‹ Les apostrophesChapitre 17 sur 24 · AU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

AU PRINTEMPS

Jalut, ami Printemps, messager de l'amour; Les hommes et les fleurs célèbrent ton retour ;

Baze même en pleure de joie :

Tu viens le dispenser d'éclairer les couloirs Où vole, en se cognant contre les angles noirs,

La troupe des oiseaux de proie.

Salut, Printemps ; les prés verdissent sous tes pas, Dans ta nouvelle vie oubliant le trépas Et Décembre aux brises glacées :

Seuls, dans ce grand réveil, les droitiers écrasés Gardent, veufs de cheveux, leurs crânes épuisés Et leurs cerveaux veufs de pensées.

Ami, viens dissiper la neige des hivers ; Accorde à Lorgeril un pied de plus par vers,

A Ventavon rends la franchise ; La souplesse à Batbie, aux ducs la bonne foi, Le bon sens à Brunet, Lucien Brun à son « Roy »

Et Dupanloup à son Église!

Dans ton creuset magique où la laideur s'éteint, Fais au fier Théodule un corset de satin

Et parfumé de bergamotte; Prépare à Dahirel un toupet neuf en crin, Pour le jour solennel où dans l'urne d'airain

Il jettera son dernier vote.

Mène tous les vieillards cacochymes, poussifs, Politique urs, raseurs, ergoteurs, processifs,

A la fontaine de Jouvence; Qu'ils y fassent l'aveu de leur stérilité, Qu'ils y puisent la paix et la tranquillité,

Qu'ils y laissent leur impuissance !

Au Printemps. <

Toi qui donnes la sève aux arbres de nos bois, Réforme et rajeunis cette Chambre aux abois,

Dissous la bande monarchique Et, dans nos champs fleuris où dominent tes lois, Convertis doucement tous nos bons villageois

Au culte de la République.

Enfin, si tu veux mettre un comble à tes bienfaits, Ecoute, ami Printemps, écoute et satisfais

Ces vœux de la France troublée :

Affranchis le pays de deux jougs irritants Et fais que nous soyons libres en même temps

De la Prusse et de l'Assemblée !

16 mars 1873.

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