Mort depuis
Et vous, ô Dupanloup, dont la tête en délire Dispute à Jean Brunet la palme du martyre, — r Dites, nourrissez-vous encore quelque espoir } Voyez-vous par hasard quelque nouveau point noir Assombrir ou voiler l'horizon politique Et menacer les jours de notre République? Sages dans l'impuissance, avez-vous ajourné A des temps plus heureux votre rêve mort-né? Ou ce terrible emprunt, dont le chiffre épouvante, Qui pour trois milliards en récolte quarante, A-t-il à tout jamais plongé dans le néant L'empereur sanguinaire et le roi fainéant?
Mais vous le savez bien, ô faux-cols vénérables,
O culottes sans prix, ô chapeaux admirables,
Mais vous le savez bien, chère majorité,
Que vous ne pouvez rien pour votre royauté :
Divisés, désunis, bariolés, baroques,
Vous ne vous entendez que sur des équivoques ;
S'agit-il d'attaquer le pacte de Bordeaux,
Vous êtes courageux... derrière les rideaux;
Mais s'il faut se montrer et faire quelque chose,
Votre main est tremblante et votre bouche close...
La Chambre en vacances. 51
Partez donc, doux seigneurs; allez rentrer vos foins,
Couper votre luzerne ou recueillir vos coings ;
Allez, pour reposer vos deuils et vos fatigues,
En rivière ou sur mer, au port ou près des digues,
Baigner vos membres las ou tendre l'hameçon ;
A travers la campagne inspecter la moisson ;
Sur les pipeaux des bois accordant votre lyre,
Chanter Amaryllis, Vénus ou Déjanire;
Et, laissant de côté vos droits de souverains,
Sous les ombrages frais endormir vos chagrins.
Dormez, constituants zélés mais platoniques;
Oubliez en dormant les rires ironiques
De ces républicains sans foyer et sans foi
Qui raillent Dieu, le roi, la tamille et la loi ;
Oubliez les scrutins récents et les paroles
De dissolution que prononcent ces drôles;
Rêvez du drapeau blanc et de l'invasion,
Rêvez du droit divin et de la fusion ;
Mais jouissez du songe avant qu'il ne s'achève...
— Car bientôt le réveil aura détruit le rêve!
29 mars 1872.