‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 71 sur 167 · V. HuGo(i · texte numérisé non relu

V. HuGo(i

Quel crime n'est-ce donc pas que de prétendre enlever l'autre vie à ceux qui souffrent en celle-ci ! « Dans les pays arides et plats, le ciel console de la terre (2). » Que deviendront les malheureux, s'ils ne peuvent même plus regarder là-haut?

Lorsque autrefois l'oppresseur disait : « A moi la terre ! — A moi le ciel 1 » répondait l'opprimé. A présent que répondra-t-il?

A. DE Musset (3).

Et de fait, à mesure qu'on enlève aux hommes la croyance à la vie future, leurs forces s'en vont, leurs caractères s'abaissent, leur corps même semble se déprimer.

Plus nous allons, plus l'espèce humaine se voûte. Le regard de lliomme s'abaisse vers la terre, son front se penche sur la boue.

L'idéal n'est plus en haut. Pourquoi regarder encore un ciel

auquel on ne croit plus?

Aurélien Scholl (4).

Et croit-on que la société ait à y gagner? Traverserait-elle les crises où nous sommes, si le peuple croyait pratiquement à la vie future? Nous avons insisté déjà sur ce point (5) et nous ne voulons plus nous y appesantir. Qu'il nous suffise de citer ces éloquentes paroles :

« Il n'v a aucun profit pour la paix sociale à détacher les

(i) ïlaude Gueux, fia. Hetzel. Nous avons réuni, dans Victor Hwjo apologist'i, p. i85-i8G, les principaux arguments du poète en faveui" de la vie future.

(2) Valyère, Heures grises. Ollendorff.

(3) la Confession d'un enfant du siècle, I, u. Charpentier. ('4) L'Esprit du boulevard, p. 62. Havard.

(5) V. plus haut, p. 162-165.

hommes des perspectives de lu vie riiture et à les renfermer exclusivement dans les préoccupations elles convoitises de ce monde. Je me rappelle avoir lu sur une tombe du moyen âge une épitaphe latine où une belle et touchante pensée se cachait sous une sorte de jeu de mots : « J'ai voulu le ciel et non la terre. A^on soliim, sed cœliim. » Aujourd'hui, au nom d'une logique inexorable, ceux qui travaillent, qui souffrent, et qui ne croient plus à rien retournent cette parole. La menace aux lèvres, souvent les armes à la main, ils disent : « Le ciel est vide, qu'on nous donne la terre, et si on nous la refuse, nous la prendrons. Non cœlum, sed sohim (i). »

Caveant consiiles! le remède à ce mal est unique : n'empêchez pas la foi de faire son œuvre, et d'adoucir les amertumes du présent par les espérances de l'avenir.

IIL Dieu ne serait pas s'rai, si l'àme n'était pas immortelle.

L'homme, nous lavons vu (2), a la soif de l'immortalité; bien plus, il en a la conviction. Que signifie la prière pour les morts, sans la foi à la vie future? Et sans elle, que signifie le culte des tombeaux, si cher à notre piété?

Là par un charme invincible, la vie est attachée à la mort; là, la nature humaine se montre supérieure au reste de la création, et déclare ses hautes destinées. La bête connaît-elle le cercueil et s"incpiiète-t-elle de ses cendres? Que lui font les ossements de son père ? ou plutôt sait-elle quel est son père, après que les besoins de renlance sont passés ? Doù nous vient donc la puissante idée que nous avons du trépas? Quelques grains de poussière mériteraient-ils nos honnnages? Non, sans doute : nous respectons les cendres de nos ancêtres, parce cpi'une voix

(i) Mgr Perraud, Réponse au discours de réception de M. Victor buruy r Académie française, iH jn'm iSSÎ).

(2j Voir plus liaut, p. 143 et suivantes.

APOLOGISTES LAÏQLIIS iS

a^4 APOLOGISTES LAÏQUES

nous dit que tout n'est pas éteint en eux. Et c'est cette voix qui consacre le culte funèbre chez tous les peuples de la terre : tous sont également persuadés que le sommeil n'est pas durable, m^ne au -^tombeau, et que la mort n'est qu'une transfiguration glorieuse.

Chateaubriand (i).

