‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 78 sur 167 · LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE

Les miséricordes divines peuvent d'autant plus facilement s'exercer à l'heure de la mort, qu'ordinairement les âmes préservées de l'enfer par un acte de contrition final n'entrent pas directement au ciel et doivent expier leurs fautes et achever leur préparation dans le Purgatoire.

Le purgatoire est un lieu où se rencontrent la joie et la douleur : la joie puisée dans l'amour de Dieu, dans la certitude de le posséder un jour ; la douleur, dans les souffrances qu'il faut endurer et dans la privation actuelle de la vue du divin IVIaîlre :

Lieu placé sur les confins delà douleur et de la joie, où viennent se réunir les sentiments confus du bonheur et de l'infortune.

Chateaubriand (i).

Mais, somme toute, le purgatoire est un lieu de souffrance et d'expiation : l'àme y reste, longtemps peut-être, jusqu'à ce que la dernière tache ait disparu ; « avant cette heure elle voudrait bien s'affranchir, mais le désir de se purifier ne le permet pa5 ; car ce désir qu'elle avait pour le péché, la divine justice le lui impose pour le châtiment (2). »

Combien de temps dure ce séjour au purgatoire ? nous ne pouvons le savoir, et il diffère selon l'état des âmes. Mais deux choses sont certaines : d'abord, que les prison-

(i) Génie du christianisme, II, r, ix.

(2) Dante, le Purgatoire, chant XXI. Trad. Brizeux, Charpentier.

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niers du purgatoire ne peuvent rien pour abréger leur captivité ; puis, ([ue les vivants peuvent beaucoup pour, ces âmes. C'est une conséquence du dogme de la communion des saints (i), de l'union vitale qui règne entre le ciel, la terre et le purgatoire :

Là entrent avec le coupable le crépuscule de la félicité future, l'espérance, le repentir, la prière, non-seulement la prière de celui qui expie, mais la prière des compagnons qu'il a laissés sur la terre, et Jout Tamitié, prolongée ;iu-del;i du tombeau, le suit d'vin monde à l'autre et paye par ses vœux et par ses pénitences la rançon de son âme.

Ce divin commerce, cette touchante communauté, cette communion des vivants et des morts, cette violence laite à la clémente justice de Diieu par l'amour de ceux cpii prient en iavem* de ceux qui expient, cette parenté eflicace enfin que la mort ne rompt pas entre les âmes de la terre et les âmes tlu Purgatoire, sont une des plus ravissantes conceptions de la poésie surnaturelle (2).

C'est ce même dogme qui arrachait ce cri à une protestante, à la veille de sa conversion :

Ah ! ma mère, quand la religion catholique n'aurait sur la notre que l'avantage de prier pour les morts, je la préférerais!

Alexandi'ine de la Fkrroxxays.

Prions donc pour les morts :

Toutes ces âmes en disgrâce Ont besoin qu'on les débarrassa De la vieille rouille du coi*ps.

Souffrent-elles moins pour se taire ?

Enfant ! regardons sous la terre ! Il faut avoir pitié des morts !

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