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E. Havet, le Judaïsme, p

prochaine du monde, c'est-à-dire une absurdité et une folie mystiques. Il en a même déduit l'abrogation de la Loi mosaïque, ce qui eût fait frémir Jésus d'horreur. De tout le sermon sur la Montagne, il n'y a pas l'ombre d'une trace chez saint Paul. C'est donc bien l'éducation juive qui a inspiré à saint Paul son éloquent discours sur la charité.

§ IV. — Communauté des Esséniens.

Au temps d'Esdras, il existait en Judée deux grands partis :

1° Les Tsadoukim, « les hommes justes o, connus dans l'histoire sous le nom de Sadducéens, formaient l'aristocratie ;

2° Les Hassidim, « les hommes pieux », voués aux pratiques de la plus rigide piété, comptaient dans leurs rangs les savants versés dans l'étude de la loi.

Au temps des Machabées ou princes Asmonéens, le parti des Hassidim se scinda : il perdit son nom. L'une des fractions, de beaucoup la plus nombreuse, se mêla très-activement à la politique et forma plus tard le parti républicain. Ce parti est connu sous le nom de Pharisiens, en hébreu Pérouschim, «les séparés ».

L'autre fraction se retira de plus en plus de la vie civile et politique et s'enfonça dans l'ascétisme. Après une longue disparition, elle réapparaît dans l'histoire, un demi-siècle avant la naissance de Jésus, sous le nom de Esséniens, mot dont la signification est incertaine.

Les Esséniens l avaient établi, à l'ouest da la mer Morte, près de l'oasis d'Engaddi, une communauté qui comprenait quatre mille personnes. Entièrement détachés des affaires civiles et politiques, ils passaient leur vie dans le travail, l'étude et la purification. Le baptême par immersion était pour eux une pratique journalière d'observance étroite. Outre la purification du corps, le baptême entraînait aussi la purification de l'âme : c'était donc une pratique symbolique.

L'Essénien semble s'être proposé pour idéal l'homme saint, le prêtre,te\ que Moïse en avait tracé le portrait dans le Pentateuque : « Exode, XIX, 6. Vous me serez consacrés comme un peuple de prêtres et une nation sainte. » En un mot, l'Essénien était une sorte de nazir perpétuel.

La sobriété des Esséniens, leur probité, leur désintéressement, leurs vertus, faisaient l'admiration du peuple. Le maître de l'historien Flavius Josèphe, Banos } était un ascète essénien.On est généralement d'accord pour ranger parmi les Esséniens l'homme qui prêchait dans le désert de Judée et se nourrissait de miel sauvage ainsi que de sauterelles, saint Jean le Baptiste. Le baptême par immersion de saint Jean est, en effet, la cérémonie caractéristique de l'Essénisme.

1. On a proposé le mot syriaque asaya qui signifie guéris- Mur; les Esséniens seraient les Guérisseurs, en grec les Thérapeutes, ainsi que Philon appelle une secte d' Esséniens qui vivaient en Egypte.

D'après d'autres, le mot Essénien dériverait de Sahah, baigner; ou de Hachahy se taire, d'après M. Albert Réville.

Voir Pbyrat, Études religieuses, p. 100; et Stapfer, Idées religieuses, 166.

Organisation. — 1° Communisme absolu. — A. En entrant dans la communauté, chacun apportait tout ce qu'il possédait.

B. La distribution des choses nécessaires à la vie se faisait « à chacun selon ses besoins ».

C. Les revenus de la communauté consistaient dans le fruit du travail agricole et de quelques métiers. Ils remettaient le produit de leurs travaux aux économes ou intendants.

2° Administration. — Pour administrer la communauté, ils nommaient, au scrutin secret, des économes ou intendants qu'on prenait dans l'Ordre des sacrificateurs. A la tête du Conseil d'administration, était un intendant général.

