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NECESSITE DE LA RELIGION

Quand nous disons que la religion est nécessaire, nous ne voulons point parler ici de cette nécessité métaphysique qui résulte de sa définition même et dont nous venons de dire un mot; — ni de cette nécessité divine qui découle du précepte de Dieu ; — ni même de cette nécessité morale, qui fait de la pratique des devoirs religieux ici-bas la condition du bonheur dans la vie éternelle. « La piété, dit saint Paul, n'a pas seulement les promesses de la vie future, elle a celles de la vie présente. » C'est de ce dernier sujet ([ue nous voulons parler, en montrant que, même pour la vie d'icibas, la religion est nécessaire à l'individu et à la société.

I. L'homme, l'individu doit être religieux; sans parler du ciel qui sera la récompense de sa fidélité, son bonheur icibas dépend, non de ses ricliesses, non de sa situation, mais de sa religion.

Dans la souffrance, inévitable lot de l'homme ici-bas, où trouvera-t*-il quelque consolation, sinon dans la pensée de Dieu, dans ce cri poussé vers le ciel pour appeler 1" Etre bon au secours de sa créature ?

Dans les grandes crises de la vie, la philosophie n'est d'aucun secours ; la religion seule nous enseigne à souffrir. Qu'est-ce d'ailleurs que la force et le courage qui ne nous viennent pas du ciel ? Une question de tempérament ; le chêne résiste, et l'arbuste est brisé.

Jules Sandeau (i).

(i) Olivier, m. C. Lévy.

Pour ceux qui croient, il peut y avoir d'immenses douleurs ; il n'y a point de d:}sespoir. Quelques déceptions qu'ils rencontrent dans ce rêve de bonheur que poursuit tout être humain, leur rêve en effet n'est jamais qu'ajourné ; ce que la terre leur refuse, le ciel le leur promet toujours.

Octave Feuillet (i).

Une femme du xviii* siècle, riche, spirituelle, fort recherchée et tout à coup tombée dans l'infortune, disait aux philosophes dont elle avait accepté les leçons irréligieuses : « A présent rendez-moi mon Dieu, j'en ai besoin. »

Xavier Marmier (2).

Ce n'est pas seulement la fortune qui se perd : la santé s'altère, les parents meurent, les amis s'en vont, le vide se fait autour de nous. Que nous restera-t-il, si nous n'avons pas Dieu?

Dieu est le seul ami qu'on ne voit pas mourir.

Eugénie de Guérin (3).

Dam la joie même, la religion n'apporte-t-elle pas sa part de bonheur? Nous l'avons dit (4), les joies de ce monde Font singulièrement altérées par l'idée de la mort. Mais aussitôt, pour le croyant, arrive la pensée de l'immortalité, et la joie redevient pure et sans nuage :

Heureux, trois et quatre fois heureux ceux qui croient ! ils ne peuvent sourire sans compter qu'ils souriront toujours, ils ne peuvent pleurer sans penser quils touchent à la fin de leurs larmes.

Chateaubriand (5).

(i) Histoire de Sibylle. C. Lévy.

(2) Discours de réception à l'Académie française, 7 décembre 1871.

(5) Lettres, p. 74- LecoflFre.

(4) Voir plus haut, p. 1^8.

(5) Génie du christianisme, III, v, vi.

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Aussi J)ien, les incrédules ne peuvent-ils s'empêcher de reconnaître qu'en perdant la foi ils ont perdu le bonheur :

Novembre approche ; — assis au coin du feu, Malade et seul, j'ai sonj^é tout à l'heure A cet hiver où je croyais en Dieu, Et je pleure.

PaulBouRGET (i).

Je ne suis pas de ceux que la foi a touchés... Ceux qui croient sont heureux, et j'envie leur bonheur.

Maxime Du Camp (2).

Il n'est pas jusqu'à la rechej^che du beau, jusqu'à la culture des arts, jusqu'à la poésie, que la religion ne vienne soutenir et animer de son souffle :

Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord ; Croire en Dieu qui créa le monde et rharmonie ; Qui, d'un de ses rayons, allume le génie. Et se révèle à lui dans le plus humble accord : Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord.

Eugène Manuel (3).

Enfin, l'homme n'est pas seulement ici-bas pour jouir, souffrir et chanter; il y est pour faire le bien, pour accomplir le devoir. Heureux ou malheureux, il faut être bon. Le sera-t-on sans foi, sans religion? Illusion funeste:

La Vertu est un composé de foi et d'abnégation. Quel autre mobile que l'espoir en Dieu nous fera courir au-devant de toutes les tortures ?

