J. AUTRAN
Voilà donc ce qui décide les parents et leur grand argument : la convenance des dots et l'égalité des conditions. Quant au fiancé et à la future, leur but principal est, pour l'une, d'entrer dans le monde, et, pour l'autre, d'eu sortir, défaire une fin. Devant cette considération essentielle, le
(i) Le Gendre de M. 'Poirier, I, n. G. Lévy.
(a) Figaro. '■
(5) Sonneti capricieux, le Trait d'union. G. Lévjr,
reste n'est qu'accessoire : on ne se connaît pas fnùtiiellement, c'est à peine si l'on s'estime, et l'on s'engage pour la vie! Ah! sans doute, de telles unions ne seront pas heureuses : '"
Se marier sans confiance, ce n'est pas s'unir, c'est se joindre comme ces panneaux de bois vert qui, en se séchant, se déj citent et se séparent.
Georges S and (i).
Oui, de tels époux auront à souffrir de la loi d'indissolubilité : mais ils n'auront à s'en prendre qu'à leur légèreté coupable. Il est, dans les prisons, beaucoup de malheureux f[ui ont à souffrir du Gode pénal : à qui doivent-ils s'en prendre ? au Code, ou à eux-mêmes ?
Posons enfin la même question que nous opposions tout à l'heure à un autre argument : le divorce serait-il un remède à ce mal ? Non,
Et en effet, lorsqu'après quelques semaines de mariage les époux commenceront à souffrir l'un de l'autre, que feront-ils? S'ils savent leur union indissoluble, ils s'efforceront, comme on le fait ordinairement, de se rendre suppor. tables l'un à l'autre, chacun tâchant de devenir plus doux et plus patient. Mais si la loi du divorce apparaît comme une perspective lointaine à ces esprits, d'autant plus irrités des premiers ennuis qu'ils s'étaient promis un bonheur sans mélange, que feront-ils? Ils penseront beaucoup moins à s'amender; ils seront tentés de s'aider mutuellement à aggraver leurs torts, afin de rendre un jour logique et naturel ce divorce qui pour le moment n'est pas encore possible. Succomberont-ils à la tentation? L'orgueil, le ressentiment, des penchants plus bas encore, sont de nature à le faire craindre.
(i)Comwe il vous plaira, III, m. C. Lé"-
IX mariaoî: 553
Et puis, une fois le divorce consommé, les époux séparés trouvoronl-ils dans une nouvelle union le bonheur qu'ils n'ont pu rencontrer dans la première?
Il semble, à entendre ceux qui sont les partisans les pins absolus du divorce, que le lendemain du jour où l'on aura brisé une anion mauvaise, on va, avec ces débris épars, constituer immédiatement deux ménages nouveaux qui seront excellents.
Je suis persuadé qu'avec le divorce, au lieu d'un mauvais ménage, on en aura trois, et même davantage. Dans le mariage qui aboutit au divorce, il y a un époux coupable, il y en a souvent deux! Quelle garantie pour les unions nouvelles!
Allou (i^^
Quand ces époux divorces entreront dans un nouveau mariage, ils sauront déjà comment l'on en sort. Et comme il n'y a que le premier pas qui coûte, comme ils auront dû rompre, dès leur premier divorce, avec la loi de Dieu, avec les règles les plus strictes de l'Eglise, avec les jugements de la société, il n'y aura plus de frein capable de les retenir, et Dieu sait où ils s'arrêteront !
Nous avons dépassé, dans ces réflexions sur l'indissolubilité du mariage, les limites ordinaires que nous nous étions assignées pour d'autres sujets. Est-il besoin de dire pourquoi? Lorsqu'un homme qui aime son pays voit les lois de sa patrie dire oui là où Dieu a dit non, il ne peut s'empêcher de frémir et il éprouve le besoin, même en sachant que son humble voix n'aura aucun écho, de dire à son pays : Arrête ! il n'y a pas de droit contre le Droit 1
(i) SéiK.t, -28 mai 1884.