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LE RESPECT DU SAI>"T NOM DE DIEXT

Le second précepte du Décalogue nous défend de « prendre en vain le nom du Seigneur notre Dieu. »

Dieu est si grand qu'aucun nom ne peut pleinement le nommer :

Sayez-vous son nom ? La nature

Réunit en vain ses cent voix,

L'étoile à l'étoile murmure :

Quel Dieu nous imposa ses lois ?

La vague k la vague demande :

Quel est celui qui nous gourmande ?

La foudre dit à l'aquilon :

Sais-tu comment ton Dieu se nomme ?

Mais les astres, la terre et l'homme

Ne peuvent achever son nom.

Lamartine (2).

Néanmoins, il fallait que Dieu fût nommé : il est des syllabes dont l'émission appelle la pensée du souverain Maître, et le désignent de l'homme à l'homme. Dès lors, ce nom divin doit participer au culte rendu à Dieu lui-même :

(i) Monsieur Aiphonse, I, v, C. Lévy.

{2.) Harmonies poétiques, I, 11. Hachette, Jouvet.

I>EVOIRS DE L"7tOMME ENVERS DIEU 359

c'est avec respect, avec amour que nous devons ^^ p!?ononccr.

EnseisiTiez aux enfants le nom du Père au ciel, Comuïe on met sur leiu* lèvi-e une goutte de miel, Pour ([u'ils goûtent, sortant du ventre de leur mère, Quelque chose de doux avant leur vie amère ! .. La mère à ses petits fera bégayer Dieu En leur montrant du doigt l'invisible en tout lieu : Et ce sera le mot, quekpie nom qui le nomme. Par qui dans l'univers l'homme salûra Thomme I Le nom qu'appellera l'innocent en témoin, Qui dans Fœil du coupable éclatera de loin, Que le juste outragé, mais fort de confiance. Frappera sur son sein comme une conscience, Qu'opposera le faible à son persécuteur, Que la veuve et l'enfant auront pour leur tuteur, Le lépreux pour ami, l'esclave pour son juge, L'indigent pour foyer, le banni pour refuge, Que les infortunés, du fond de leurs douleurs, Verront comme un rayon luire à travers leurs pleurs, Et, quand l'homme expirant s'étendra sur sa couche, Que les anges viendront enlever sur sa bouche !

Lamartine (i).

II est plusîetrrs manières de trahir le respect dû au saint nom de Dieu. La première est le blasphème, qui ^oçisiste à prononcer des paroles insolentes contre Dieu, où à proférer son nom en lui adjoignant des qualificatifs injurieux. Laissons cette triste occupation aux damnés, qui «blasphèment Dieu, leurs parents, l'espèce humaine, le lieu, le temps de leur naissance, et la semence de leur semence et de leur enfantement (2), » Ne commençons pas sur terre l'œuvre de lenfer, et disons-nous bien que le blasphème

(i) la Chute d'un ange, 8« vision. Hachette, Jotitet.

{2) Dante, l'Enfer, chant m. Trad. Brizeux. Charpentier.

est le fait d'un fou furieux, ou d'un histrion qui cherche jusque dans l'audace du péché à attirer l'attention sur lui. C'est ce qu'un poète ne craint pas de dire dans un sonnet adressé au blasphémateur :

SU existe ton Dieu, le blasphémer est lâche. Le blasphème est le cri des impuissants. Sais-tu, Toi qui ne crois à rien, pas même à la vertu, Que tu viens d'entreprendre une bien vaine tâche? Tu l'insultes, afin que de son ciel il lâche Ses foudres sur ton front; et parce qu'il s'est tu, Il n'est pas? Vainement tu l'auras combattu. Car il est patient, et jamais ne se lâche. Histrion, nul ne croit à ta sincérité.

Descends de ton tréteau, menteur, ôte ton masque! Montre le crâne faux que nous cache ton casque I Que t'importe de dire ou non la vérité ? Pourvu qu'un jour, ton nom vaniteux, tu le coules Dans l'airain des gros sous que tu surprends aux foules.

Paul Manivet(i),

Le serment est parfois une autre occasion de manquer au respect du au nom divin. Non pas qu'il soit mauvais en lui-même : au contraire il est, de sa nature, un hommage rendu à la véracité de Dieu :

Eh! ne sais-je, disait Berryer au Parlement, ne sais-je pas ce que c'est que le serment? Est-ce que je ne connais pas le ca. ra?tere sacré de ce supplément de la puissance humaine? Oui là où les lois que vous écrivez sont impuissantes, là où elles ne pourraient vous offrir aucune garantie, vous demandez plus à l'homme que vous réputez homme d'honneur, vous lui demandez l'engagement de sa conscience, vous lui demandez rengagement de sa vie intériem*e ; vous voulez qu'il s'oblige au-delà des actes que vous pouvez saisir, que vos lois peuvent atteindre, au delà de ce qu'elles peuvent réprimer : o'?st donc l'honneur, la

(i) Les Glas de l'âme. Dentu.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 36 1

conscience, et à vrai dire, depuis que le serment est prêté dans le monde, c'est Dieu même qui est pris à témoin.

Berryer (i).

Voilà pourquoi, dans les affaires judiciaires, où la fortune, l'honneur, la liberté et même la vie des citoyens dépendent de la loyauté dans les affirmations apportées au tribunal, on oblig:e témoins et jurés à prêter serment devant Dieu. Qu'arriverait-il si cette garantie était enlevée à la justice? Ces lignes extraites d'un roman nous le font prévoir :

... Au fond de la salle, un grand Christ regarde le ciel de ses yeux mourants. C'est vers lui qu'on tendait la main autrefois, pour jurer. Car maintenant on ne jure plus devant Dieu, ce qui facilitera bien le mensonge à nos adversaires...

Georges Ohnet (a).

Mais si le serment est par lui-même un hommage rendu au Créateur, il peut devenir, par l'abus qui en serait fait, un outrage à Dieu et un péché pour l'homme. Soutenir au moyen du serment une affirmation mensongère est une faute. C'est une faute aussi, moins grave, il est vrai, que de prêter des serments véritables mais frivoles. Dans les circonstances ordinaires, la parole d'un honnête homme doit suffire (3) ; étayer de serments ses moindres propos serait de nature à faire concevoir des doutes sur la véracité du jureur :

Je crois tout ce qu'on dit, à moins qu'on ne le jure,

(i) Discours parlementaires, t. m, p. ôo/'i.

(2) La Grande Marnière, x. Ollendorff.

(3) Rien n'est moins selon Dieu et selon le monde que d'appuyer tout ce que l'on dit dans la conversation, jusqu'aux choses les plus indifférentes, par de longs et de fastidieux serments. Un honnête homme qui dit oui et-, non mérite d'être cru : son caractère jure pour lui, donna créance à ses paroles, et lui attire toute sorte de confiance. » La Bruyère^ Caractères, v.

dit plaisamment Victor Hug:o (i) ; et Shakspeare raille agréablement ces jureurs de profession :

TOUCHSTONE

Maîtresse, il faut que vous veuiez trouver votre père#

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