L'athée descend un courant que le chrétien remonte. Tandis que Je premier roule indifférent, au gré de la houle, corps impur, âme sans patrie, comme ces chiens verdàtres et gon-

(i) Poésies, Au bord de la mer. Lemerre.

(2; La Chanté privée à Paris, p. 5. Hachette, Jouvet.

(3i En voyage, Viatique. C. Lévy.

LA RELIGION l5j

fiés qiie le fleuve entraîne, le second lutte avec courage, certain que le paradis est à la source.

QUATRELLES (l).

Lorsque la foi brûlante a déserté les àines,

Que le pur aliment de toutes chastes flammes, '

Le nom puissant de Dieu des cœurs s'est efîacé

Et que le pied du vice a partout repassé,

La vie à tous les dos est chose fatigante ;

C'est une draperie, une robe traînante

Que chacun à son tour revêt avec dégoût,

Et dont le pan bientôt va flotter dans l'égout.

Quand on ne croit à rien, que faire de la vie ?

Que faire de ce bien que la jeunesse envie,

Si Ton ne peut, hélas ! l'envoyer vers le ciel,

Comme un encensoir d'or fumant devant l'autel ;

La remplir d'harmonie, et, dans un beau délire.

Des âmes avec Dieu se pai^tager l'empire ;

Ou la teindre de sang, comme un fer redouté.

Aux mains de la patrie et de la liberté ?

Quand le cœur est sans foi, que faire de la vie ?

Alors, alors il faut la barbouiller de lie,

La couvrir de haillons, la charger d'oripeaux,

Comme un ivrogne mort l'enfouir dans les pots.

Il faut l'user enfin à force de luxure.

Jusqu'au jour où la mort, passant par aventure,

Et la trouvant courbée et vaincue à moitié.

Dans le fossé commun la poussera du pié.

Auguste Barbier (2).

Concluons avec Victor Hugo :

Une foi, cest là pour l'homme le nécessaire. Malheur à qui ne croit rien ! ^3).

IL Nécessaire à l'individu, la religion doit être aussi la

(i) Les Mille et une nuits, vu. Hetzel.

(2) ïambes, Terpsicliore, i.Dentu.

(3) Les Misérables, 1!I, vif, viii. Hetzel.

base delà famille. Nous aurons à revenir sur ce sujet en traitant du quatrième commandement de Dieu. Mais nous tenons à citer dès maintenant ces paroles de Pruudhon. Elles sont d'actualité, à l'heure où l'on veut ôter la foi à la femme pour l'enlever du même coup à la famille.

Femme esprit fort, impie, irréliiçieuse : c'est à prcadrc en grippe la philosophie. Savez-vous doue que nous n'avons pas encore remplacé ce sentiment profond de morale intérieure qu'on appelait sentiment religieux, qui donnait un caractère si haut à l'homme, à la femme et à la famille ? Misérables, qui croyez que cela se remplace avec de la critique et des phrases !... Il faut que nous refassions de la morale quelque chose comme un culte... Il faut revenir aux sources, chanter le divin, nous retremper dans une vénération qui nous soit en même temps im

bonheur...

Proudhon (i).

III. Quant à la société, c'est elle surtout qui prétend se passer de religion. Elle laisse les individus libres de reconnaître ou de nier Dieu, mais pour elle, elle soutient que cette question ne la regarde pas, qu'elle n'a ni le devoir ni môme le droit de s'en occuper, et elle résume cette théorie dans un mot, qui est un mot d'ordre : athéisme d'Etat!

Erreur grossière, que cette séparation entre les individus qui composent le pays, et le pays lui-même. Quoi! chaque membre serait religieux et le corps ne le serait pas ! C'est impossible. Un Etat qui soutient une pareille théorie donne par là même à chaque citoyen le conseil de se passer de foi et de prière. Son indifférence devient forcément de l'hostilité. Le respect humain, la crainte, le mauvais exemple

(i) Cité par la ïievue des Deux mondes, i5 septembre iSyS. La Revue ajoute : " Ainsi parle Proudhon quand il ne jongle pas avec sa pensée et avec son lecteur, quaml il l'ciiom-e pour quelques inr.tants à son rôle de pourfendeur, de croquemitaiue, de mangeur de chair crue et de crucifix. »

LA RKLUUON tSq

produisent leurs effets ordinaires : la foi diminue chez les citoyens : avec elle la force morale s'en va, et lorsqu'on songe qu'il y a des milliers et des milliers d'individus affaiblis dans leurs âmes par la perte de la religion, devenus plus faibles devant les exigences du devoir, on frémit en se disant (juil faut additionner, multiplier toutes ces pertes et dire : Voilà ce que la patrie a perdu ! Et si alors arrivent les jours d'épreuve ?

