‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 42 sur 113 · Reuss, Histoire de la Théologie, t. I, p. i · texte numérisé non relu

Reuss, Histoire de la Théologie, t. I, p. i

JÉSUS ET l'ëssénisme. 157

Mais rien n^est fixe ; les Institutions sont soumises, comme tous les organismes, à la Loi de révolution ; elles subissent le contre-coup des modifications qui s'opèrent dans les mœurs, dans Tinstruction générale, dans les idées ; en un mot, dans le milieu social et politique. Le fond reste le même; par exemple, c'est toujours Jéhovah, TÉternel, le Dieu un, qu'adore Tlsraélite ; mais la manière de Tadorer et le rituel varient et changent selon que la manière de concevoir TÉternel, le Dieu mw, varie et change chez un certain nombre. Or, c'est un fait bien constaté, à jamais acquis, que plus Tintelligence d'un homme s'élève, plus la conception de la cause suprême se dégage des pratiques matérielles. Réciproquement, plus l'intelligence se déprime ou plus elle incline à la folie, plus aussi le culte s'enfonce dans les pratiques extérieures et déchoit vers la bestialité. Rien n'est plus facile à vérifier que ce fait; il règne aujourd'hui comme autrefois, sous nos yeux, autour de nous, partout.

1° MosAïSME PROPHÉTIQUE. — La tendance à restreindre la partie matérielle du culte au profit de la partie morale se dessina de bonne heure au sein de la nation hébraïque ; les Prophètes en furent les éloquents interprètes :

1° Osée; il vivait sous le règne de Jéroboam, huit siècles environ avant Jésus-Christ. « VI, 6. C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice des victimes ; je préfère la connaissance de Dieu aux holocaustes. »

2° haie ; il vivait sous Achas et Ézéchias, sept siècles et demi avant Jésus Christ. « 1, 10. Écoutez la parole du Seigneur, Princes de Sodome ; prêtez

Toreille à la Loi de notre Dieu, Peuple de Gomorrhe. — il. Qu'ai-je à faire de la multitude de vos victimes? dit le Seigneur. J'en suis dégoûté. Je n'ai jamais aimé les holocaustes des béliers, ni la graisse des troupeaux, ni le sang des veaux, des agneaux et des boucs. — 13. Ne me présentez plus de vaines oblations; l'encens m'est en abomination ; je ne puis plus souffrir vos fêtes de là nouvelle lune, vos sabbats, vos Assemblées solennelles... — 15. Je ne vous écouterai point; vos mains sont pleines de sang. — 16. Lavez-vous, puriflez-vous ; ôtez de devant mes yeux la malignité de vos entreprises ; cessez de faire le mal. — 17. Apprenez à faire le bien ; recherchez ce qui est juste ; assistez l'opprimé ; faites justice à l'orphelin , défendez la veuve. »

« LVIII, chapitre tout entier ; mais surtout : 5. Le jeûne que je demande consiste-t-il à faire qu'un homme se mortifie pendant un jour ; qu'il courbe sa tête comme un jonc, et qu'il prenne le sac et la cendre ? Est-ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour agréable au Seigneur? — 6. Voici le jeûne que j'aime : c'est de rompre les chaînes de l'injustice ; de dénouer les liens de l'oppression, de renvoyer libres les maltraités, et dOi briser toute servitude. — 7. C'est de partager votre pain avec l'affamé, d'héberger les malheureux sans asile ; quand tu vois un homme nu, de le couvrir; de ne point te dérober à ton prochain. »

3** Auteur de I Samuel, sept siècles avant Jésus- Christ : « I Samuel (ou I Rois des Bibles catholiques), XV, 22. Est-ce que l'Éternel aime les holocaustes autant que l'obéissance à sa parole? Non ; écouter

JÉSUS ET l'essénisme. 159

la voix de Dieu vaut mieux que les sacrifices et que la graisse des béliers. »

4° Jérémie; un peu plus de six siècles avant Jésus- Christ, sous le règne de Josias. c< VII, 3. Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Redressez vos voies et vos pensées, et je vous ferai habiter dans le Temple. — 4. Ne mettez point votre confiance en des paroles de mensonge, en disant : C'est ici le Temple de l'Éternel, le Temple de l'Éternel, le Temple de l'Étemel (c'est-à-dire : ce ne sont point de vaines prières qui pourront satisfaire le Seigneur). — 5. Mais si vous avez soin de redresser vos voies et vos pensées; si vous rendez justice à ceux qui plaident l'un contre l'autre ; — 6. Si vous ne faites point de tort à l'étranger, à l'orphelin, à la veuve ; si vous ne versez point le sang innocent en ce lieu, et si vous ne suivez point les dieux étrangers pour votre malheur; — 7. Alors je vous laisserai demeurer en ce lieu, dans le pays que j'ai donné à vos pères de siècle en siècle. »

Les Psaumes et les Proverbes contiennent aussi des preuves nombreuses de cet entraînement des âmes d'élite vers une religion qui se dépouille graduellement de sa gangue impure, celle du rituel et des pratiques extérieures.

IP MosAïSME PHARiSAïQUE. — Après la Captivité de Babylone, deux grands partis se formèrent en Judée, celui des Sadducéens, parti de l'Aristocratie sacerdotale, et celui des Hassidim, parti des Docteurs de la Loi. Ce dernier, cédant à l'action de ferments politiques et religieux, finit par se dissoudre ; de ses débris naquit le parti des Pharisiens.

On sait quelle est l'histoire dramatique de la

Judée à partir de la conquête de TAsie par Alexandre le Grand. Tour à tour esclave des rois d'Egypte et des rois de Syrie ; persécutée dans ce qu'elle avait de plus cher, à savoir dans son monothéisme, la Judée a éprouvé tous les malheurs, depuis les vexations de l'oppresseur étranger jusqu'aux fureurs de la guerre civile ; car les Hébreux se sont déchirés entre eux avec une rage qui a dépassé celle des conquérants païens.

Durant cette longue période de trois siècles, l'évolution religieuse se fit en deux directions opposées ; un petit nombre suivit d'un pas ferme la voie ouverte par les Prophètes ; les autres, au contraire, enchérirent sur les pratiques du Mosaïsme primitif; ils firent «la haie autour de la Loi», une haie de rites, de cérémonies extérieures ; et l'ensemble de ce formalisme matérialiste, ils l'appelèrent la Loi orale. « Les Pharisiens prétendaient qu'à côté de la Législation écrite dans le Pentateuque, il en existait une autre, annexe et développement de la première, qui n'avait jamais été et ne devait jamais être fixée par écrit. Transmise d'une génération à une autre, cette Loi avait passé de bouche en bouche (d'où le nom de Lot orale)^ contenant toutes les règles nécessaires pour résoudre, suivant les circonstances, les questions graves que l'application du Droit écrit soulèverait, et aviserait aux cas nouveaux qui pourraient se produire. D'après les Pharisiens, la Loi orale se rattacherait, par une chaîne non interrompue, à la révélation du Sinaï^ »

Sous le règne d'Hérode le Grand, deux Docteurs

Page 1