V. Hutio (I
2" D'autres religieux se vouent à la vie active. Les uns se consacrent à instruction et à l'éducation des entants. Peui-il être une œuvre plus belle, lorsqu'elle est faite avec désintéressement ?
La bonne sœur I jamais on ne lit sur son ù'ont L'ennui de répéter des choses cent fois dites ;
François Coppée (a).
Elle est là pour cela, c'est pour cela qu'elle a quitté le monde, c'est en faisant cela qu'elle gagne le ciel : elle ne pense qu'à le bien :aire.
Aussi, les enfanls devinent qu'ils ont des amis dans ces maîtres du ces maîtresses ; ils savent qu'on aime leui'sànies, et ils se sentent pleins de confiance.
En entrant au ccl.h-e (3j, dit Lamartine, je sentis en peu de jours lu diiiérence pi&^igieuse quïl y a entre une éducation vénale rendue a de maiîi'^ureux enfants, pour l'amour de For, pai" des industriels enseignants, et une éducation donnée au nom de Dieu et inspirée par un religieux dévouement dont le ciel seul est la récompense....
Ils ne faisaient pas semblant de nous aimer, ils nous aimaient véritablement, comme les saints aiment leur devoir,
(i) Les MistTables, II, vu, viii, Hetzel. (a) Lta^tui^Mes, Promenades et iutérieurs, xvm. Lemerre. le collège des Jésuites de Belley.
LA ^'■lE RELIGIEUSE i)'^/
comme les ouvriers aiment leur œuvre, comme les superbes aiment leur orgueil.
Lamartine (Ij.
A propos de l'éducation religieuse, une chose m'intrigue. Les enfants que promènent les pions ont l'aspect triste d'une bande de petits prisonniers, les enfants qui se promènent avec des abbés ou des frères ignorantins ont l'air d'être contents, comme s'ils allaient avec de grands camarades.
Db Goncourt (2).
n est fort heureux qu'en instruisant les eniants, le religieux n'attende que du ciel sa récompense: le monde n'est pas disposé à la lui donner ; et pour celui qui façonne des esprits et des cœurs, il n'a que sarcasme et pai^fois persécutions. Pauvre petit Frère,
Va, ne compte jamais sur le prix mérité.
Car telle est, mon ami, notre humaine équité ;
La gloire est ainsi faite, une palme immortelle
Ombrage Phidias, décore Praxitèle ;
On vante leur ouvrage, on méprise le tien.
Tailler du marbre est tout ; faire des hommes, rier».
Joseph AuTRAN (3).
3° D'autres sont attirés par la misère, la pauvreté et la maladie. Voyez cette religieuse.
Mère de tous les fils et sœur de tous les frères,
Lamartine (4).
Abeille qui s'en va de douleurs en douleurs. Comme l'autre en avril s'en va de fleurs en fleurs ;
Joseph AuTRAN f5)
(r) Confidences, VI, m. Hachette, Jouvet.
{'i) lourval, 26 novembre 1868. Charpentier. [ôrÈpUrci rmtiques, les Douze vertus. C. Lévy« (4) Jocchjn. 5 août 1795. Hachette, Jouveit, .'(5) La Flûte et le tambour. C. Lévy.
Rien ne la rebute dans les soins qu'il faut rendre au corps : elle met sa main dans des plaies que d'autres ne pourraient pas regarder, pour des pansements que nous ne pourrions pas décrire.
En vérité, dit un témoin oculaire, cela vous arrache l'admiratioa du cœur, et cela est d une grandeur simple, qui fait bien petits les bruyants aimeurs de leurs semblables, les aimeurs du peuple. C'est vraiment un triomphe pour une religion d'avoir amené une femme, cette faiblesse, ce délicat appareil nerveux, à la victoire de dégoûts de cette nature, d'avoir amené l'afîectuosité d'une créature distinguée à appartenir tout entier à d'abjects et sordides misérables qui
souffrent.
De Goncourt (1).
Le même auteur revient ailleurs sur ces réflexions :
Prends-moi n'importe qui, dans la rue, tiens ! et mets-le dans une salle dhôpital à voir une sœur faire ce qu'elles font toutes, mettre ses mains à des plaies où il y a des vers... il ôtera son chapeau, parce que devant des dévouements comme ça, mon cher, on a beau faire l'homme fort, et ne pas vouloir s'incliner, le cœur
salue... quand on en a un...
De Goncourt (2).
Du reste, pourquoi les religieuses reculeraient-elles devant ces sacrifices ? Elles en on fait un qui les a préparées à tous les autres, le sacrifice de leur vie :
Vos jours, filles de Dieu, vous ne les comptez plus. Qae le sort les épargne ou qu'il vous les demande, Vous attendez la mort dans des habits de deuil ; Et qui sait si pour vous la distance est plus grande, Ou de la vie au cloître, ou du cloître au cercueil?
Alfred de Musset (3).
Mais soigner les corps n'est rien, en comparaison de ce devoir à remplir : soigner les âmes, les ramener à Dieu tout
(1) Journal, 23 décembre 1860. Charpentier.
(2) Sœur Philomène, xxxix. Charpentier.
(3) Le Saule, vu. Œuvres, Charpentier.
doucement, pas la force de la douceur et de l'exemple. Et combien n'en ont-elles pas ainsi converties? Un malade est entré à l'hôpital, voltairien et goguenard... Laissez faire :
L'influence est lente, mais sûre, De ces servantes de leur vœu, Douces en touchant la blessure Et douces en parlant de Dieu.
Aussi, sentant, à sa manière, Le charme pieux et subtil.
Le grognard, à chaque prière, Dira bientôt : « ainsi soit-il ! »