V. Hugo
A la gloire du sacerdoce catholique, il faut dire que les
prêtres sont, en masse, fidèles aux promesses de leur ordination. Sans doute, leurs ennemis les accusent à plaisir et le plus souvent sans raison ; mais on sait bien qu'en foule ils sont fidèles, et voici sur ce point un aveu désintéressé : Ce qu'on dit des mœurs cléricales est, selon iiion expérience, dénué de tout fondement. J'ai passé treize ans de m.a vie entre les m^us des prêtres, je n'ai pas vu l'ombre d'un scandale ; je n'ai connu que de bons prètics.
Renan (3).
Toutefois, il est vrai que les prêtres sont des hommes et qu'ils ne sont point impeccables : par suite, « il y a bien, çà et là, quelques scandales particuliers, promptement exploités par la haine ; mais qui ne sait que ces scandales ne peuvent devenir sans injustice l'opprobre de tout un
(i) Mgr Ricard, Lamennais, i. Pion et Nourrit.
(2) Quatre-\ingl-treize, II, i, ii. Hetzel.
(3) Souvenirs d'enfance, m. G. Lévy.
l'ordre 5i9
corps ? » (i) En prendre occasion pour déserter la religion, voire même pour l'attaquer, c'est une déraison et une lâcheté:
Ceux qiii s'éIoïg;nent de Dieu parce qu'ils ont vu un mauvais prêtre, prennent bêtement parti pour cet homme contre Dieu.
Louis Yeuillot (2).
Du reste, le monde, dans sa grande généralité, n'a que du mépris pour l'apostasie d'mi prêtre. On rencontre bien quelques sophistes pour essayer de la justifier : ils ne parviennent à convaincre personne :
Les philosophes auront beau prendre leur aplomb e1^ leurs airs vainqueurs en parlant de cette évolution philosophique' on sera toujours en droit de leur répondi'e : — Pourquoi toujours répéter comme lady Macbeth, mais en frottant la main que l'on veut laire admirer : « Hé ! disparais donc, tache maudite ! » si l'éellement il n'y en a pas ?... Si Lamennais est grand pour avoir manqué à une parole d'honneur donnée à Dieu, devant son autel (la seule parole d'honneur à laquelle on puisse manquer apparemment !) pourquoi le justifier et ne pas passer outre ?... En vérité, ce n'est pas lier.
Barbey d'AuREVLLY (3).
Et de fait, en dépit de ces apologies intéressées, le monde n'a que dédain et pitié pour ces apostats, et il raille amèrement leurs manifestations parfois trop bruyantes. L'un d'eux ayant convoqué la foule à des conférences, s'attira des remontrances comme celles-ci :
Les Variétés étant fermées, on s'explique comment il y avait hier tant de monde au Cirque d'hiver, où M***, jadis prêtre, aujourd'hui père de famille, allait donner son avis sur la désaffectation du Panthéon.
{Figaro) (4).
(1) P. Monsabré, Avent 1869, II» conférence.
(2) Correspondance, t. i, p. 30. Palmé.
(3) Les Prophètes du passé. Palmé.
(4) 2 juillet 1885.
Le Père ***, même pour les libertins, était plus noble dans sa robe de bure blanche..., qu'en redingote, au Cirque d'hiver, haranguant une foule ironique, à la place où cabriolent les clowns.
Félicien Champsaur (i).
Grâce à Dieu, de tels spectacles sont fort rares, et ils ne servent qu'à faire ressortir la fidélité de l'ordre sacerdotal ; les prêtres se rappellent qu'ils le sont pour l'éternité, et malgré les tentations, malgré les railleries, malgré les persécutions ouvertes ou déguisées, ils restent fidèles à leur devise: aimer Dieu pour leur compte, et faire qu'autour d'eux il soit «le mieux aimé.»
Sy Figaro, 26 décembre i884.