3° Cérémonies. — A. Les repas étaient pris en commun ; ils avaient un caractère éminemment religieux. « Les Esséniens, dit Josèphe, après s'être purifiés, vont au réfectoire comme en un saint temple. » Un sacrificateur faisait une prière avant le repas; puis, une autre prière après le repas.

Pour assister au repas, les Esséniens, s'étant purifiés par un baptême, revêtaient une robe blanche, laquelle avait un caractère sacré 1 .

B. Le Baptême était accompli trois fois par jour ; il Tétait obligatoirement au lever, puis avant les repas. Cette pratique découlait de la nécessité pour l'Essénien d'être toujours en état de pureté. Le baptême du matin effaçait les souillures que l'Essénien avait pu contracter, à son insu, pendant son som-

1. Pour célébrer le repas mystique (la Messe), le Prêtre catholique revêt une robe blanche (l'aube) ; après le repas mystique, il dépose ce vêtement blanc, lequel ne peut être employé que pour les cérémonies religieuses.

meil;le baptême qui précédait le repas était également nécessaire, puisque le repas était pour l'Essénien la cérémonie sainte. Après le baptême, l'Essénien revêtait la robe blanche.

Le baptême, ou bain, ou ablution, dérive de pOTcCÇu, plonger dans l'eau. Jean le baptiste est Jean le baigneur.

Les Juifs appelaient baptême certaines purifications légales qu'ils pratiquaient sur les prosélytes après la circoncision. « L'étranger passant au Mosaisme recevait devant trois juges le baptême par l'eau en souvenir des purifications qui avaient précédé la promulgation du Décalogue dans le désert 1 . »

Le baptême essénien, c'est-à-dire par immersion, est passé dans le Christianisme. Le néophyte, en sortant du bain ou baptême, revêtait une robe blanche (aube baptismale), comme l'Essénien (abbéMARtigny, Dictionnaire dei Antiquités).

Aujourd'hui, le baptême chrétien se fait par infusion (du latin infundere, verser sur), c'est-à-dire que le prêtre verse l'eau sur le front du néophyte. Mais ce baptême ainsi réduit est relativement moderne. Le baptême s'est accompli par immersion pendant treize cents ans dans l'Occident; il existe toujours en Orient.

4° Morale sociale. — Le précepte fondamental de la morale essénienne était Yégalité de tous les hommes.

« Philon. — Traduction de Racine. — On ne voit pas un seul esclave parmi eux ; ils condamnent ceux

l. Salvador, institutions de Moïse, t. II, p. 316.

qui possèdent des esclaves, non-seulement comme injustes et ennemis de l'équité, mais même comme des impies et des destructeurs de la loi de la nature, laquelle ayant engendré et nourri tous les hommes, ainsi qu'une mère commune, les a rendus frères et propres frères les uns des autres, non point seulement de nom, mais en effet et en vérité. »

5° Exclusion de la communauté. — Lorsqu'un membre était convaincu de quelque faute considérable, il était chassé de la communauté.

Le chapitre V contient une étude sur Jésus et l'Essénisme.

DEUXIÈME SECTION

LA COMMUNAUTE C41RETI KNNE

§ I. — Phases historiques.

I. Dictature des Apôtres. — Après la mort de Jésus, les Onze Apôtres devinrent les directeurs de la petite Confrérie. Pour rétablir le nombre symbolique Douze (à cause des douze tribus d'Israël), ils choisirent par le sort entre deux candidats qui avaient des titres égaux, Actes, I, 23-26. Matthias, dont le nom était sorti de l'urne, compléta le conseil d'administration.

Parmi les administrateurs de la communauté, trois semblent avoir eu une certaine primauté :

Pierre, Jean et Jacques, frère de Jésus 1 . C'étaient, selon l'expression de Paul , les trois colonnes de l'Église, Galates, II, 9. Pierre peut être regardé comme le président; Jacques et Jean comme les vice-présidents.

