‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 79 sur 109 · LEUR HISTOIRE · texte numérisé non relu

LEUR HISTOIRE

!• Les Apôtres, dans leurs tournées pastorales, avaient deux droits :

1° Celui d'être hébergés personnellement par les Communautés ;

2° Celui de faire héberger une Sœur-femme qu'ils emmenaient avec eux.

Paul, I Corinthiens, IX, 4-5.

II La Sœur-femme n'était pas une épouse légitime. En effet :

1° Les Apôtres s'étaient résignés au célibat afin d'être admis comme disciples par Jésus ;

2° Quand même les Apôtres eussent été mariés, cela ne servirait de rien puisque l'auteur de l'Épître aux Corinthiens est Paul, vieux garçon d'un tempérament glacé et ennemi déclaré du mariage.

Paul, I Corinthiens, VII, 1-8.

3° La qualification de Sœur, laquelle était réservée aux membres d'une Confrérie, exclut radicalement l'interprétation d'Épouse.

111° La Sœur-femme n'était pas une missionnaire dont la fonction eût été de pénétrer dans les harems pour y faire la propagande. En effet :

1° Les premières chrétiennes étaient des femmes appartenant à la basse classe, ou des esclaves, ou a gens de mauvaise vie, tout ce qui est vil et méprisable selon le monde ».

Marc, II, 15-17. | Matthieu, IX, 10-12; XI, 19; XXI, 31-32. | Luc, V, 30-32; VII, 34; VIII, 2. | Actes des Apôtres, IV, 13. | Paul, I Corinthiens, I, 26-28.

2° Jamais, en aucun temps ni en aucun pays, un homme de la haute société, instruit, policé, n'a introduit une servante ignorante ou une prostituée auprès de sa femme pour qu'elles lui donnassent des leçons de belles-lettres ou de morale.

3° Il est impossible d'imaginer à quel titre et par quel moyen ces prétendues Chrétiennes -missionnaires se seraient introduites dans les harems, sans la permission du mari ; ni pour quel motif les femmes de la haute société les auraient fait secrètement appeler.

IV La Sœur-femme était une concubine chrétienne dont le nom était Agapète, mot grec qui signifie Bien-Aimée ou Petite Chérie.

Tous les Pères de l'Église, tous les écrivains ecclésiastiques sont unanimes à constater que les Sœursfemmes qui accompagnaient les Apôtres en pays étranger, étaient les Agapètes.

V° L'interprétation de Sœur-femme par concubine chrétienne est la seule qui s'adapte exactement :

1° A l'argumentation de Paul; au tempérament de Paul ;

Paul, I Corinthiens, VII.

2° A l'argumentation de Jérôme pour la continence volontaire de Paul ;

Jérôme, de Custodiâ virginitatis, p. 330.

3° Au sens rigoureux des mots grecs et même à leur disposition grammaticale : dtôetyYjv yuvaîxa;

4° A l'existence historique de concubines chrétiennes et à leur nom topique de Agapètes, c'est-àdire Bien-Aimées ou Petites Chéries.

Enfin, elle est confirmée par la Psychologie morbide ; car l'Agapétisme des Apôtres est un cas particulier de la grande Loi suivante : Tout fanatisme, politique ou religieux, engendre des concubinages mystiques.

Les Agapètes, en vain frappées par le Concile d'Elvire en 309 et par celui de Nicée en 325, ont subsisté, sous différents noms, jusqu'au Concile de Latran en 1139, lequel les abolit définitivement. Elles étaient promptement devenues de simples prostituées.

TROISIEME SECTION

CONCUBINAGE DES APÔTRES ISSU DE LEUR FERVENTE OR- THODOXIE ; CONCORDANCE DU CONCUBINAGE AYEC LA THÉORIE PAULIN1ENNE DU MARIAGE ; ADMISSION DU CONCUBINAGE PENDANT PLUSIEURS SIÈCLES DANS LA DISCIPLINE DE L'ÉGLISE.

1° La Loi mosaïque défendait avec une rigueur inflexible toute union avec les étrangères.

Exode, XXXIV, 15-16. | Deutfronome, VII, 3-4.

Les Apôtres étaient de fervents orthodoxes; ils imposèrent aux Gentils convertis la stricte observance des trois points suivants, fond même du Judaïsme :

1° S'abstenir du sang et des chairs étouffées;

2° S'abstenir des viandes provenant des sacrifices offerts aux idoles ;

3° S'abstenir de la fornication ou commerce avec les femmes païennes.

Actes des Apôtres, XV, 19-29; XXI, 25.

Il est donc naturel et logique que les Apôtres aient emmené avec eux, en pays étranger, une chrétienne concubine afin d'échapper au péril de la Fornication.

