nous entendons une voix nous dire : « Ceci est bien, cela est mal; ceci est jusl.\ cela est injuste; ceci mérite une récompense, cela sera puni.» Ce juge intime, nous sentons quil nous est supérieur, ses décisions s'imposent à nous comme celles d'un maître. Or, quelle puissance peut nous tracer les règles du bien et du mal et nous parler de récompense pour l'un et de châtiment pour l'autre ? Nulle au monde, si ce n'est la puissance de Dieu.
Sous une forme familière que nous connaissons déjà (2), c'est un homme du peuple qui va nous montrer dans la conscience, la voix et le dernier mot de Dieu.
... Et si vous me dites : « Mais qui est-ce qui t'apprenait à distinguer ce qui était bien de ce qui était mal ? » Ah ! dame, monsieur, je ne saurais pas trop quoi vous répondre. C'était une voix en dedans de moi que je ne faisais pas parler, mais qui parlait de soi-même pour dire oui ou non, sans réplique, dans ma poitrine. C'est cette voix que les savants appellent conscience, et que nous autres, pauvres gens, nous appelons le gros bon sens. Ça ne dispute pas, mais ça ne se trompe pas pourtant; ça ne sait rien dire, mais ça sait tout juger, voyez-vous ! Il faut bien un dernier mot au fond de l'homme, monsieur, quand il débat avec lui-même et qu'il ne sait pas à qui entendre. Eh oien I cette conscience, c'est le dernier mot ! Et ce dernier mot le tout, c'est Dieu qui l'a écrit en nous, comme on écrit la route
(1) Les Néi'roses. épilogue. Charpentier.
(2) Voir phis haut, pages 20-21.
de temps en temps sur les poteaux des cheiums, pour qu'on n;' se trompe pas de route.
Lamartim; (r).
Toujours la conscience agit : avaul l'action elle conseille, après l'action elle juge.
Avant l'action :
Sainte servante, conscience,
Tu vas dans l'ombre devant moi ;
Tu vas devant moi, toujours prête.
Et tu me montres le chemin ;
Le voile du sort sur la tête,
La lampe de Dieu dans ta main.
Tu me dis : — Ta croix te réclame !
Debout ! c'est ailleurs qu'on s'assied. —
Tu nie dis : — Cache ici ton àme.
Tu me dis : — Pose ici ton pied.
Victor Hugo (2).
Après l'action, elle est encore là : scrutant les laits, sondant les intentions,
Elle déchiffre nos algèbres.
M. Rollixat(3).
Gi elle est satisfaite, elle nous récompense par la paix de l'àme et par la promesse des biens à venir. Sinon, elle nous blàmc et devient remords. Dès ce moment, plus de paix au coupable :
On n'empêche pas plus la pensée de revenir à une idée que la mer de revenir à un rivage. Pour le matelot, cela s'appelle la marée; pour le coupable, cela s'appelle le remords. Dieu soulève l'ùme comme l'Océan.
Victor Hugo (4).
(i) Le Tailleur de pierres de Saint-Point, X, 11. Hachette, Jouvet. (2) les Qudire vents de l'esprit, III, xxxvl Hetzel. (5^ Les Névroses : la CoQScieuce. Charpentier. (4) Les Misérables, I, vu, iii. Hetzel.
LE CnÉATEUR 4"
En vain s'esNon caché pour commettre sa faute et s'assurer l'impunité :
Comme personne ne nous blâme, Parfois, nous nous cro^'ons absous, Mais un cri nous vient cVen dessous :
C'est la conscience qui clame Dans les oubliettes de l'àme.
M. ROLLINAT (i)
Cette voix est si bien celle de Dieu, que le pécheur, pour se délivrer de son obsession, recourt souvent à un moyen radical : il arrache de son cœur la foi en Dieu. Il dit tout haut : « Dieu n'est pas, » — et tout bas il ajoute : « Donc ce n'est pas lui qui me parle. » Telle est, — n'hésitons pas aie dire en terminant cette étude sur l'existence de Dieu, — telle est la genèse d'un grand nombre d'athées. « C'est le cœur, a-t-on dit familièrement, qui leur lait mal à la tète, » et Joseph de Maistre a exprimé la même vérité en termes plus énergiques :
Nul n'c. cessé de croire à Dieu avant d'avoir désiré qu'il n'existât pas. '
ARTICLE II