Je cherche, dit un poète matérialiste,

Je cherche à croire sans effroi Que, ta vie et ta chair ayant ronqju leur trame. Aujourd'hui, morte aimée, il n'est plus rien de toi. Je ne puis, je svibis des preuves que j'ignore. S'il ne restait plus rien pour in'entendre en ce lieu, Même après mainte année, y reviendrais-je encore Répéter au néant un inutile adieu? Serais-je épouvanté de te laisser sous terre? Et, navré de partir, sans pouvoir t'assister Dans la nuit formidable où tu gis solitaire, Penserais-je^à fleurir l'ombre où tu dois rester?

Sully-Prudhomme (2).

Mais s'il est un moment où cette loi à l'inimortalîté s'affirme avec le plus d'énergie, c'est celui où l'on vient de perdre un être chéri : c'est à l'instant où Fàme est partie et où le corps va partir à son tour. Alors interrogez ceux qui restent, ou, devant la dépouille du bien-aimé, aftirmez-leur qu'ils ne le reverrout plus ! Vous verrez ce qu'ils vous répondront.

Edmond de Goncourt écrivait après la mort de son

frère :

En dépit de tout ce que mes yeux voient, de tout ce que mes sens touchent de l'affreuse réalité, l'idée de la séparation éternelle ne peut s'asseoir dans ma cervelle. L'impitoyable « Jamais » ne peut faire partie fermement de ma pensée.

E. de Goncourt (3).

(i) Génie du christianisme, I, vi, iii. (a) Les raùîc'A- Tendresses, Sur la mort. Lemerre, (5) Journal, 22 juin 1870. Charpentier.

LES riXS DERNIÈRES 2^5'

Ah! ceux qui croient tiiie tout meurt avec le corps, ceux-là n'ont donc jauuiis rien enseveli, rien perdu! Croire devant une tombe que tout est là, tout entier, à jamais, le père, la mère, reniant, l'être chéri, la femme aimée, cela me parait une sorte de monstruosité. S'il est un lieu où il est cent l'ois plus impossible de croire à la mort qu'à la vie, à la séparation, à la fin éternelle, qu'à l'éterneUe survivance, qu'à la nécessaire réunion de tout ce qui a été uni ici-bas, c'est celui où dans la terre fraîchement remuée vient de disparaître tout ce qu'on a aimé. Il n'y a de morts que pour les cœurs sans mémoire, que là où le souvenir se tait, et le mort, alors, c'est celui qui croit vivre, celui qui a oublié... La fin des âmes, non, ce n'est pas possible...

Stahl (i).

iil m

La croyance à la vie future est un fait aussi certain qu'universel. Qui a mis en nous cette aspiration et cette certitude? Ce ne peut être que Dieu, et c'est ici qu'intervient sa véracité. Personne ne doutera qu'il puisse réaliser nos espérances : ^

La pensée de l'homme irait-elle plus loin que la puissance de Dieu?

Saintixe (2).

1 Dès lors, sous peine de nous avoir trompés. Dieu est tenu de nous donner l'immortalité : l'assurance qu'il a mise en nous est une promesse qu'il est obligé de tenir.

C'est la vérité que faisait ei itendre Lamartine devant la tombe ouverte d'Aimé Martin •

Si la tombe devait tromper les espérances de l'homme de bien, aucun mourant n'eut été plus d ^çu que lui par le néant. Mais Celui (pii ne trompe pas l'instinct d'un moucheron ne trompera pas le pressentiment du juste.

Lamartinje.

fi) Bonnes fortunes parisiennes, Max Rigault, xix. Hetzel. (2! Pkciola, III, vin Tout ce chapitre est un plaidoyer en faveur de l'immortalité de l'àme.

Et c'est ainsi que Dieu, élanl viai, juste et sage, se doit à lui-iiièinc de garder noire ànie imnior telle.

IV. Il nous reste, pour terminer ce sujet, à grouper, comme nous l'avons fait déjà pour d'autres matières importantes^ divers témoignages en faveur de l'immortalité de l'àme, empruntés aux écrivains de ce siècle.

INIadame Ackermann :

Ses Poésies philosophiques ne sont qu'un long blasphème contre Dieu, et même, dit jNI. Caro, « elle le répudie avec trop de haine pour ne pas y croire un peu. On n'injurie ainsi que ce qu'on est habitué à craindre et ce qu'on redoute encore (i). » La vie future est niée aussi bien que Dieu par Madame Ackermann. Mais tout à coup, |« subissant des preuves qu'elle ignore (2), » elle rend le témoignage d'une âme naturellement chrétienne et elle fait, elle aussi, son acte de foi à l'immortalité.

