NÉCESSITÉ DU SURNATUREL DANS LA RELIGIOIV
Autrefois , l'on ne croyait pas à Dieu sans croire en même temps au surnaturel. Aujourd'hui, l'on rencontre des hommes, en trop grand nombre, qui même dans les questions religieuses ne veulent rien admettre qui dépasse leur intelligence ; ils rapetissent tout à leur taille, la religion
(j ) Lisez : il faut que l'Etat devienne religieux. \jsl) Confidences, XI, xv. Hachettp, Jouvel. (3) Mses de Noël, p. lôcj. OUendorff.
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comme le reste : ils veulent bien du Dieu de la raison, ils ne veulent plus du Dieu de la loi.
C'est le triste caractère des âmes en notre temps et dans notre pays :
De même que ce soldat à qui l'on demanda jadis : A quoi crois-tu? et qui le premier répondit : A moi; ainsi la jeunesse de France, entendant cette question, répondit la première : A rien.
Alfred de Musset (i).
Mais si, elle croit à Voltaire ! Elle vénère son nom, elle salue ses images, et cela précisément parce qu'il a été le grand contempteur de la foi parmi nous, parce qu'il a préparé le rationalisme du xix^ siècle. Homme néfaste dont, grâce à Dieu, le soleil commence à pâlir, et que l'on commence à juger sévèrement.
Voltaire ! disent les Goncourt, et encore et toujours cette
histoire de sa fièvre à l'anniversaire de la Saint-Barthélémy !
Lui, la sensitive de l'éphéméride ! Allons donc, lui bon, tendre,
pitoyable ! Mais, je le répète, il n'y a qu'à regarder ses lèvres,
dans sa statue de Houdon. Eh bien, moi aussi je te baptiserai.
Voltaire, tu es Satan-Prudhomme.
De Goxcourt (2).
On n'a pas non plus oublié les vers de Victor Hugo :
Voltaire alors régnait, ce singe de génie,
Chez l'homme en mission par le diable envoyé (3) ;
Ni l'éloquente flétrissure infligée à l'homme funeste par
Alfred de Musset :
Dors-tu content. Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ? Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire ; Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
(i) Confession d'un enfant du siècle, I, 11. Charpentier (),) Journal, 27 septembre 1867. Charpentier. (3) Les Rmjons et les ombres, iv. Hetzel.
LA RELICiIOV 169
H est tombé sur nous, cet édilicc immense
Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour.
La mort devait tattendre avec impatience.
Pendant quatre-vingts ans que tu lui lis ta cour ;
Vous devez vous aimer d'un infernal amour.
Ne quittes-tu jamais la couche nuptiale
Où vous vous embrassez dans les vers du tombeau
Pour t'en aller tout seul promener ton front pâle
Dans un cloître désert ou dans un vieux château?
Que te disent alors tous ces grands corps sans vie,
Ces murs silencieux, ces autels désolés,
Que pour l'éternité ton souffle a dépeuplés ?
Que te disent les croix ? que te dit le messie ?
Oh ! saigne-t-il encor, quand, pour le déclouer,
Sur son arbre tremblant, comme une fleur flétrie,
Ton spectre dans la nuit revient le secouer ?
Crois-tu ta mission dignement accomplie,
Et comme l'Eternel, à la création.
Trouves-tu que c'est bien, et que ton œuvre est bon?
Alfred de Musset (i).
Grâce à Dieu, ce n'est pas pour réternité que Voltaire a dépeuplé les autels ! La foi est assez forte pour triompher de ses sarcasmes, et bientôt il ne restera plus de Voltaire qu'un mauvais souvenir, tel que ceux qui flottent dans l'imagination au sortir d'un cauchemar.
De quel droit Voltaire et ses adeptes repoussaient-ils la foi? au nom de la raison. L'intelligence humaine, disent les rationalistes, se suffit à elle-même, elle est capable d'arriver au vrai, et elle n'a besoin pour cela d'aucun secours étranger.
Réfuter ces assertions, ce sera prouver la nécessité de la
foi, d'un secours surnaturel donné par Dieu à l'homme.