La nation qui rejette Dieu de ses croyances et du code de ses lois, qui aura-t-elle dans son malheur ? Et comment sera-t-ello forte aux jours de son adversité ? Qui lui dira : Lève-toi ! Sera-ce l'athéisme ? Non, car il n'a rien à donner à celui qui se sacrifie : il n"a que le néant à promettre ; et sa promesse est encore un mensonge !

Vicomte W^alsh (i).

Ajoutons que, le vice étant la conséquence de l'incrédulité, à la perte de force morale correspondra une égale déperdition de force physique. C'est la constatation que faisait pour notre pays un philosophe peu suspect d'attachement au christianisme :

Si nous continuons à descendre sur cette pente, novis allons

bientôt avoir une France phtisique, rachitique, une France qui

ue sera pas capable de tenir dans ses mains vuie pioche ni une

épée.

Eugène Pelletan (2).

Est-ce à de pareilles générations, dame et de corps débiles, que l'on demandera de défendre la patrie? si enthousiastes, si aimantes du pays que vous les supposiez, il leur manquera toujours cette qualité foncière qui faisait les

(i) Lettres vcndi'mnes, xxvi.

(2) La Nouvelle Babylone. Cité par Ch. Perraud, Christianisme et progrès, III, 1. Ghapelliez.

jgO APOLOGISTES LAÏQUES

Bayard , parce qu'elle faisait les âmes sans peur et sans» reproche.

Si vous voulez combattre, il faut croire d'abord :

11 faut que le lutteur affirme la justice ;

Il faut pour le devoir quil soffre eu sacrifice,

Et qu'il soit le plus pur, sil nest pas le pkis fort :

Si vous voulez combattre, il faut croire dabord.

Eugène Manuel (i).

François Goppée a mis cette vérité en action, clans une lettre adressée par un mobile breton à sa mère, pendant le siège de Paris :

... Quelques-uns d'entre nous se plaignent bien tout bas Et sont, avec raison, mécontents qu'on ricane De notre vieil abbé qui trousse sa soutane, Marcbe à côté de nous droit au-devant du feu Et parle à nos blessés du pays et de Dieu ; Mais aux mauvais railleurs nous faisons la promesse De bien montrer comment on meurt, après la messe.

F. CoppÉE (a).

Si notre siècle est malade, si le manque d'harmonie et d'accord entre les rouages sociaux menace de tout détruire, il ne faut pas chercher à ce mal d'autre cause que celle-ci : le manque de religion. « La vieille société a péri parce que Dieu en avait été chassé; la nouvelle est souffrante , parce que Dieu n'y est pas entré (3). La révolution, en reconstituant la société sur de nouvelles bases, a oublié que Dieu devait et voulait être le fondement de l'édilice : là est la source du mal ; ni changements politiques ni évolutions so-

(i) En voyage. Viatique. G. Lévy.

(2) les Humbles, Lettre d'un mobile breton. Lemerre.

(5) Lacordaire, Oraison funèbre de Mgr de Korbin-Janson. Poussielgue.

LA nELIOTOX l6l

ciales n'y feront rien. Il n'est <[u'un remède : au-dessus des droits de l'homme rétablir les droits de Dieu; reconnaître enfin que si l'homme est le roi de la création, il n'est pas le créateur. A ce prix seul est le salut. Ceux qui réfléchissent commencent à s'en apercevoir, et à juger à sa valeur l'œuvre irréligieuse accomplie par la révolution. Voici ce qu'écrivait Edmond de Goncourt, sous le coup des désastres de l'année terrible :

... Il se pourrait bien que ce grand 89, que personne, même parmi ses adversaires, n'aborde dans un livre qu'avec toutes sortes de salamalecs, ait été moins providentiel pour les destinées de la France qu'on ne l'a supposé jusqu'ici. Peut-êti'e va-t-on s'apercevoir que, depuis cette date, notre existence n'a été qu'une suite de hauts et de bas, une suite de raccommodages de l'ordre social, forcé de demander à chaque génération un nouveau sauveur. Au fond, la Révolution française a tué la discipline de la nation, a tué l'abnégation de l'individu, entretenues par la religion et quelques autres sentiments idéaux.

