‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 82 sur 109 · Jérôme, Obligations des Solitaires, p · texte numérisé non relu

Jérôme, Obligations des Solitaires, p

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civile, faisaient vœu , sous prétexte de dévotion , les unes de virginité , les autres de célibat. Puis , pour mieux s'occuper des choses du ciel , le célibataire faisait choix d'une vierge, et tous deux mettaient en commun leur vie, leur ménage et leurs prières. Saint Jérôme va nous dire quelles passions se cachaient sous ce voile de pieuse austérité : « De Custodiâ virginitatis , p. 327. — Le frère se sépare de sa sœur qui fait profession de virginité ; la sœur dédaigne son frère qui vit dans le célibat, et cherche ailleurs un autre frère (un frère mystique); tous deux paraissent prendre le même parti ; puis , sous prétexte de [se procurer des consolations spirituelles, ils ont chez eux, avec des étrangers, un commerce charnel 1 . » Cette page historique de saint Jérôme explique avec clarté le but poursuivi, le mode employé et le résultat naturel de ces associations agapétiques. Expédient ingénieux pour se livrer à la luxure en se donnant le lustre de la piété ! Quand Tartufe proposait à Elmire « de l'amour sans scandale et du plaisir sans peur » (acte III, scène 3) , il ne faisait que répéter la théorie du libertinage mystique si largement mis en pratique par les chrétiens des premiers siècles.

De plus, il résulte de la narration de saint Jérôme que l'effet immédiat et sûr de l'Agapétisme était de rompre les liens do la famille. En voici un exemple aussi curieux qu'intéressant. Saint Jérôme accueille un jour à Bethléem un jeune Gaulois qui, ayant fait vœu de célibat, était venu visiter les Lieux saints.

1. Saint Jérôme, édition de Marianus. « Quserunt alienorum 8piritale solatium ut domi habeant carnale commercium. »

Celui-ci fit appel à l'autorité dont jouissait dans la chrétienté l'illustre Docteur, pour mettre fin à la discorde qui régnait dans sa famille. Sa mère , restée veuve, avait pris un amant; sa sœur, irritée de l'irrégularité vénérienne de sa mère, s'était séparée d'elle et avait loué un logement dans la ville. Au fond, cette noble indignation n'était qu'un prétexte; car notre vierge, âgée de vingt-cinq ans, n'eut rien d'aussi pressé que de s'adjoindre un consolateur spirituel. Jérôme écrivit une lettre à la mère et à la fille pour les exhorter à rompre leurs liaisons scandaleuses. Mais, sentant qu'il prêchait dans le désert, il termine sa lettre par un étonnant conseil : il invite la mère et la fille à se réunir sous le même toit chacune avec son amant et à former ainsi un concubinage carré! (Lettre à une veuve et à sa fille en 409.)

Tout ce que l'Église comptait de nobles âmes s'indignaient de la lèpre envahissante de l'Agapétisme. Dans son homélie Quod regulares feminx viris cohabitare non debeant, saint Jean Chrysostome caractérise par un détail frappant la mauvaise réputation des religieuses agapètes : « Chaque jour, c'est un va-etvient continuel des sages-femmes chez les vierges (Agapètes), comme si ces vierges étaient en mal d'enfant. Ce n'est pas que les sages-femmes aient à les accoucher, quoique la chose soit assez fréquente, mais c'est pour leur faire passer la visite comme aux servantes achetées et constater quelles sont celles qui sont pures, et quelles sont déflorées. Celle-là se soumet sans difficulté à la visite; celle-ci s'y refuse; et cela même tourne à sa confusion , quand bien même elle aurait conservé sa fleur. Mais, quel que soit le résultat négatif ou affirmatif , pour l'une et pour

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l'autre c'est une honte que, d'après leurs mœurs, on ne puisse se fier à elles , et qu'on soit obligé de s'en rapporter à une visite physique faite par autrui, — caeterum et frequens testimonio. »

