LA CHAMBRE EN VACANCES
A mon ami Marius Bousquet
Ëh bien, chers députés, avez-vous fait vos malles.^
Avez-vous préparé vos glandes lacrymales
Pour les vivats, les toasts et les ovations
Que vont vous adresser les populations r*
Ces honneurs vous sont dûs, et j'aperçois d'avance
Les maires, les curés, tous ceux qui tiennent l'anse
Du panier campagnard, vous assaillir en chœur,
Des bouquets à la main avec la bouche en cœur,
Pour vous féliciter, orateurs en vacances,
Du succès qu'à la Chambre ont eu vos éloquences.
Ah! vous méritez bien tous ces beaux compliments : Vous êtes — entre nous — des discoureurs charmants. Patriotes zélés, diplomates sincères, Libéraux convaincus, députés nécessaires; Bref, vous êtes parfaits ; — même vous avez eu Pour ce bon monsieur Thiers, plus qu'on ne l'aurait cru. Du respect, des égards et de la patience : Le laisser président, c'était en conscience Faire, contre vous-même et pour la nation, Œuvre de dévoûment et d'abnégation!...
Je sais bien que, sortis de quelque bouche vile,
Des cancans malheureux avaient couru la ville,
Qui vous représentaient comme déterminés
A mener monsieur Thiers par le bout de son nez ;
Même on s'entretenait, parmi les indigènes,
De complots, d'Eventails, de groupes homogènes
Et de Bonnets à poil qui devaient sans façon
Donner au président une bonne leçon...
Mais c'était un faux bruit, et sa reconnaissance,
D'ailleurs, vous assurait de son obéissance...
Donc vous pouvez, messieurs, vous en aller en paix, Laissant sur vos vieux bancs, sur vos dossiers épais
La Chambre en vacances. 49
Veiller, sphinx accroupi dans l'ombre et le silence, Cette Commission qui siège en permanence. En route... et bon voyage!
Allez voir dans les champs Les simples laboureurs et les petits marchands ; Demandez au berger qui fait paître les vaches, Au vigneron qui tord le raisin sous les bâches, Au moissonneur qui fait tomber les. épis mûrs, Au fermier dont l'argent veut des placements sûrs ; Demandez-leur, à tous, ce qu'ils pensent du trône, D'Aumale, d'Henri V, du César sans couronne, Et de cet homme enfin qui, par vous entravé, Dirige malgré vous l'Etat qu'il a sauvé !
O Raudot et Clapier, entêtés adversaires Des impôts que nos deuils ont rendus nécessaires, Qui tapez tour à tour, rivaux du grand Arpin, Sur les tissus de soie ou les peaux de lapin; O Saint-Marc Girardin ! dont la verve facile Dépasse de cent pieds les lettres d'Haussonville; O Baze, ô moussu Baze, ô vieux questeur grinchu Qui plaisantez Ducrot et badinez Trochu;