‹ Les Apothicaires et L'Ancienne Faculté de Médecine de ParisChapitre 14 sur 22 · II. — GUY PATIN · texte numérisé non relu

II. — GUY PATIN

La paix semblait conclue.

Pourtant, moins de six semaines après, Guy Patin, dans une lettre du 28 octobre, en annonçant à son ami Belin la signature du traité, écrivait déjà : « Nous ne sommes pas ici en trop bonne intelligence avec les chirurgiens et les apothicaires (1), » et quelques jours plus tard il parlait de la « paix fourrée (2), » de « l’accord plâtré (3) avec les vaincus. |

En vain Louis XIIT publia-t-l une nouvelle ordonnance (4), dont la teneur, inspirée par le texte du concordat, en sanctionnait pour ainsi dire les articles et aurait dû les faire respecter.

Il n’en fut rien. Le calme n’était qu’apparent ; aucun des deux partis n'avait désarme : Les apothicaires humikiés, mais non assagis, ne supportant que par force un joug abhorré, guettaient l’occasion de s’émanciper impunément: ils éludaient d’ailleurs la plupart de leurs obligations. De son côté la Faculté, loin d'oublier les vieilles rancunes, persistait à miner savamment l’édifice thérapeutique de ses ennemis. Guy-Patin surtout y mettait l’acharnement de la haine, s’en vantait hardiment, en tirant vanité : « Je rends la pharmacie la plus populaire qu’il m'est possible, ordon-

(1) Guy Patin, Lettre VI.

(2) Id. - Lettre VIIT,

(3) LS IE Lettre IX.

(4) En 1638. Statuts et ordonnances pour les marchands apothicaires et épiciers de la ville, faubourgs et banlieue de la ville de Paris, in-4, pièce, 1049.

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nant tous les jours chez mes malades euporista et facile parabilia remedia, afin d'en sauver la peine aux apothicaires, qui ne trouvent cela guère bon, mais je ne me soucie ni d’eux ni de ce qu’ils disent de moi (1). » — « Je fais si peu de cas de cette sorte de gens qu’ils ne me font ni envie ni pitié... je ne les aime ni ne les crains... et ne veux de leur amitié pour quoi que ce soit (2). » Il allait même jusqu’à gourmander ceux de ses collègues qui, partageant ses mépris, n'avaient pas l’énergie de les crier si haut. A propos d’une thèse de M. Guillemeau, docteur régent, où les apothicaires étaient fort maltraités et dont au dernier moment l’auteur avait retranché les passages les plus acerbes, il écrivait à Ch. Spon : « Tout le monde n’est pas également hardi en ce pays: ceux qui pensent être sages y adorent aussi le veau d’or et révèrent la fortune des méchants. Comme je pressois un homme de ce parti sur ce châtrement des thèses, il me dit que tout le monde n’étoit point si heureusement hardi que moi et que Bexzoard idoleum fanorum était bien pensé, mais qu’il n’étoit pas besoin de le dire ni de lécrire. Je me moquais de cette objection ridicule et lui demandai s’il dormoit bien la nuit, s’il n’avoit point peur du loup-garou ou des esprits qui reviennent la nuit ; que pour ceux du jour je n’en avois nulle appréhension. Voyez jusqu'où va la peur de perdre un teston ou la bonne grâce d’un apothicaire, dont je fais moins d'état que du trique-nique, comme dit le bon M. Estienne Pasquier en ses Recherches de France (3). »

. (1) Guy Patin, Lettre XII.

(2) 120 Lettre CCXIX.

(3) Id. Lettre CXCIT.

res

Cependant le bruit se répandit que le 4 mars 1647, Guy Patin présiderait une thèse, qu’on lui attribuait, dans laquelle il attaquerait vigoureusement beaucoup de remèdes de haute pharmacie raillant, avec sa verve sarcastique, le bézoard, l’antimoine, le vin émétique, la thériaque, et ceux qui les vendaient.

Les apothicaires adressèrent à la Faculté des remontrances qu’elle n’écouta pas : ils portèrent donc leurs plaintes devantle Parlement, représentés par leur avocat. Guy Patin y fut assigné et l’audience précisément fixée au jour de la thèse, dont la présidence dut ainsi être confiée d’office à un autre médecin. L’accusé comparut et se défendit lui-même improvisant, dit-il son plaidoyer : « Pour ce que je dis contre eux au Parlement, je vous assure que je n’en avois jamais rien écrit (1). » En tout cas il y remporta un grand succès oratoire, dont il fait lui-même par deux fois le récit :

« Pour mes chers ennemis les apothicaires de Paris, écrit-il d’abord, ils se sont plaints de ma dernière thèse à notre Faculté, laquelle s’est moquée d’eux ; ils en ont appelé au Parlement, où leur avocat ayant été ouï, je répondis moi-même sur le champ, et, ayant discouru une heure entière avec une très grande et très favorable audience (comme j'avois eu il y a cinq ans contre le gazetier) (2), les pauvres diables furent condamnés, sifflés, moqués et bafoués par toute la cour et par six mille personnes qui étoient ravies de les avoir vus réfutés et rabattus comme

(1) Guy Patin, Lettre CXXXIV.

(2) Le 1er mars 1644, Théophraste Renaudot fut définitivement

condamné. Il dut cesser les consultations charitables et fermer le Mont-de-Piété.

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