De Goncourt (i).

A force de raccom,moder un édifice, un jour arrive où la démolition s'impose. Privé de Dieu, en vain soutenu par les hommes, l'édifice social ne peut rester longtemps debout.

Vers quel but marchons-nous ? — Les fastueux discours

Abondent en ce point : « L'Humanité se fonde !

« Le clairon du Progrès appelle à son secours

« La science et l'amour, ces deux foi'ces du monde ! »

Et l'homme, — s'il fallait en croire sa faconde, —

Va passer Dieu dans quelques jours !

Soit ! mais le Dieu futur cependant se dégrade : Il tousse, il est livide, il semblerait avoir Quelque squirre au pilore, ou le spleen, ce mal noir.

{ijloumal des Goncourt, 10 novembre 1870. Charpentier,

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Le rdets le plus exquis lui devient lourd ou fade, Et ce Dieu de demain, hélas ! est si malade Qu'il pourrait bien mourir ce soir !

Du PONTAVICE DE HeUSSEY fl).

Il n'est qu'un remède à cet état de choses : Dieu lui-même. Sa présence seule guérira les maux que son absence a l'ait naître. Rendez donc Dieu à la société, vous qui en avez la garde et qui voulez qu'elle vive ! Au lieu de traiter la religion en ennemie, sachez qu'elle est votre auxiliaire indispensable, et faites-la respecter, aimer et pratiquer à tous les degrés de la hiérarchie sociale. .•

Que le peuple ait de la religion! Toujours le peuple a souffert; mais autrefois il avait dans sa douleur le calmant de l'espérance, et il patientait :

Devant le malheur la nature pousse l'homme à la révolte, la philosophie lui conseille rindilférence, la religion seule peut lui donner la résignation.

Comtesse Dl\ne (2).

Hélas! des hommes se sont rencontrés pour trouver qu'avec la religion le misérable était trop riche, et alors

Les antagonistes du Christ ont dit au pauvre : Tu prends patience jusqu'au jour de justice, il n'y a point de justice ; tu attends la vie éternelle pour y réclamer ta vengeance, il n'y a point de vie éternelle ; tu amasses dans un llacon tes larmes et celles de ta famille, les cris de tes enfants et les sanglots de ta femme, pour les porter au pied de Dieu à l'heure de ta

mort ; il n'y a point de Dieu

Alfred de Musset (3)

A force de répéter cela au peuple, il a fini par le croire ; mais alors il s'est dit : S'il n'y a que la terre, pourquoi n'y aurais-je pas mon lot de jouissances?

(i) Œuvres, t. 11, Où sont les visions, Lemerre,

(2) Maximes de la vie, p. 65. OUendorff.

(5) Confession d'un enfant du siècle, I, 11. Charpentier.

LA RETTOION

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Hélas ! l'homme aujourd'hui ne croit plus, mais il l'êve, Lequel vaut mieux, Seigneur ?

Victor Hugo (i).

Sons l'empire de ses rêves, de ses utopies, le peuple se soulèvera pour en demander la réalisation. Croyant avoir le droit, il aura recours à la force : de là, des émeutes, des révolutions. Grenet-Dancourt le disait dans le monologue dont nous avons déjà parlé :

Ça tuera les sergents de ville, Que le bon Dieu n'existe pas (2).

Et enfin, après des luttes cruelles mais sans résultat, le peuple, toujours trompé par ses flatteurs, cherchera un despote pour s'aplatir à ses pieds, ayant perdu, avec la foi, toute force et toute dignité. N'est-ce pas la seule explication de Bonaparte ?

Les Français prétendaient n'avoir pas besoin de Dieu, c'est

pourquoi ils avaient besoin d'un tyran.

Chateaubriaj^d (3).

Et qu'on n'aille pas dire : « Oui, la religion est bonne pour le peuple, mais les sages n'en ont pas besoin. ')) Elle est faite pour tous, grands et petits, et qui donc est grand devant Dieu? Et d'ailleurs, n'espérons pas que les petits et les ignorants seront religieux, si les sages et les grands ne le sont point tout d'abord.

O philosophes ! soyez prudents. Voltaire croyait que les initiés seuls l'entendaient et il s'en réjouissait. Il n'y a ])lus d'initiés ; tout le monde sait ce que tout le monde pense. S'il y a un secret, c'est celui de la comédie. Voulons-nous que le peuple conserve l'idée de Dieu, de l'âme, de la responsabilité,

(i) Les Rayons et les ombres, v. Hetzel.

