‹ Les Apothicaires et L'Ancienne Faculté de Médecine de ParisChapitre 16 sur 22 · ESS «PT · texte numérisé non relu

ESS «PT

constate avec joie : « Ce procès ne m'a fait qu honneur et a fait connaître ma thèse, que tout le monde demande. Ces coïons d’apothicaires ont trop pris de pouvoir sur l'honneur de la médecine ; il est grand temps de les rabattre, ou jamais on n’en viendra à bout (1). » — « On a imprimé ici ma thèse pour la troisième fois ; tout le parlement et tout Paris se moquent des apothicaires et de leur imprudente impudence avec laquelle ils m'ont voulu attaquer ; il n’est pas jusqu’à notre doyen qui n’ait voulu mettre trois grandes pages de mon plaidoyer dans son doyenné, 7 commentartis facultatis, comme M. Duval y mit il y a cinq ans mon affaire contre le gazetier (2). »

Le vainqueur, il faut l'avouer, n’eut pas le triomphe généreux. Il eut beau protester de ses bonnes intentions: « Je n'ai prétenda offenser personne en ma thèse (3); » ilne cessa jamais de s’acharner sur ses ennemis à terre: « Je m'en vais travailler à quelque chose contre la cabale des apothicaires, afin de lavoir tout prêt pour le faire imprimer si jamais ils m'attaquent (4), » proclamait-il encore tout chaud de son succès, et loin de se borner à ce rôle défensif, il mena publiquement la charge chaque fois qu’il le put. À propos d’uu acte de Vespéries ($) où il devait prendre la parole, il se réjouissait d’avance à l’idée de chapitrer : « MM. les pharmaciens et faiseurs de qui pro quo » (6), et, la cérémonie achevée, il la racontait en ces termes : « Jai

) Guy Patin, Lettre LXXX VII.

) Id. Lettre LXXX VIII.

) Id. TI MCCOLASCNAITTE ) Id. Id: LXXX VIII.

(6) Guy Patin, Lettre DXLII.

ue

récité ma harangue, qui a duré une heure tout entière,

non sans l’impatience de quelques particuliers qui avoient regret de s’y voir maltraités, tels que nos vendeurs de re-

mèdes spécifiques, poudres hydragogues, pilules et autres secrets, lesquels pouvoient pourtant s’en aller, puisque les

portes étoient ouvertes : c’est la coutume des méchants de

n'écouter qu'impatiemment qu'on leur fasse leur procës ;

mais mon exhortation a plu à tout le reste de la compa-

gnie (1). » Bien plus, à la suite d’une leçon sur Papo-. plexie, que lui-même qualifiait modestement de « fort

bonne », ne se vantait-il pas d’y avoir « sanglé les apothicaires » (2)?

On comprend sans peine l'horreur qu’il inspirait à ces derniers et la stupeur qu’il témoignait en se sachant « prisè » par l’un d’entre eux (3), lui qui écrivait plaisamment à M. Belin père qu’il remettait son second fils, pour un an, « dans ses humanités » et le ferait « étudier en droit » afin qu'il pût quelque jour le « défendre, si les apothicaires, aut similes alii nebulones » entreprenaient « encore de l’at-

taquer » (4).

Mais l’ardeur de Guy Patin reflétait-elle l'opinion des docteurs régents ? On sait, et nous l’avons vu s’en plaindre, que ses collègues le suivaient peu dans la voie des injures, même écrites en latin; il n’en est pas moins vrai que,

(1) Guy Patin, Lettre DXL VI.

(2) Id. id. DLXXIX.

(sh Id. id, DCEXXXVI.

(4) Id. id. LXXX VIII.

ÉRPRRE

sur le fond de la question, Le plus grand nombre se trou- ‘vait en parfaite communion d’idées avec lui. Il le constate fièrement dans maintes de ses lettres et dresse, en quelque sorte, à côté de la profession de foi, la longue liste des adhérents de marque: « Il n’est, Dieu merci, plus'ici question de bézoard, ni d'eaux cordiales... Le peuple est détrompé de ces bagatelles et de plusieurs autres; les riches ne s’en servent plus et se tiennent obligés à plusieurs anciens de notre Faculté d’être délivrés de cette tyrannie. Ces MM. nos anciens sont : MM. Marescot, Simon Piètre, son gendre, Jean Duret, fils de Louis, les deux Cousinot, Nicolas Piètre, Jean Hautin; MM. Bouvard, du Chemin, Brayes, de la Vigne, Merlet, Michel Seguin, Baralis, Allain, R. Moreau, Boujonier, Charpentier, de Launay, Guillemeau et plusieurs autres qui ont introduit dans les familles de Paris une médecine facile et familière qui les a délivrées de la tyrannie de ces cuisiniers arabesques » (1).

Non content de cette brillante énumération, il ajoute en terminant: « Outre nos médecins que je vous ai nommés ci-dessus, qui ont puissamment aidé à abattre ce monstrueux colosse de volerie... je pourrois bien vous en nommer encore plusieurs qui vivent aujourd’hui ; mais je me retiens afin de ne pas me nommer moi-même, qui pourtant y ai travaillé autant que pas un (2). »

Il est bon néanmoins de faire une légère restriction pour R. Moreau dont les idées thérapeutiques se modifièrent. Guy Patin est bien forcé de le confesser, tout marri qu’il en soit, mais il oublie entièrement le côté scientifique de

(1) Guy Patin, Lettre CC VI.

(2) Id. Lettre CC VI.

ARE Cr ne

regie

cette divergence de vue: « Pour feu M. Moreau, il est vrai qu’étant devenu vieux, factus est polypharmacus, soit par complaisance envers Guéraut, ou par flatteries envers les apothicaires et peut-être pour gagner davantage. Il avoit beaucoup d'enfants; ce sont des foiblesses attachées à l’humanité ; tout le monde n’est pas Nicolas Piètre, Jean Riolan ou Michel de la Vigne, qui se moquoient des bonnes grâces de ceux qui se laissoient ainsi emporter au fil de l’eau et au courant (1) des apothicaires. Auri sacra fames, quid non mortalia cogis pectora ? »

Et chaque fois qu’il s'agira de juger quelques-uns de ses confrères, de ceux dont la matière médicale était moins bornée que la sienne, il n’admettra jamais à leurs opinions d'autre mobile que l'amour du gain, d'autre base que la vénalité « exigui cujusdam lucri gratid » (2). Aussi taxet-il de folie les praticiens qui, selon lui, flattaient « pour être employés » des gens qui « n’en ont point pour euxmêmes (3) » et s’étonne-t-il de voir ceux-ci trouver si facilement « dans notre profession... d’honnêtes gens qui, abandonnant leur honneur et leur conscience, veuillent entreprendre Ja défense d’un « parti si déplore et si malheureux » (4). Il est juste de remarquer que parmi ces « infâmes valets d’apothicaires » ($), se rangeaient la plupart des médecins de la cour et les partisans de l’antimoine, à ce titre doublement détestes.

(1) Guy Patin, Lettre DXXX VIII.

(2) Id. HUIT.

PRSrE 1TACienl Pen id ACOXLE (H\utd, AICCCE AR XIL

Page 1