‹ Les apostrophesChapitre 3 sur 24 · A MONSIEUR THIERS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR THIERS

U k homme s'est trouvé, de bizarre nature,

Ayant deux âmes en un corps, Prestigieux acteur d'un drame d'aventure

Dont il brossa tous les décors ; C'est lui qui fait les trucs, qui machine la scène

Et qui frappe le dernier coup, Prologue ou dénoûment, sur les bords de la Seine

Ou sur les grilles de Saint-Cloud.

Auteur, il sait créer des héros légendaires ;

Au besoin il est costumier Et compose à chacun des rôles secondaires

En se réservant le premier.

Pour un effet voulu masquant ses batteries,

Il sait dans l'ombre cheminer, S'incliner aujourd'hui devant les coteries

Pour mieux demain les dominer, Ajourner les débats afin de les résoudre,

Perdre du temps pour en gagner, Pardonner à chacun pour mieux se faire absoudre...

Et diviser pour mieux régner.

Constamment engagé, mais restant toujours libre,

Il bascule de tout côté, Se penche à droite, à gauche, et garde l'équilibre

Sur son centre de gravité.

Il est souple et de fer, constant dans ses maximes

Et varié dans ses moyens, Autant aimé que craint des bas-fonds et des cimes,

Des soldats et des citoyens; Peut-être ambitieux mais aimant la patrie

Et, dans son amour du pouvoir, Luttant moins pour sauver sa fortune meurtrie

Que pour accomplir son devoir.

Petit bourgeois, il est le successeur des princes

Dont il fut l'aide et le danger; S'il subit la Commune, il sauva nos provinces

Du joug trop long de l'étranger...

A Monsieur Thiers. 17

— Voilà l'homme : son nom signifie espérance,

Ses fautes valent des succès, Et, s'il peut, il rendra la grandeur à la France

Et la République aux Français *.

3 mai 1S73.

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