‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 70 sur 167 · L IMMORTALITE · texte numérisé non relu

L IMMORTALITE

Avec l'existence de Dieu, l'immortalité de Fàme est une des vérités les plus^ attaquées par les matérialistes contemporains. L'un d'eux a osé écrire : « La meilleure chose, la plus utile que l'homme puisse laisser de lui-même en mourant, c'est une plus grande quantité de phosphate de chaux, do sels rares et féconds, destinés à former une plus riche association de molécules et, par là, à augmenter le bienêtre du genre humain (i). »

Ainsi, au christianisme qui nous dit : La vie sert à préparer l'éternité, — le matérialisme répond : La vie sert à préparer des phosphates !

Contre cette odieuse doctrine il faut proclamer bien haut le dogme de l'immortalité de l'àme ; et voici comment nous procéderons, à l'aide d'un raisonnement qui nous paraît bien simple :

Si l'àme pouvait être anéantie, ce ne serait pas d'ellemême : elle est en effet spirituelle, nous l'avons vu (2), elle est d'une simplicité parfaite, et n'a rien en elle de ce qui peut amener la mort. Si donc elle devait mourir, ce ne pourrait être qu'à la suite d'une intervention spéciale de Dieu, la frappant de mort malgré sa nature immortelle.

Cela, Dieu le peut-il faire? Non, car c€ serait contraire, et nous Talions prouver, à sa sagesse, à sa justice et à sa véracité.

(t) Louis Biichner, Force et matière.

(2I Voir plus haut, page m.

l^JO APOLOGISTES LAÏQUES

I. Dieu est ficige, c'est-à-dire que l'ordre règne dans ses œuvres, qu'il a proportionné les forces de ses créatuies au but qu'il leur donnait à atteindre, et qu'il a mis entre toutes nue i?radation parfaite.

En vertu de cette gradation, l'homme occupe dans la nature visible la première place, car, s'il appartient à cette nature par son corps, il s'élève au-dessus d'elle par son àme.

Or il est un fait certain, c'est que, dans la matière, rien ne se perd, qu'aucun atome ne disparait, qu'il y a une foule de changements mais point d'anéantissement : Celui qui peut créer dédaigne de détruire.

Lamartixe (i).

La fin du monde, elle-même, n'en sera réellement que la transformation : « Il y aura, dit l'Ecriture, de nouveaux cieux et une nouvelle terre. »

Si la matière ne périt point, l'âme pourra-t-elle périr? Ce qui est supérieur en nature sera-t-il inférieur en destinée? Le supposer, « promettre le néant à l'àme, la rendre inférieure aux molécules du monde visible qui se transforment et ne disparaissent jamais (2), » ce serait nier la sagesse du Créateur.

Quoi, uous croirions à rimniortalité de la matière, et non à

l'éteriiité de cette intelligence qui sert à régler nos jugements

sur la matière elle-même !

Saintixe (3).

Non, ce n'est pas possible ! Si le moindre élément de matière est immortel, l'àme, c'est-à-dire l'intelligence, c'est-àdire la Teï'tu, l'âme ne peut périr !

Non, non : pour éclairer trois pas sur la poussière Dieu n'aurait pas créé cette immense lumière,

(i) Méditations poétiques, la Prière. Hachette, JouveU

(2) Maxime Du Camp, Revue des Deux-Mondes.

(3) Picciola, III, viii. Hachette.

LES FINS I>ERNIÈR 2"!

Cette àme au long reg-aixl, à riiéroïqne elTort! Sur rette froide pierre en vain le regard tombe, O vertu! ton aspect est plus fort que la tombe, Et plus évident que la mort I

LxS.:\r A un XE (i).

II. Lu justice de Dieu exige que le mal soit puni et la vertu récompensée :

Je crois absolument, dit Alphonse Daudet, à la formule du « tout se paye (2). »

On ne prétendra pas que cette rémunération des œuvres ait la terre pour théâtre. On ne dira pas que la ricliesse accompagne toujours la vertu, et la pauvreté le vice: il y a une portion notable de l'humanité, parmi laquelle les justes ne manquent pas, et aui est pauvre, malheureuse et triste :

A elle le dur travail, les fardeaux à pousser, les fardeaux à traîner, les fardeaux à porter.

Y. Hugo (3).

La seule vue de ce qui se passe en ce monde doit faire soupçonner au philosophe l'existence d'un autre. Voyons, se dira-t-il.

Voyons si la vertu n'est qu'une sainte erreur.

L'espérance un dé faux qui trompe la douleur,

Et si, dans cette lutte où son regard m'anime,

Le Dieu serait ingrat quand l'homme est magnanime.

Et les yeux du sage se portent vers le ciel. Il y voit le Juste, la Justice même, et aussitôt il est rassuré : si ce monde ne suffit pas à la rémunération, c'est qu'il en est un autre :

(i) Harmonies poétiques, III, vu. Hachette, Jouvet, (2)^La Lutte pour la vie, préface. C. Lévy.

(3) Claude Gueux, fia. Hetzel.

(4) Harmonies poétiques . Hachette, Jouvet.

Et maintenant, dans le lot du pauvre, dans le plateau des misères, jetez la certitude dun avenir céleste, jetez le paradis, contrepoids magnifique! Vous rétablissez l'équilibre. La part du pauvre est aussi l'iche que la part du riche. C'est ce que savait Jésus, qui en savait plus long que Voltaire.

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