‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 97 sur 167 · DEVOIRS DE L HOMME ENTÏÎRS SON PROCHAIN '^"J · texte numérisé non relu

DEVOIRS DE L HOMME ENTÏÎRS SON PROCHAIN '^"J

O la plus étrange des lois!

Est-on seul, à deux l'on veut être ; Est-on deux, loa veut être trois!

Eugène Manuel (i).

O famille! ô mystère ! ôcœur de la nature !

Où laraoui' dilaté dans toute créature

Se resserre en foyer pour couver des berceaux,

Goutte de sang puisée à l'artère du monde

Qui court de cœur en cœur toujours chaude et féconde,

Et qui se ramifie en éternels ruisseaux.

Lamartine (2).

L'enfant, en venant compléter la famille, vient aussi compléter le bonheur des époux, et l'on peut dire à ce point de vue qu'il est créé pour ses parents.

Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres Qui dans tout notre cœur s'établissent en maîtres, Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas Et n'ont qu'à vivre heureux pour n'être point ingrats.

Emile Augier (3).

C'est vrai, dit ailleurs jNIédée en regardant ses enfants,

C'est vrai, je suis ingrate!... Ah! chers consolateurs! Ils comprennent quun Dieu créa dans nos misères Les baisers des enfants pour les larmes des mères.

Ernest Legouvé (4).

Aussi comme l'enfant est bien reçu ! comme il est choyé ! comme il est défini avec amour, à qui mieux mieux, par les poètes et les philosophes ! Lisez plutôt :

L'enfant est un ange qui a besoin des hommes.

J. DE MaISTRH»

(i) Pages intimes, Déménagement. C. Lévj. (2) Cours familier de littérature, XV, iv. (5) Gabrielle, V, v. C. Lévy.

(4) Médée, I, VI. Perrin.

3;a APOLOGISTES LAÏQUES

Enfant. — Ame qui essaye un corps.

Madame Swetchine.

Ce cri, ce chant qui sort d'un nid, C'est l'homme qui commence et l'ange qui finit.

Victor Hugo (i).

Les êtres les plus pervertis éprouvent un respect involontaire devant cet âge sacré, et plus auguste môme que la vieillesse. La vieillesse est comme une eau reposée qui a laissé tomber au lond toutes les impuretés de la vie ; l'enfance est une source échappée de la montagne : on lagite sans la troubler, parce qu'elle est pure jusqu'au fond.

Edmond About (2).

jNIais il est une vérité que les parents ne doivent pas oulDlier : au fond, ce sont eux qui sont faits pour les enfants, plutôt que les enfants pour eux. Ce petit être venu dans le foyer domestique, c'est un dépôt qui leur est confié, qu'ils "doivent sauvegarder et dont il leur sera demandé compte. C'est ce que comprennent les pères et mères vraiment dignes de ce nom :

De leurs fruits, comme l'arbre, ils se font un honneur ; Un fils est à leurs yeux un tribut au Seigneur, Un serviteur de plus pour servir le grand Maître, Un œil, une raison de plus pour le connaître, Une langue de plus dans le chœur infini Par qui, de siècle en siècle, il doit être béni !

Lamartine (3).

Le devoir des parents est donc de se rappeler que c'est une àmc qui leur a été confiée bien plus qu'un corps ; de veiller sur cette âme, de combattre les mauvais instincts qui y

(1) La légende des siècles, l'Idylle du vieillard. Hetzel.

(2) Germaine, xii. About.

(3) La c/iutc d'un a/i^c. Récit, Hacholte, Jouvet.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SOX PROCIIAIX S^S

sont en germe (i), d'y développer les bonnes tendances, en un mot, de laire l'éducation de leur enfant, se souvenant que Il vie dépend de l'enfance comme la moisson de la semence.

Sur ces premiers matins veillons pieusement I

Tout dépend ici-bas de son commencement .

Le jour sei'a mauvais si l'aurore est obscure;

Amer sera le fruit, touché d'une piqûre ;

On trouble tout le fleuve en troublant le ruisseau;

L'homme entlu tout entier se ressent du berceau !

Joseph AUTRAN (2),

Le cœur de l'homme vierge est un vase profond : Lorsque la première eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure , Car l'abîme est immense, et la tache est au fond.

Alfred de Musset (3).

L'éducation que les parents doivent à l'enfant peut se résumer en deux mots : leçons, exemple.

i" Leçons. L'enfant doit trouver à tout propos, sur les lèvres du père et de la mère , les leçons , les conseils , les encouragements, les louanges elles blâmes qui peu à peu le formeront à la vertu. Mais qu'on n'oublie pas, en inculquant aux enfants la morale, qu'elle n'est vraie et stable

(i) « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés; ils rient et pleurent facilement; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets ; ils ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. » La Bruyère, Caractères, xi. Voir plus haut, p. 120.

(2I Epitres rustiques, l'Education. C. Lévy. « Qui calculera la part d'influence attribuable, dans les chutes d'une femme de vingt-cinq ans, aux discours écoutés ou surpris par la fillette en robe courte ?. » Paul Bourget, Cruelle énigme, vni . Lemerre.

(3) La Coupe et les lèvres, iv. Œuvres, Charpentier.

qu'à condition d'être appuyée sut le dogme. Si cela est important pour l'homme (i), combien plus pour l'enfaTit!

Il faut savoir qnel impérieux besoin de logique régit la formation des jeunes âmes, pour comprendre ce que Ton risque à bannir de l'éducation ce qui en a fait jusqu'à présent la base. Même en tenant pour réelle et démontrée l'impossibilité de rien prouver dans l'ordre surnaturel, il faudrait encore inventer des dogmes et axiomes métaphysiques pour élever les enfants. Car on n'impose rien au plus chétif esprit sans l'appuyer sur un principe supérieur, — supérieur à la commune essence... Mais tout cela est si banal que l'on n'ose presque plus en parler, et que les bons progressistes, novateurs et autres artisans des réformes scolaires, se sont même dégoûtés d'y songer!

Henri Rabussox (2).

Il peut arriver, et de fait il arrive souvent que les parents ne peuvent eux-mêmes parfaire l'éducation de leurs fils, et se voient obligés de la confier à des maîtres. Mais si vous êtes dans cette nécessité, rappelez- vous que vous ne devez en aucun cas abdiquer complètement le soin de leurs âmes. Et d'abord, ne pouvez-vous faire autrement que de les enfermer, des mois entiers, dans ces collèges où ils trouveront toutes sortes de sociétés, excepté la vôtre ?

Je trouve trop sévère d'enfermer ces pauvres petits dans de vilaines casernes, alors que l'air et l'espace sont le plus nécessaires à leur petite àme et que leur corps a le plus besoin de mouvement et de liberté ! Est-ce qu'on descend à la cave les jeunes pousses d'avril pour faciliter leur épanouissement?

Epreuve nécessaire, dit-on : peut-être est-elle nécessaire, en

eflet, pour certaines natures indomptables, mais parce qu'il y a

des enragés faut-il donc mettre à tout le monde la camisole de

force?

Gustave Droz (3).

{i) Voir plus haut, p. 3i3-5r7,

(2) Un homme d'aujourd'hui, 11. C. Lévy,

(3) Tmtesses et sourires, v. OUendorff.

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