(2) Le bon Dieu. OUendorff. Voir plus haut, p. 2(1*.

(3) Mémoires i' outre-tombe, t. iv, p. G5.

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d'une vie future, c'est affaire à nous d'y croire ; autrement adieu la coufiance du peuple ! On nous suivra dans nos négations, parce ce qu'on les supposera sincères ; on ne nous suivra pas dans nos affirmations, parce qu'on les supposera calculées. Tant que le souffle du matérialisme régnera dans les régions d'en haut, ne pensez pas qu'il en soit différemment dans les régions inférieures. — « Vous m'avez prouvé, fait dire le philosophe socialiste Pierre Leroux à un homme du peuple, vous m,' avez prouvé qu'il n'y a rien au-delà, rien que j'aie à espérer ou à craindre, eh bien ! je veux ma part d'or et de fumier, je 'exige, on ne me le refusera pas ! »

Henri Bauduillart (i).

Et maintenant, on peut juger à sa juste valeur cet athéisme d'Etat, qui refuse aux gouvernants le droit de donner aux gouvernés la connaissance de Dieu et des devoirs de l'homme envers lui. S'il est un droit que l'Etat ne possède point, c'est celui de préparer le malheur de ses sujets en leur laissant ignorer les conditions essentielles à leur bonheur.

Le pouvoir civil manquerait à ses devoirs en refusant toute protection, tout soutien à l'institution religieuse... Car il proclamerait par là que la religion est absolument étrangère aux fonctions de la vie sociale, qu'elle n'existe que pour l'individu, et même que le pauvre, qui, selon les modernes docteurs, a tant de créances sur la société, n'en a aucune en ce qui concerne

(i) Revue des deux mondes . C'est ici le liou de citer ce fragment de dialogue entre un philosophe et un bourgeois : « — . . .Ah ! la bourgeoisie a eu un grand tort.

— Lequel ?

— Celui de ne pas laisser le paradis dans le ciel ; c'était sa place . . . Le jour où les pauvres ne se sont plus dit que l'autre vie les payerait de celle-ci, le jour où le peuple n'a plus compté sur le bonheur de l'autre monde. . . Voltaire a beaucoup nui aux propriétaires, voyez-vous. . .

— Ah ! que vous avez raison ! fit avec élan M. Courjot. C'est évident!... Il faudrait que toutes ces canailles-là allassent à la messe... » De Gon- CQurt, KmèQ Mauperin, xxxi. Charpentier.

LA RELIGION l65

les secours religieux, pour le perfectionnement de sa nature ou le soulagement de ses misères. .•

COURNOT (i).

La société a-t-elle donc le droit de préparer le malheur des siens? Et qui peut nier que l'absence de religion ne soit un malheur?

L'Etat n'a plus de religion, et quoi qu'en disent les humanitaires eux-mêmes, c'est pour la France un vrai malheur ; le vin à bon marché ne lui rend pas ce qu'il y perd, et tous les cabarets de Paris ne valent pas pour lui une église de campagne, car c'est l'oubli des maux qu'on y fête, et l'espérance qu'on reçoit

dans l'hostie.

Alfred de Musset (2).

« * Ce qui aggrave encore le crime des Etats sans Dieu, c'est que leur indifférence n'est et ne peut être, en réalité, qu'une hostilité déguisée. La société, en se passant de Dieu, ne ditelle point par là-même à chaque associé qu'il peut s'en passer lui-même?

De la part de l'Etat, l'indifférence à l'égard de la Religion, co n'est pas la neutralité, c'est la guerre, et si ce n'était la guerre, ce serait une chimère et une impossibilité. On a beau dire cpie l'Eglise et l'Etat, la religion et la société peuvent i^ester à côté l'une de' l'autre étrangères et non ennemies, sans slunir et sans se combattre; non, l'Eglise et l'Etat sont unis comrile l'âme et le rorps; ce sont deux forces distinctes, mais inséparables. Elles peuvent se combattre, se vaincre, se dominer réciproquement; mais elles ne peuvent se disjoindre que par la transformation de l'une ou la destruction de l'autre. Il n'y a pas, dans l'histoire, un seul exemple durable et sérieux de cette neutralité, de cette indifférence absolue de l'Etat. Ce n'est là qu'un de ces rêves tels que la fausse sagesse des modernes en a tant inventés.

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