Le Comité des Apôtres exerçait une sorte de dictature; il choisissait les distributeurs et nommait aux fonctions sans consulter les membres de la communauté. Le choix était fait exclusivement parmi ceux qui avaient suivi Jésus, Actes, I, 21-26.

IL Révolution faite par les Hellénistes, — Cette dictature n'eut pas grand inconvénient au début, alors que le nombre des membres de la Communauté naissante était fort restreint et presque entièrement composé de Juifs hébreux. Mais, après deux ou trois années de propagande, l'accession des Juifs hellénistes en nombre de beaucoup supérieure celui des Juifs hébreux modifia les conditions d'existence de la Communauté. Celle-ci, vers l'année 35, comprenait plusieurs milliers de Fidèles, Acte*, II, 41-47. Le Comité des Douze, composé d'Hébreux orthodoxes, avait une préférence marquée pour les Juifs hébreux, lesquels partageaient leur exclusivisme fanatique. Aussi, dans les distributions faites chaque jour « à chacun selon ses besoins » , les Apôtres favorisaientils les Juifs hébreux au détriment des Juifs hellénistes. Aux yeux des gens qui ont vendu leurs biens et en ont déposé le prix dans la caisse commune, à la condition que les parts seraient faites en proportion des besoins de chacun, une distribution inégale

1. Les frères de Jésus, en effet, à cause de cette parenté, étaient adjoints au Comité des Douze.

apparaît, avec raison, comme une spoliation. Si grande qu'elle fût, la patience des Hellénistes finit par se lasser : la révolte éclata. « Actes, VI, 1. En ce temps-là (année 36 environ), le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Juifs hellénistes contre les Juifs hébreux, de ce que leurs veuves étaient négligées dans les distributions de chaque jour. » Il fallait que la mesure des injustices fût comble, car l'assassinat d'Ananias et de Saphira avait jeté la terreur au sein de la Communauté. Cette rébellion des Hellénistes réussit, grâce à leur supériorité numérique ; leur sécession eût ruiné la communauté; les Apôtres furent obligés de céder; l'insurrection helléniste devint ainsi une véritable révolution.

Jusque-là, en effet, le Comité des Douze avait eu la dictature ; il dirigeait arbitrairement l'administration et nommait aux fonctions sans rendre aucun compte. Les Hellénistes triomphants abolirent la dictature et lui substituèrent le système constitutionnel, tels qu'ils l'avaient vu appliqué dans les Associations grecques et asiatiques. Le suffrage aniversel devint la source du Droit ; les fonctionnaires furent nommés à la pluralité des voix. C'est ainsi que les Hellénistes firent passer leur liste entière : les candidats qui l'emportèrent au scrutin étaient, en effet, tous hellénistes, Actes, VI, 5. En tête de la liste des Administrateurs ou diacres venait Etienne, qui paraît avoir été le plus considérable des Hellénistes. Les Apôtres donnèrent aux Diacres élus l'investiture par l'imposition des mains, Actes, VI, 6.

Toutefois le prestige personnel des Apôtres, premiers amis de Jésus, les préserva d'une destitution

complète. On se contenta de leur enlever l'administration de la Caisse et des distributions; on leur confia le soin exclusif de la propagande ; ils devinrent ce que naguère en France on appelait les Ministres de la Parole. En outre, ils obtinrent certains privilèges très-avantageux, celui d'être nourris, hébergés, aux frais de toute Communauté où ils prêcheraient. Ce privilège, ils parvinrent à l'étendre à une Sœur-femme qu'ils se réservaient d'emmener avec eux, I Corinthiens, IX, 1-6. Ainsi fut consommée la première évolutiofi de la Communauté chrétienne.

