V. Hugo
Et qui sait jusqu'où peut aller cette expiation pour les autres, cette commutation de pénitent? On a mi des âmes héroïques offiir à Dieu jusqu'à leur propre Aie, en échange de la guérison morale ou corporelle d'un être bien-aimé. Ce
(i) Soirées de Saint-Pétersbourg, x.
(2) Les Misérables, II, vu, viii. Hetzel.
(3) Ibib., II, VIII, ix. Hetzel.
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qu'Edmond About a mis dans un roman, la réalité l'a vu plus tl'une fois. "^
Une jeune femme est malade, et la parente dévouée qui la soigne écrit à sa mère :
... Je n'espère rien du docteur Le Bris : les savants ne s'entendent pas à guérir les malades. Le véritable médecin, c'est Dieu dans le ciel et l'amour sur la ten^e. Les consultations, les remèdes, et tout ce qu'on achète k prix d'argent n'augmente pas la somme de nos jours. Voici ce que nous avons imaginé pour obtenir qu'elle vive. Tous les matins, mon fils, mon petit-fds et moi, nous prions Dieu de prendre sur notre vie pour ajouter à celle de Germaine. L'enfant joint ses mains avec nous ; c'est moi qui prononce la prière, et le ciel sera bien sourd s'il ne nous entend pas.
Edmond About (i).
Quelle admirable chose que cette communion des saints! Quelle adorable invention de Dieu, pour satisfaire sa justice en faisant triompher sa miséricorde ! Quel encouragement à prier pour les pécheurs! « Un jour viendra où, en présence du ciel et de la terre, les anges de Dieu apporteront sur l'autel du jugement deux coupes remplies : une main irrécusable les pèsera toutes deux, et il sera connu, à la gloire éternelle des saints, que chaque goutte de sang donnée par l'amour en a sauvé des flots (2) ».
La vie est dans l'Eglise, mais en dehors d'elle il n'y a que la mort. Extra Ecclesiam non datur salus : « hors de l'Eglise point de salut ! » Axiome bien connu, mais qu'il faut bien comprendre. Son véritable sens est celui-ci : « Quiconque meurt />ar s«yaM^^ en dehors de l'Eglise ne peut être sauvé. » Quant à ceux que l'ignorance et les pré-
(i) Germaine, vr. Hachette.
(2) Lacordaire, Vie de saint Dominique, xiv. Poussieigu
jugés de l'éducation retiennent de bonne foi hors des rang de la société catholique, le Dieu juste ne peut leur en l'aire un crime :
Dieu bénit l'homme, Non pour avoir trouvé, mais pour avoir cherché.
Victor Hugo (i).
Il compatit d'en haut à Terreur qui le prie ; A défaut des clartés, il nous compte un désir.
Lamartine (2).
Et qu'on ne dise pas que cette bonne foi dans l'erreur ne se rencontre guère ; c'est le contraire qui est vrai. « Monseigneur de Cheverus touva un jour en Amérique trois jeunes ministres protestants, qu'il baptisa et ordonna prêtres. Or, il atfirme qu'avant le coup de lumière de leur conversion, ils n'avaient jamais eu un doute sur la fausseté de leur religion, et qu'ils y vivaient dans une grande innocence. L'illustre cardinal Newman, parlant des longues années passées par lui dans l'hérésie, a pu écrire cette parole admirable : « Je ne crois pas avoir jamais péché contre la lumière (3). »
De tels esprits appartiennent à l'àme de l'Eglise avant d'appartenir à son corps, et ce n'est pas d'eux qu'on peut dire : hors de l'Eglise point de salut.
Le Dieu souverainement bon... serait-il inexorable pour une erreur pieuse et sincère ? Je ne saurais le croire, et Dieu ne peut pas avoir permis que la pensée de sa faible créatui'e fût plus bienveillante que lui.
Charles Nodier (4).
(i) Les Contemplations, I, vi. Hetzel.
(2) Harmonies poétiques, 1, vi, Hachette, Jouvet.
(5) Mgr Bougaud, le [christianisme ctks temps présents, t. iv, 1, 11. Poussielgue. (4) Cité par M™* Craven, Récit d'une sœur, t. i, p. i>5o. l'e.-iin.
ARTICLE IV