V. Hugo (i
INIais pour ceux qui voient en Jésus leur Dieu et leur Sauveur, cette croix est une prédication plus éloquente encore. C'est l'instrument du rachat du monde, instrument choisi par le Christ comme le plus cruel qu'il aitputrouver,alin de mieux nous témoigner son amour (2). Aussi, les générations chrétiennes ont-elles toujours"eu pour la croix une vénération profonde (3). Et jusque dans ce siècle si frivole, ce n'est pas sans émotion qu'on l'a vue tout récemment, brillant au sommet de la colline de Montmartre dans un faisceau d'étincelantes lumières, et étendant sur la grande ville ses bras protecteurs.
Parmi les flots d'encre qu'a fait couler cet incident du 14 juillet 1892, il faut citer cette belle page, signée d'un écrivain ordinairement moins bien inspiré :
Dans le ciel, où les étoiles sombraient, parmi de rouges buées d'incendie, comme en ces soirs sinistres de guerre civile où flambent, pareils à des bûchers funèbres, les palais et les basiliques, au-dessus de la bacchanale tumultueuse que menait la grande ville, saoule de joie, au-dessus des frissonnements de drapeaux, des feuillages parsemés de lanternes multicolores, des toits dont les lignes se profilaient en traits de feu, cependant que sur toutes les places tintamarraient les cuivres et se déhanchaient les couples danseurs, tout-à-coup la Croix apparut, rayonna, aveuglante, superbe, telle qu'un signe magique.
(i) les Misérables, II, vi, xi. Hetzel.
(2) « César, au témoignage de Suétone, était naturellement doux, même dans la vengeance. A preuve qu'ayant juré de faire mettre en croix des pirates qui lavaient pris, il ordonna, lorsqu'il les eut capturés à son tour, de les étrangler, avant de les crucifier. . . — Puisque César est réputé clément pour avoir fait grâce à des brigands du supplice de la croix, oh! que vous avez donc cruellement souffert, Jésus, cloué vivant sur un gibet ! » J. Roux, Nouvelles pensées, 111, xx. Lemerre.
(5) Voir de beaux exemples de culte rendu à la croix dans Walsh, Lettres vendéennes, lettres 5o et 07, et dans Victor de Laprade, l'oèmes civiques, Jeunes fous et jeunes sages. Lemerre.
l'église de JÉSrS-CHRIST 2^5
Elle avait quoique chose cVétranpfe et de superbe eu sa simplicité hiératique, emplissait tout l'horizou cl'ua sillage d'or, faisait penser aux belles légendes ingénues de jadis, aux temps très lointaine' où. ainsi, pour aviver les courages défiiilla'nls, pour emplir de béatitude Tàme extasiée d'un serviteur de Dieu, elle se levait à roccident vermeil comme une constellation nouvelle, annonçait la victoire aux empereurs et le paradis aux saints et pauvres ermites des Tliébaïdes.
Et c'était vraiment, au milieu des vulgarités obsédantes de la fête populaire, un spectacle émouvant et évocateur que ce labarum étincelant, ce symbole de foi, d'espoir et de charité, qui fulgurait à travers la nuit orageuse, qui rappelait aux plus incroyants Celui qui fut cloué au gibet du Golgotha pour racheter les péchés des hommes et aussi parce qu'il prêchait la pitié, l'amoiu* du pi'ochain, le règne des simples et des obscurs, l'inanité des jouissances terrestres et de l'argent, le droit de tous au bonheur, à la vie éternelle, parce qu'il démarquait et méprisait les vendeurs de justice, les ambitieux, les hypocrites, les faux sages'; parce qu'il avait chassé à coups de bâton la grouillante vei'mine qui salissait les portiques du temple...
Ah! pourcpioi l'odieuse science a-t-elle saccagé le ciel, déchiré les voiles qui emplissaient le tenqale de mystère, tué le rêve et le merveilleux où s'apothéosait la triste existence humaine? Que nous ont-ils donné de consolant, d'attirant, de beau, à la place des dogmes abolis, des évangiles tournés en dérision, — comme tjuelque conte suranné de nourrice ?
Qui nous rendra la force et le courage d'endurer les inclémences, les misères, les hasards du destin, de résister à ces chocs qui vous jettent bas, à ces tristesses qui vous rendent pareil à une brute?
Tl était si doux de penser que tout ne se limite pas à cette inégale succession de déboires et de joies, de tiraillements, d'illusions, de combats, de folies, qui est la vie; qu'en face de soi l'on n'a pas le grand mur sombre du néant; que ceux qui ont été déshérités, endeuillés, malheui'eux, y trouveront la guérison de leurs peines, l'éternelle paix, l'éternelle béatitude, l'étemel oubli!... ■
Hélas ! le Christ ne reparaîtra-t-il plus sur la terre pour noius rendre la foi, pour hausser les cœurs vers l'infini, pour nous
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exhumer de cette fange oîi nous agonisons, nous rampons comme ces mangeurs de choses immondes qui traînaient aux portes de Carthage !
René Maizeroy (i).
Quand le Serpent, auteur de tous les crimes, r Vouait d'avance aux noirs abîmes, L'homme que son forfait perdit, Le Seigneur abaissa sa farouche arrogance; Une femme parut, qui, faible et sans défense, Brisa du pied son front maudit!