Est-il vrai, se demande-t-elle, que la mort nous ravisse pour jamais ceux que nous aimions sur la terre?

Sous le voile léger de la beauté mortelle,

Trouver Fàme qu'on cherche et qui pour nous éclôt,

Le temps de l'entrevoir, de s'écrier : C'est elle !

Et la perdre aussitôt.

Et la perdre à jamais. Cette seule pensée Change en spectre à nos yeux l'image de l'Amour. Quoi! ces vœux infinis, cette ardeur insensée,

Poiu' un être d'un jour!

Et toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles, Grand Dieu qui dois d'en haut tout entendre '^t tout voir. Que tant d'adieux navrants et tant de funérailles

Ne puissent t'émouvoir,

(i) "Revue des Deux-Mondes, i5 mai 1874. (2) Sully-Prudhomme. Voir p. 274-

LESFINS DERNIÈRES ^"JJ

Qu'à cette tombe obscure oîi tu nous fais descendre Tu dises : Garde-les; leurs cris sont superflus; Amèrement en vain Ton pleure sur leur cendre ;

Tu ne les rendras plus !

Mais non, Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère; Unir pour séparer, ce n'est point ton dessein. Tout ce qui s'est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,

Va s'aimer dans ton sein (i).

Albert Delpit :

Une femme du peuple est à la recherche de son mar qu'elle croit tué dans une bataille :

... Machinalement, elle croisa les mains, et pria. La prière naïve, éplorée et sincère de l'enfant du peuple, qui ne croit pas que tout est fini quand c'est fini, et qui demande quelque chose de meilleur à quelqu'un de plus grand (2).

Alexandre Dumas père :

Notre vie, ici-bas, ami, n'est qu'un chemin; La joie ou la douleur nous y prend par la main. Et nous conduit au bout, où nous attend la tombe ; Notre corps, fatigué, de tout son poids y tombe ; Mais l'âme, toujours jeune, à sa source revient, Et de l'éternité tout à coup se souvient!... (3).

Alexandre Dumas fils :

La mort ne m'intimide pas. Il y a en moi, j'en suis certain, quelque chose sur quoi elle n'a pas de prise, et qu'elle est seulement chargée de dégager avec ou sans secousse, peu importe, de la matière qui l'enferme, et de porter dans un autre milieu (4),

Erckmann-Chatrian :

Le curé d'un village est allé, assisté du maître d'école,

(i) Poésies philosophiques, VXmour et la Mort. LemerrOj {2j Mademoiselle de Bressier, I, 11. Ollondorf.

(3) Christine, V, 11. C. Lévy.

(4) L'Affaire Clemenceau, xi\. C. Lévy.

porter les derniers sacrements à un bûcheron tombé du haut d'un arbre et dangereusement blessé. Nous marchions, raconte le maître d'école,

Nous marchions en allongeant le pas. Les vieilles gens du village, au bruit de la sonnette, venaient aux fenêtres et récitaient la prière. Une fois sur la côte, dans le petit sentier sablonneux qui monte à travers la bruyère, la grande chaleur du jour nous força de ralentir notre marche. Personne ne parlait, mais combien de pensées vous viennent en songeant à la mort, et comme on s'écrie en soi-même :

« Mon Dieu, que l'homme est peu de chose!... Ces millions d'êtres qui bourdonnent autour de nous, toute cette poussière connaît les joies de la vie, et le pauvre malheureux, notre semblable, est là -bas, étendu sans espoir de se relever. . . Que serionsnous donc de plus que le dernier des insectes, si la vie éternelle ne nous avait pas été promise? (i) »

Octave Feuillet :

Extrait d'une lettre écrite après la mort d'une personne aimée :

Dieu entend ma prière ardente, éplorée ! Il faut c[\\e je le croie, mon ami. Oui, pour ne pas céder en ce moment à ([uelque tentation de désespoir, il faut que je croie fermement à un Dieu qui nous aime, qui voit d'un œil attendri les déchirements de nos faibles cœurs..., qui daignera, un jour, de sa main paternelle, refaire les nœuds brisés parla cruelle mort!... Ah! devant la dépouille inanimée d'un être adoré, quel cœur assez desséché, quel cerveau assez flétri par le doute pour ne pas repousser à jamais l'odieuse pensée cpie ces mots sacrés : Dieu, justice, amour, immortalité, ne sont que de vaines syllabes qui n'ont point de sens ! (2).