Inutile de dire que l'auteur des Actes représente cette transformation radicale comme une concession gracieuse faite par les Apôtres aux Hellénistes révoltés. « Actes, VI, 3. Choisissez donc, Frères, sept hommes d'entre vous à qui nous puissions confier l'emploi des distributions. » On sait à quoi s'en tenir sur les concessions volontaires faites par les Despotes aux Opprimés dont la révolte est victorieuse ; et cela surtout quand ces despotes viennent de répandre le sang (assassinat d'Ananias et de Saphira) pour consolider leur autorité par la terreur

III. Dispersion des Hellénistes de Jérusalem. — Ainsi transformée, l'Église de Jérusalem dura deux ans environ. La fougue intempérante d'Etienne, chef des nouveaux diacres, amena une persécution. Etienne fut lapidé ; les Hellénistes chrétiens, bannis de Jérusalem vers l'an 38, se répandirent dans le monde grec : ce sont eux qui furent les vrais fondateurs du Christianisme. Les petites Églises qu'ils établirent dans les villes grecques et romaines furent organisées à l'instar de celle qu'ils étaient par-

venus à constituer à Jérusalem, c'est-à-dire sur le modèle des Associations grecques et des Collèges romains, comme on le verra ci-après.

Actes, VI, VII, VIII, 1 , etc.

Quant à l'Église de Jérusalem, elle se réorganisa sous la présidence des trots colonnes, Pierre, Jean et Jacques, frère de Jésus. Jacques y semble avoir exercé l'influence prépondérante, Actes, XV, XXI, 18. L'expulsion des Chrétiens hellénistes fit passer les emplois aux mains des Chrétiens hébreux; le Conseil d'administration jfrit le nom de Conseil des Anciens au lieu de celui de Conseil des Diacres. De même que les Juifs hébreux avaient remplacé les Juifs grecs dans l'administration, de même, pour le Conseil, la dénomination mosaïque se substitua à la dénomination grecque 1 . Ce Conseil des Anciens figure, Actes, XV, 2, 4, 6, 22, 23 ; XXI, 18. L'Église de Jérusalem conserva une autorité et un prestige extraordinaires auprès des Églises hellénistes, jusqu'à la ruine de Jérusalem.

§ II. — Constitution de la Communauté chrétienne.

Ainsi qu'il était naturel, les Communautés chrétiennes copièrent l'organisation des Associations religieuses païennes qu'elles avaient sous les yeux.

1 On sait, en effet, que le Grand Conseil, postérieurement connu sous le nom de Sanhédrin, s'appelait le Conseil des Anoiens.

« Nombres, XI, 16. Alors l'Éternel dit à Moïse : Assemble-moi soixante-dix hommes d'entre les Anciens d'Israël... »

« Deutfronome, I, 13. Prenez parmi vous des hommes éclai-

Elles eurent un Conseil d'administration où les femmes furent admises, commes elles Tétaient dans les Confréries païennes.

Dans l'Église de Jérusalem, après le triomphe des Hellénistes, l'administration s'était séparée en deux branches. Les cérémonies et la prédication [le pouvoir spirituel, comme on dit aujourd'hui) avaient été dévolues aux Apôtres. Les Hellénistes avaient délégué la gestion des intérêts matériels (le pouvoir temporel) à sept administrateurs ou diacres (diaconos, mot grec qui signifie administrateur). Cette séparation des fonctions religieuses et des fonctions administratives, utile et même nécessaire dans une Communauté nombreuse, n'avait pas de raison d'être dans les petites Communautés que la propagande helléniste parvenait à fonder dans les villes païennes. Vu le petit nombre des Fidèles qui composaient les Églises naissantes, cette séparation était même impossible. Aussi les Administrateurs exerçaient-ils les deux ministères, celui des rites et celui des affaires.

1° Communisme. — Le principe de la Communauté des Apôtres était le Communisme absolu.

A. Tous les biens étaient en commun : «Actes, II, 44. Tout ce qu'ils possédaient était en commun » .

B. On distribuait « à chacun selon ses besoins ». Actes, II, 45 ; IV, 35.

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