‹ Les apostrophesChapitre 20 sur 24 · A GAMBETTA · texte numérisé non relu

A GAMBETTA

JLe Sort, dès le berceau, grave, aux fronts qu'il chérit, Un sceau mystérieux où l'avenir s'écrit

En invisibles caractères :

La nature a fourni le germe travailleur, L'épreuve le mûrit, le deuil le rend meilleur,

Et l'homme naît de ces mystères.

L'homme, c'est le penseur qui, loin de sa prison, Laisse son esprit fuir vers le haut horizon. Aux champs féconds de la pensée,

A Gambettà. 107

Ec qui va demander pour les peuples vivants Des arrêts sans appel, des jugements savants, A l'expérience passée.

L'homme, c'est l'orateur qui, tenant en suspens Ses envieux muets, ses ennemis rampants

Sous son éloquence bénie, Impose à tous les cœurs épris de vérité, Amis de la justice et de la liberté,

L'autorité de son génie.

L'homme, enfin, fier Danton ou brave Duguesclin, Est celui qui, prenant l'Etat à son déclin,

Surgit dans un effort sublime, Se voue au sacrifice, écrase les tyrans, Arrache la patrie aux mains des conquérants

Et sauve un peuple de l'abîme.

Un seul de ces hauts faits suffirait à l'honneur D'un seul. — Et le destin, par un rare bonheur,

T'a donné cette triple gloire :

Nous avons pu la voir inscrite en lettres d'or, Malgré tous nos revers pure de tout remord,

Dans les fastes de notre histoire*

io8 Les Apostrophes.

Suis ta route, tribun, sans peur, sans compromis, En laissant aboyer sur toi, sur tes amis,

Toute la meute monarchique.

L'injure du vainqueur relève le vaincu : Le crime qu'ils te font est d'avoir survécu

Pour défendre la République :

— C'était là ton devoir dans nos murs envahis, Et tu l'as su remplir en tirant le pays

De ses délices de Capoue, En lui rendant du cœur, en lui donnant du fer, En forçant à sortir — de son âme un éclair,

— Une étincelle, de sa boue.

La paix, qui terminait la guerre et tes pouvoirs, En transformant tes droits a changé tes devoirs;

Ton rôle demeure le même :

Revendiquer le droit et le progrès humain Et préparer d'avance un sage lendemain

Au jour du triomphe suprême.

Pour nous qui, sans faiblesse et sans servilité, Suivons l'heureux élan de ta virilité,

Nous conservons notre espérance

A Gambetta. 109

Et nous voyons en toi l'homme que le destin A marqué pour unir dans un accord certain La République avec la France !

î" mars 1873.

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