Ï. — LE CONCORDAT DE
Avant d'étudier la crise terrible que fit traverser à la corporation des apothicaires de Paris sa lutte avec la Faculté de médecine, il est intéressant d'examiner la situation réciproque des deux partis et les origines d’une querelle qui, nouvelle guerre de cent ans, dura presque tout le xvrr'siècle, fit couler des flots d'encre, eut ses trèves, ses combats et ne se termina que par une paix en règle octroyée, à de rudes conditions, par la Faculté victorieuse à ses ennemis vaincus.
Dès le règne de Philippé de Valois, la suzeraineté des médecins sur les apothicaires, nettement établie, rappelle ce monarque dans une lettre au prévôt de la ville, par des ordonnances « faites et scellées du scel de nostre Chastellet de Paris entre lesditz maistres de médecine d’une part et les apothicaires de lPautre (1) », dut être notifiée à ces derniers
(1) Mandement au prévôt de Paris, 2 2 mai 1336.
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déjà enclins à oublier le serment qui les assujettissait aux docteurs régents. Quelques années après, le doyen faisait entendre de nouvelles plaintes, ne pouvant plus longtemps tolérer de continuels abus et de « condamnables usurpations »(1).
Le contrôle des médecins s’exerçait pourtant légitimement.
S'ils assistaient aux examens de maîtrise et aux chefsd'œuvre, il ne faut pas oublier qu’ils avaient puissamment contribué à l’instruction des apothicaires. Deux docteurs règents, ceux-là même qui visitaient les boutiques, leur apprenaient la théorie de leur art, professant chez eux, une année entière, sans recevoir aucun honoraire de la Faculté (2).
Celle-ci d’ailleurs cultivait ce genre d’étude : il n’y avait pas d'école de pharmacie, et elle formait elle-même ses praticiens à la connaissance des médicaments et de leurs modes d’action. « Deux professeurs étaient chargés du cours : l’un enseignait la matière médicale rem herbariam, l’autre la pharmacie proprement dite. Le professeur de matière médicale traitait des plantes, des animaux, des minéraux et en général de tous les remèdes que la nature fournit. À la fin de chaque semaine, il mettait sous les yeux de ses auditeurs les substances dont il avait parlé... Ce cours avait lieu le matin (3). L'autre professeur. faisait, également le matin, un cours sur le choix, la préparation
(1) Ordonnance de Jean le Bon, décembre 1352, traduction empruntée aux Pandectes.
(2) Corlieu, ouv. cit., p. 138 (art. 57 des statuts de 1508).
(3) Id5 p. 30 (statuts de la Faculté, art. 56). :
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et la composition des médicaments. Pendant l'été, il enseignait dans le grand amphithéâtre la pharmacie galénique et chimique (1). Un maître apothicaire lui servait d’aide et recevait vingt livres (2). « On avait pour champ d’expériences le petit jardin botanique de l’école, plus tard le jardin du Roi, ce qui n’empêchait pas de faire quelques excursions dans les plaines de Gentilly (3). »
Instruits de la sorte, les docteurs régents purent, à juste titre, se charger de mettre au niveau de la science courante l’Antidotarium de Nicolas Myrepse (4), en attendant le nouveau codex qu’en 1577, aux états de Blois, la Faculté s’était engagée à publier. Le parlement nomma d’ofhce à cet effet, en 1599, douze médecins pour travailler à ce recueil qui ne fut achevé qu’en 1637. Jusqu'en 1758 il eut neuf éditions (5).
« Quant au dispensaire, avoue Guy Patin, je vous dirai que nous n’en avons aucun. La cour du parlement a autrefois ordonné que douze anciens médecins y travailleroient, quelqu'un leur ayant remontré que c’étoit chose utile: mais la mort ayant diminué, voire remporté ledit nombre, notre Faculté nes’est jamais bien accordée à y en substituer
d’autres, ceux qui auroiïent été délégués en leur place étant de différens avis. » Il ajoute cependant : « Je me souviens qu’au doyenné de M. du Chemin, deux fois la semaine on travailloit à cet antidotaire ; mais les cinq doyens, qui ont
ÿ Corlieu, ouv. cit., p 30 (statuts de la faculté, art. 56).
) Jde, p'230;
) Id., p. 30 (statuts de la Faculté, art. 57).
) Hazon, Eloge historique de la Faculté de Paris, p. 35 et suiv. )
(1 (2 (3 (4 (5) Corlieu, ouv. cit., p. 187.