Lamennais :

Rosin, auteur dramatique, entrait à Saint-Eustache de Paris et se croisait avec Lamennais, sortant derrière un oon-

(i) Les Rantzau, m. Hetzel.

(2) La Petite Comtesse, vin. C. Lévy.

LES FINS PEnXIKRES 2^9

voi qui prenait le chemin du Père-Laehaise : « Eh bien, dit Rosin, s'adressant à Lamennais, voilà donc où tout finit!... — Dites phitôt, riposta Lamennais, dites plutôt que c'est là où tout commence (i). »

Victor de Laprade :

TiiRAsÉAS, s' entretenant à l'écart avec Démétrius :

Donc, toute mort engendre une vie après elle :

Deux parts se font de nous dont l'une est immortelle ;

Repris et ravivé par l'immense univers,

Le corps va refleurir en mille êtres divers,

Et l'esprit, revêtu de sa forme suprême,

Reste avec la l^eauté qu'il s'est faite à lui-même (2),

Leconte de Lisle :

C'est un ennemi déclaré des dogmes chrétiens (3). 11 ne croit à rien, ni au Christ, ni à la vie future. Et pourtant, malgré lui, son immortalité l'inquiète et le harcèle.

Il vient de citer l'Ecclésiaste à la façon dont on le cite aujourd'hui dans le monde de la critique rationaliste, en en faisant un matérialiste et un épicurien; mais il ajoute aussitôt :

(r) Cité par Mgr Ricard, Lamennais, xiri. Pion et Nourrit.

(2) Tribuns et Courtisans, le Procès de Thraséas, III, i. Lemerre.

(5) Ajoutons qu'il ignore, et par suite, qu'il défigure étrangement les dogmes qu'il attaque. C'est ainsi qu'il met en enfer les enfants morts sans baptême et qu'il noua les montre torturés

Epouvantablement, Parce qu'ils étaient morts avant le sacrement.

Or, l'enseignement de la théologie est que ces enfants sont dans les limbes où ils sont heureux d'une joie purement naturelle.

C'est ainsi encore que le poète nous montre les élus contemplant les supplices des damnés, s'en faisant un plaisir et

Jouissant d'autant plus de leur bonheur sublime (jue plus d'horreur montait de l'exécrable abîme.

Avec ces fantaisies, on peut composer des Poème tragiques, mais est-il besoin dédire que l'Église n'a jamais enseigné ces monstruosités?

aSo Avoi.or.isTES laïques

Vieil amant du soleil qui gémissais ainsi, L'iri'évocable mort est nn mensonge aussi. Heureux qui d'un seul bond s'engloutirait en elle ! Moi, toujours, à jamais, j'écoute, épouvanté, Dans l'ivresse et l'horreur de l'immortalité, Le long rugissement de la vie éternelle (i).

Eugène Manuel :

Il raconte l'assistance qu'il a prêtée, en compagnie de son père, à un ami mourant. Un soir, dit-il à son père,

Un soir, près d'un lit de soufïrance, Nous avons tous les deux pleuré, rappelle-toi ! — Nuit lugubre 1 froide veillée 1 Tu marchais d'un pas grave et lent ; Je pressais la vitre mouillée.

Afin d'y rafraîchir un peu mon front brûlant.

Tu songeais à ce corps débile, Méconnaissable à tous les yeux, A l'ami gisant immobile, Le regard déjà terne et tourné vers les cieux;

Déjà tu voyais se dissoudre Chaque élément mal retenu; La poudre aspix'er à la poudre.

Dans le dédale obscur dun travail inconnu.

Mais moi, je pensais à cette âme.

Douce et bonne, et qui nous laissait ; J'écoutais la voix qui réclame Contre l'horrible adieu que mon cœur repoussait ;

En un moment tous les systèmes.

Tous les dogmes solTraient à moi ; J'allais, posant tous les dilemmes, Du croyant sans lumière (!) au sceptique sans foi;

Puis, je m'assis au chevet sombre ; Et quand vint l'instant redouté Où l'être cher mourait dans lonibre.

