‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 8 sur 167 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

(i) Mémoires (fontre-tomhe, t. n, p. t46. Dion-Lambert. ■Vo}'ez aussi fe Génie du christianisme , V partie, livre v.

(2) V. tlugo, le Rhin, lettre xxxix. Hetzel. Voir Picciola, de Saintine. C'est l'histoire de la conversion d'une Ame par l'étude et l'amour d'une plante poussée par hasard dans la cour d'une prison. Le héros du livre, au commencement de sa captivité, avait écrit sur le mur de sa cellule : « Le hasard est aveugle, et seul il est le père de la création. » Quelques jours après avoir adopté sa petite plante, il écrivait sous cette phrase désolée : « Peut-être ! » — Plus tard encore, après avoir longuement médité devant sa Picciola, il rentre dans sa chambre et lit sur la muraille cette autre affirmation : « Dieu n'est qu'un mot. « Il ajoute au-dessous : «Ce mot ne serait-il pas celui de la grande énigme de l'univers ? » Enfin,' d'autres réflexions l'amènent à cet aveu définitif : « Je confesse Dieu ; je crois maintenant k cette cause première que Picciola m'a révélée, à cette puissance éternelle, régulatrice admirable de l'univers. » ■-^(5) Les Contempbitirms. III, xxx. Hetzel. Voir aussi Lamartine, Harmonies poétiques, I, u : l'Hymne de la nuit.

Ce seront les monta.s:nes, ce seront les forêts, en un mot ce sera toute la nature qui répétera, sous des formes variées, le même cantique à son auteur :

Soit aux vastes forêts, soit aux vents, soit à l'onde. Quand Dieu donne une voix et leur dit de chanter, C'est une langue étrange, une langue profonde, luuueuse, qu'à genoux on devi*ait écouter.

J. AUTRAN (i).

Les hommes entendent-ils cette voix de la nature et compreniuMit-ils ce langage? La plupart, oui. Devant les flots, devant les plaines, devant le firmament^ ne leur dites pas : « Le monde est vide ! » Ils ne vous croiront pas. J'ai vu, dit M. de Molènes, rappelant ses souvenirs d'Afrique,

J'ai vu une fois à minuit, entre des rochers, près d'une fontaine, mon cheval, qui avait senti la présence d'un lion, s'arrêter et me dire par tout le tremblement de son corps : « Il est là! » Ainsi fait notre àme, à certaines heures, devant certains aspects; elle aussi suspend son mouvement, et s'arrête haletante, épeji'due. Xe lui dites point : « Il n'est pas là »; elle vous répondra en aspirant le redoutable souffle de l'existence qu'elle vient de sentir.

G. DE MOLÉNKS (2).

Hélas ! on ne peut dire que tous entendent cette voix de la Dature. Il en est qui admirent l'œuvre sans penser à l'ouvrier; liabitués au spectacle du monde, ils ne voient plus tout ce qu'il a de sublime, ils n'entendent plus tout ce qu'il

(i) les Foèmes de la mer*: la Grotte. C. Lévy. Voir Lamartine, la Chute d'un ange, i* Vision : le Cliœur des cèdres du Liban.

(2) Voyages et pensées militaires. Revue des deux mondes, i5 septembre i853*

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dit flV'loqiicnt. A eux peuvent s'appliquer les vers de Lamartine :

Nature, firmament ! l'œil en vain vous contemple : Hélas! sans voirie Dieu, l'homme admire le temple; Il voit, il suit en vain, dans les déserts des cieux, De leurs mille soleils le cours mystérieux; Il ne reconnaît plus la main qui les dirige : Un prodige éternel cesse d'être un prodige.

Lamartine (i).

Encore ceux-là ne sont-ils que des indifférents. Ils ii • nient point l'auteur de la nature, ils s? contait ';it de pas y penser. Il en est d'autres qui vont plus loin : en pi- sence de l'effet ils nient la cause, de la création ils re usent de conclure au Créateur. Dans un monologue, où régnent, chose rare pour ce genre de littérature, le bon sens, l'esprit et la gai té. Grenet-Dancourt consacre un couplet à ces étranges philosophes :

Jadis, c'était Terreur commune :

On croyait que, dans le ciel bleu, Etoiles et soleil et lune Prouvaient lexistence de Dieu...

Aujourd'hui, c'est une autre alîaire.

Et les astres qu'on voit d'en bas Aux hommes prouvent, au contraire, Que le bon Dieu n'existe pas 1

Grenet-Daxcourt (2)'

Par onel bizarre raisonnement arrivent-ils à cette bizarre

fi) Méditations poétiques : Dieu. Hachette, Jouvet. (2) Z? hon Dieu. Ollpriùorfr.

LE CREATEUR TJ

conclusion ? Les uns prononcent encore le vieux mot de hasard !

Hasard, Mets que font les fripons pour les sots qui le mangent !

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