Ce que laissent entrevoir ces lignes accusatrices de saint Jean Ghrysostome, Jérôme l'a buriné en traits flamboyants : « De custodià Vtrginitatis , p. 326. Puis-je raconter sans douleur combien de vierges succombent tous les jours ; combien l'Église en voit périr dans son sein ; combien, semblables à des étoiles scintillantes , deviennent les esclaves du démon ; combien de cœurs enfin , aussi durs que la pierre , s'ouvrent cependant à ce serpent qui s'y glisse comme dans une retraite? Quelles sont celles-là qui, la tête haute, marchent à pas comptés, cachant sous une toilette simple et modeste une vie déréglée que l'on ne connaît que par leur grossesse et par les cris de leurs enfants? Ce sont des vierges devenues veuves avantleur mariage. Il y en a qui procurent la stérilité à leur sein, et ainsi commettent l'homicide d'un homme qui n'est pas encore né 1 . D'autres se sentant criminellement enceintes ont recours aux poisons qui font avorter. Et comme souvent elles périssent avec leur embryon, elles descendent aux enfers chargées de trois crimes, homicides d'ellesmêmes, adultères de Jésus-Christ, parricides de leur enfant même avant sa naissance. »

Les Agapètes ne portèrent pas ce nom en tous les temps ni en tous les pays. Par les conciles qui furent tenus à Antioche contre Paul de Samosate , évêque

1. Edition d'Erasme : Alise utero sterilitatem prsebent, et necdum nati hominis homicidium faciunt.

de cette ville , nous savons que la dénomination de Femmes sous-introduites était, de préférence, usitée à Antioche. Au troisième concile qui, en 270, condamna l'hérésie unitaire de Paul de Samosate, cet évêque fut accusé d'avoir chez lui plusieurs femmes sous-introduites et d'encourager ainsi par son exemple le concubinage du clergé d'Asie Mineure : « Gomment pourrait-il, dit l'encyclique synodale des évoques, réprimander un autre et l'avertir de ne point fréquenter une femme, lui qui en a déjà répudié une et qui en retient deux autres avec lui, lesquelles sont bien faites et dans la fleur de l'âge? »

La dénomination de Femmes sous-introduites en vigueur à Antioche est celle qui a prévalu dans l'Orient; c'est sous ce nom que les Agapètes sont désignées dans le canon 3 e du concile de Nicée ; c'est contre les Femmes sous-introduites que Jean]Chrysostome a composé ses homélies. Il n'en est pas moins vrai que le nom primitif de Sœur-femme s'est longtemps conservé parallèlementauxdénominationsprécédentes : « Dictionnaire des conciles, t. II, p. 78. Les Pères de Nicée donnent à ces femmes le nom de Sous-introduites, et c'est ainsi qu'on les nommait surtout à Antioche. D'autres les qualifiaient de Sœurs ou Compagnes, chacun selon les divers prétextes qu'il avait d'en tenir chez soi : les uns, sous prétexte de charité et d'amitié spirituelle ; les autres, pour qu'elles eussent soin de leurs affaires. » L'expression Sœur- femme, à8e).<pY)v yuvaîxa, de l'Épître aux Corinthiens, s'est donc conservée pendant plusieurs siècles à travers les changements que produisirent dans l'institution des Agapètes les évolutions historiques de TÉglise.

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La première condamnation officielle contre les Agapètes fut celle que prononça le concile d'Elvire en 309, canon 27 e . Le concile de Nicée en 325 formula le canon suivant : « Canon 3 e . Le grand concile interdit expressément à tout évoque , à tout prêtre , à tout diacre, à quelque clerc que ce soit, d'avoir une femme sous-introduite, si ce n'est sa mère, sa sœur, sa tante ou d'autres personnes à l'abri de tout soupçon. » — « Dans la primitive Église, dit l'abbé Guyot , des vierges consacrées à Dieu servaient les ecclésiastiques par un pur motif de piété et de charité. Saint Paul et les Apôtres s'en étaient servis pour introduire la Foi dans les gynécées. Cette sainte institution, comme tout ce qui est bon, dégénéra en désordres. Les Pères de Nicée y remédièrent par la défense faite aux clercs de vivre sous le même toit que les Agapètes 1 . » On a vu dans le chapitre précédent ce qu'il en était des Agapètes apostoliques.

Malgré ces condamnations , l'institution se perpétua jusqu'en 1139, époque où le deuxième concile général de Latran l'abolit définitivement : « Canon 26 e . Excommunication contre de prétendues religieuses qui, au lieu de vivre en communauté, selon la règle de saint Benoît ou de saint Basile, demeurent dans des maisons particulières et, sous prétexte d'hospitalité, y reçoivent, au scandale du public, les étrangers et des gens mal famés. »

Ainsi finirent les Sœurs-femmes , que mentionne pour la première fois dans l'histoire le chapitre IX , 5, de la première Épître aux Corinthiens. Elles avaient commencé par être les Petites Chéi'ies des Apô-

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