II Le Concubinage ne pouvait pas exciter la répugnance des Apôtres. En effet, d'une part :

1° Il était admis et pratiqué chez les Hébreux, dès la formation de leur nationalité ;

2° 11 était pratiqué par les propriétaires avec les femmes esclaves, en tous temps et en tous lieux;

3° Il était la seule forme de mariage admise entre esclaves ;

En un mot, le Concubinage était partie intégrante des mœurs de la Société antique tout entière.

D'autre part :

1° Les Apôtres étaient des hommes grossiers, remarquables par la bassesse de leurs sentiments ;

2° Les gens qu'ils fréquentaient étaient « gens de mauvaise vie ; tout ce qu'il y avait de vil et de méprisable, selon le monde » ;

3° La I ,e communauté chrétienne s'est recrutée, en grande partie, chez les esclaves, lesquels étaient nécessairement concubinaires puisque la Loi ne leur accordait pas le Mariage.

Telles étaient les mœurs des Apôtres et celles du milieu social où ils vivaient.

Donc il est impossible que les Apôtres aient eu la moindre répugnance pour le Concubinage.

111° Le Concubinage chrétien inauguré par les Apôtres a été admis, pendant plusieurs siècles, dans la discipline de l'Église. En voici les raisons :

1° Le Concubinage étant admis et pratiqué partout, ayant un état légal dans le monde romain (Loi Julia et Pappia), il était impossible que l'Église primitive le jugeât autrement que le faisait la société tout entière ;

2° Il s'ensuit que, recevant et acceptant le concubinage comme partie intégrante et légale des mœurs, l'Église devait concentrer ses efforts sur un seul point : lui imprimer le caractère chrétien.

Pour cela, deux conditions étaient nécessaires ;

A. N'avoir qu'une concubine, une seule, tenant lieu d'épouse, conformément à la loi monogamique de Jésus ;

Marc, X, 11-12 | Matthieu, XIX, 9.

B. Ne prendre pour concubine qu'une chrétienne afin de préserver de tout péril la pureté de la Foi.

3° En outre, l'admission ou la tolérance du Concubinage dérivait logiquement de la théorie paulinienne du mariage. Pour saint Paul, l'état parfait est la Virginité ; le Mariage est un pis-aller, un remède physiologique à l'incontinence des Fidèles qui n'ont pas la force de rester vierges ; un remède, sans lequel ils se livreraient à la Fornication et courraient le risque de corrompre leur foi (I Corinth., VII). Il s'ensuit que le Concubinage, atteignant le but aussi bien que le Mariage ainsi défini , peut être admis dans la discipline de l'Église pourvu qu'il remplisse les deux conditions A et B, ci-dessus énoncées, c'est-à-dire monogamie et orthodoxie.

Telle est la théorie : l'Histoire prouve qu'elle est entrée dans la pratique de l'Église et qu'elle y est restée pendant plusieurs siècles :

Concile de Tolède en 400 : canon 17.

Concile de Rome en 826 : canon 37.

IV L'exclusivisme religieux qui a déterminé les Apôtres à emmener avec eux des concubines chrétiennes est passé, par leur intermédiaire, de la Loi mosaïque dans l'Église catholique.

Les anathèmes des conciles reproduisent les défenses de la Loi mosaïque et sont dictés par le même esprit : écarter des Fidèles les dangers que font courir à la Foi les unions avec les Infidèles.

La sévérité des anathèmes suit les phases de l'his-

toire de l'Église. Elle est en raison directe de l'importance que prend successivement chaque ennemi après l'écrasement des autres. Au début c'est le Paganisme qui est frappé le plus cruellement; puis, viennent les Hérétiques; et enfin, le Juif, resté constamment debout.

Concile d'Elvire en 309 : canons 15, 16, 17.

Concile de Cartilage en 397 : canon 12.

Concile de Tolède en 589 : canon 14.

Concile de Rome en 744 : canon 10.

Résumé succinct de l'Argumentation.

§ I er . — D'une part, si l'on songe que :

1° Le concubinage était admis et pratiqué parle monde ancien tout entier;

2° Les mœurs des Apôtres et celles du milieu où ils vivaient étaient grossières et en pleine atmosphère concubinaire ;

D'autre part, si l'on songe que :

1° La Loi mosaïque défendait, comme étant un crime abominable, la fornication ou conjonction avec les femmes païennes ;

2° Les Apôtres étaient de fervents zélateurs delà Loi mosaïque ;

On comprendra aisément que ces deux groupes de conditions morales et religieuses aient eu par leur concours, pour fruit naturel et facile, le concubinage chrétien des Apôtres.

§ II e . — Ainsi solidement déduit des conditions du passé et des conditions du milieu contemporain, le fait du concubinage des Apôtres est confirmé

d'une manière éclatante par le témoignage de l'Histoire. L'Histoire, en effet, nous fait connaître le nom générique des concubines chrétiennes, les vicissitudes de leur institution dégénérée, et leur abolition définitive en l'année 1139.

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