‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 46 sur 167 · MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

MONTALEMBERT

(i) Matérialisme, vitalisme, rationalisme. Hachette.

(2) Lettres de Dupuis et Cotonet, ■>" lettre. Œuvres. Charpentier.

(3) Rapport sur l'observation du dimanche. Assemblée natioiiale, lo dé cembre i85o.

l66 APOLOGISTES LAÏQUES

Ces lignes sont la condamnation de l'enseignement appelé neiitnr, et qui n'est réellement que l'enseignemerjX V/^/i^^. La société doit aux enfants qu'elle élève la connaissance de Dieu; Victor Hugo le proclamait, aussi bien que Montalembert, à la tribune de l'Assemblée nationale :

Loin que je veuille proscrire l'enseignement religieux, entendez-vous bien ? il est, selon moi, plus nécessaire aujourd'hui que jamais. Plus riiomme graudit, plus il doit croire. ^Plus il approche de Dieu, mieux il doit voir Dieu.

Victor Hugo (i).

Au lieu de cela, que voyons-nous aujourd'hui? Lisez cette page. Le poète interroge un enfant élevé à la nouvelle école. On a d'abord parlé calcul, écriture, lecture, histoire; vient le tour de l'enseignement religieux :

— « Mais glissons sur Ihistoire et parle-moi de Dieu, Tu sais, le Créateur du monde, du ciel bleu, L'auteur de toute vie et de toute science ;

On a dû te parler de sa toute-puissance,

Car il est, mon enfant, ton vrai maître et le mien,

Car lui seul est la loi. le ifuide, le soutien. »

— « Pardonnez-moi, Monsieur, mais ce grand personnage Je ne le connais point, et dans aucun passage

Je ne lai vu nommé, ni dans aucun auteur. Poui^tant j'avais un livre où le mot Créateur Figurait, mais à tort, paraît-il, je suppose. Puisqu'on Ta supprimé ; j'en ignore la cause;

Cependant il paraît qu'on en parle à l'égbse, Mais l'inspecteur défend que l'on nous y conduise. » O deuil ! ô désespoir ! indicible souffrance ! Voilà ce qu'ils ont fait des enfants de la France !

Gaston David (2).

Si toute la France était formée à pareille école, elle serait condamnée à mourir. Heureusement, il n'en est pas ainsi.

(i) Cité, plus au long, dans Victor Hugo apologiste, p. 5i. (a) Les Verges. Perrin, 1884.

En grand nombre, les pères de famille comprennent mieux leur devoir et, t'ùt-ce au prix de grands sacrifices, ils. savent choisir pour leurs enlants des maîtres qui leur parleront de Dieu. Et c'est ainsi (pie dans chaque village on voit se dresser deux écoles, l'une ayant l'argent, l'autre ayant la loi. Ne nous étonnons pas que ce soit celle-ci qui triomphe, Lamartine l'avait annoncé :

Tant que l'esprit du siècle ne deviendra pas une foi religieuse qui dévore à son tour les àiues, les établissements laïques lutteront inégalement avec les établissements du sacerdoce. Il faut que l'Etat devienne une religion aussi (i). S'il n'est qu'une administration morte, il est vaincu. Il n'y a pas de budget qui vaille un grain de foi pour acheter les âmes.

Lamartine (2).

Puisse l'Etat comprendre enfin son intérêt et son devoir, et se rappeler que la religion est la première richesse qu'il doit au peuple !

« Que le diable est pauvre! il n'a pas de Dieu! » Admirable

dicton russe tout fait de philosophie et d'amour, que les hommes

appelés à gouverner les hommes feraient bien de profondément

méditer.

^ Marquise de Blocqueville (3).

Page 1