LA GROTTE
Dans la grotte où la peur d'une affreuse tempête Par un couloir à pic avait conduit mes pas, S'engouffrait mon regard, mesurant de si bas L'énorme hauteur d*ombre au-dessus de ma tête.
Du sol mou, de la voûte et des parois funèbres, A bouffements visqueux fluait l'humidité. J'avais l'impression que de l'hostilité Se projetait sur moi de toutes ces ténèbres.
Car, par ses seuls cfTels, la nuit rendait sensible La chimérique horreur des démons et des morts, Faisant flotter les bras de tel monstre sans corps, Ramper le pas suiveur de tel être invisible.
Le clair-obscur chagrin qui pleurait dans ce vide Ne filtrait pas des murs non plus que du plafond C'est parce qu'il sortait de terre, du fin fond. Qu'ainsi tout tremblotait hideusement livide.
C'était un jour complexe et qui changeait de place : Ici, brume verdâtre, et là, fumeux rideau.
Ailleurs, noyant le noir comme une masse d'eau. Et, plus loin, s'y plaquaut, vitreux comme une glace,
Mon regard s'embrouillait, trébuchant, incapable De préciser l'aspect toujours fallacieux.
Si bien, qu'hallucinés par leur doute, mes yeux Dans l'informe à présent voyaient de l'impalpable.