‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 51 sur 167 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

A douze ans, nature soumise, J'avais ma place en cette église !

(i) Œuvres, t. i, les Epreuves : la Prière. Lemerre.

LA RELIGION iSj

MARIB

Chut ! on dit le Credo, symbole fort et doux : Plus que tous ces enfants, ami, que savez-vous?

Brizeux (i).

Et qu'on ne dise pas : «Mais c'est l'abdication de la raison! » L'intelli2:cnce humaine ne se contente pas d'enregistrer et de cataloguer les vérités que lui livre la foi : elle les médite, elle en déduit une foule d'autres vérités par voie de conséquence, et cela avec d'autant plus de résultats qu'elle a dans la foi un point d'appui sur et un guide infaillible :

La raison qui obéit raisonne mieux que la raison qui raisonne.

Louis Veuillot.

Les vérités du christianisme, loin de demander la soumission (2) de la raison, en réclament au contraire l'exercice le plus

sublime.

Chateaubriand (3).

Bien plus : au contraire de ce qu'affirment les libres- Denseurs (nous reviendrons sur ce mot tout à l'heure), c'est en refusant d'admettre le surnaturel que la raison s'abdique elle-même ; un rationaliste en a fait l'aveu :

Si l'on posait en principe, sans discussion, qu'il n'y a pas de surnaturel, on enchaînerait par là même sa liberté. On s'interdirait d'avance et systématiquement de reconnaître pour vrai ce qui peut l'être. On se fermerait les yeux pour être plus sur de voir clair. Telle est la liberté de beaucoup de libres penseurs fpii prennent pour principe ce qui est précisément en question. Pour que l'examen soit vraiment libre, il faut qu'il soit indifférent entre le pour et le contre, aussi sincèrement disposé à ac-

(i) La Fleur d'or, le Catéchisme. Lemerre.

(2) Soumission, lisez abdication.

(3) Cité par l'abbé Ch. Ferraud, Libre-pensée et catholicisme, p. m. Chapelliez .

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cepter le surnaturel, s'il le rencontre, qu'à s'en passer s'il ne le rencontre pas.

'; Paul Janet (i).

Or, partout sur son chemin la raison rencontre la foi. Etudie-t-elle un problème philosophique ? La foi lui en donne une solution conforme à ses aspirations, en même temps qu'à la justice et à la bonté du souverain Maître. Fouille-t-elle les profondeurs de l'univers ou les archives de l'humanité ? l'accord entre la vraie science et la vraie foi s'affirme de plus en plus, à mesure que de nouvelles découvertes s'accomplissent. Et en peut-il être autrement? La vérité nous vient par deux canaux, mais elle est une.

Prenez garde !... La science, aujourd'hui, est forcée de se rallier de toutes parts aux enseignements de l'inspiration religieuse. Si le naturaliste pénètre dans les profondeurs du globe, c'est pour y apercevoir les six jours de la création mosaïque gravés, couche par couche, sur le granit. Si l'archéologue interroge les sphinx de Thèbes, c'est pour que leur réponse réhabilite la chronologie sacrée. Si la physique découvre le système des ondulations, c'est pour absoudre la Genèse d'avoir fait de la substance lumineuse un être créé avant le soleil. Si la phrénologie explore le crâne humain, c'est pour retrouver les trois fils de Noé dans les trois races qui se sont partagé la terre : on dirait que le génie, en expiation de quelque ancien blasphème, ne peut remuer aucun mystère sans en faire sortir le Dieu des

chrétiens.

Alexandre Soumet (2).

Et maintenant nous le demandons en toute sincérité : où est la vraie pensée libre ? Est-ce celle qui s'engage d'avance à ne jamais accepter le surnaturel, quand même sa nécessité deviendrait évidente ? Est-ce celle de Havet quand il dit : « Notre principe est que tout ce qui n'est pas dans la nature n'est rien? » Est-ce celle de Renan quand il déclare

(i) Les Problèmes du xi\° siècle, p. 28. C. Lévy, (2) Saiil, préface.

que « C'est perdre son temps que de discuter avec telîii qui croit au surnaturel ? » Est-ce la pensée qui se met à ellemême des entraves et reluse qu'on l'en débarrasse ? Non, mille lois non. La vraie pensée libre, c'est celle qui se sent assez laible pour demander un soutien, assez forte pour marcher en s'appuyant sur lui. Les libres-penseurs usurpent leur nom et dégradent en l'è'^inployant ces deux belles choses, la pensée et la liberté.

On peut ne pas èti^e classé « libre-penseur », et penser librement.

Champfleury (i).

« Ce qui constitue une république, dit un jour Saint- Just en pleine Convention, c'est la destruction totale de tout ce qui lui est opposé. » Ce qui constitue désormais la libre-pensée aux yeux de tous ces petits philosophes, c'est la destruction totale de toute pensée libre.

Hector Pessard (2), *

Nous pourrions terminer ici ce chapitre. Mais il est, dans le monde du surnaturel, deux choses qui attirent spécialement les attaques de l'incrédulité, et il ne sera pas inutile, croyons-nous, de présenter en leur faveur quelques nouvelles réllexions, qui s'ajouteront, pour les défendre, à ce que nous avons déjà dit du surnaturel en général. Nous vouloïjis parler du miracle et du mystère.

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