Je regardai sa face ; et je nai plus douté (2).

(i) Foèmes Inrbm'es, l'Ecclésiaste. Lemerre.

In) Pages intimes, la Veillée du Médecin. C. Lévy,

LES FINS DERNIÈRES ûSl

Alfred de Musset :

Créature d'un jour qui t'agites une heure, De quoi viens-tu te plaindre et qui te fait gémir? Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure : Ton àme est immortelle, et tes pleurs vont tarir.

Tu te sens le cœur pris d'un caprice de femme, Et tu dis qu'il se brise à force de souffrir. Tu demandes à Dieu de soulager ton àme : Ton àme est immortelle, et ton cœur va guérir.

Le regret d'un instant te trouble et te dévore ; Tu dis que le passé te voile l'avenir. Ne te plains pas d'hier ; laisse venir l'aurore : Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.

Ton corps est abattu du mal de ta pensée ; Tu sens ton front peser et tes genoux fléchir Tombe, agenouille-toi, créature insensée : Ton âme est immortelle, et la mort va venir. Tes os dans le cercueil vont tomber en poussière, Ta mémoire, ton nom, ta gloire vont périr. Mais non pas ton amour, si ton amour t'est chère î Ton âme est immortelle, et va s'en souvenir (i).

Henri Rabussox :

Le héros d'un de ses romans. Un homme d'aujourd'hui, Fabien, vient d'apprendre la mort subite de sa mère. Il accourt, et il trouve auprès de la morte sa fiancée, Marie-Thérèse. Fabien s'écrie :

— ... Dire qu'elle est morte comme cela, si vite, si sevde!... Et maintenant, plus rien d'elle, jamais !

— Si, cpiand vous le voudrez, vous la sentirez près de vous.. Vous ne doutez pas qu'elle ne vive ailleurs?

Fabien eut un geste de scepticisme attristé..

— Ah! je vous plains doublement, alors... Mais çprament douter, dans ces cas surtout de. brusque disparition? Tout ce qui était elle n'est pas là. Où donc est ce qu'on ne voit plus ? je j

(i) Lettre à Lamartine, Œuvres. Charpentier.

aSa APOT.OOTSTES r.\ÏQlJES

quel prodige et quelle contradiction de la nature la personnali'é morale^ce qu'il y a de plus essentiel et de plus compliqué dans l'être, serait-il seul à s'évanouir d'un coup, quand nous voyons le reste s'en aller peu à peu, se désagréger par degré ? Car nous savons où va le corps, ce qu'il devient, et que pas une parcelle n'en est anéantie... Il y aurait là je ne sais cpiel ridicule et brutal escamotage d'une âmè, d'une personne, sans transition, sans métamorphose... î.

Quoique parlant à voix basse, elle s'exprimait avec une chaleur d'indignation, comme si elle eût plaidé la cause de la fiaorte (i). '

Victorien Sardou :

Nous avons dit que le besoin de se revoir entretient -en nous la foi à l'immortalité. Dans une de ses comédies, Victorien Sardou met plaisamment en scène un matérialiste, dont les convictions sont nées du besoin <( de ne plus se revoir r»

Hier, à dix heiires, entendement civil de la citoyenne Lamou- Tfdlle... Son mari a fait sur sa tombe un discours, inspiré par le plus pur matérialisme, exprimant l'ardente conviction qu'il ne reverrait plus, nulle part, la compagne de sa vie!... Cette touchante profession de foi a vivement ému l'assistance (2).

Sully-Prudhomme :

La tombe ferme un œil pour en ouvrir un autre Sur un astre meilleur (3).

Nous avons réservé pour terminer et couronner cet article Fadmirable strophe de Lamartine :

Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines. Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés; Quand j'entendrais gémir et se briser la terre; Quand je verrais son globe errant et solitaire,

(i) Uw hamm^ d'aujmi')'(Phui, ix. G. Lévy.

(2) Rabagas. G. Lévy.

(5) Le Bonheur, I, i. Lemerre.

LES FINS DERNIÈRES a^ST

Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit. Se perdi'e.dans les champs de l'éternelle nuit; Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres. Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres. Seul je serais debout: seul, malgré mon effroi, Etre infaillible et bon, j'espérerais en toi, Et. certain du retour de Téternelle aurore, Sui' les mondes déti'uits je t'attendrais encore I

ARTICLE III

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