ACTE PREMIER
LEROY
Je ne demande pas si vous allez bien, vous, vos enfants, je suis fixé à l'avance, tout va toujours bien chez vous.
JACQUELIN
Tu ne nous le reproches pas, j'aime à croire? Allons, assieds-toi!
MADAME JACQUELIN, reprenant son tricot.
Que devenez-vous donc? On ne vous a pas vu, depuis le jour de la foire de Durtal.
LEROY
J'ai dû m'absenter... aller à Angers, à Baugé.
JACQUELIN
Ah ! Encore pour tes affaires!
LEROY
Oui, encore pour des démêlés avec le syndic de ma faillite.... Ah! quel joli corbeau!
JACQUELIK.
J'avais entendu dire que c'était un honnête homme.
Ohl c'est l'homme du devoir! Comme représentant de mes créanciers, il m'a pris consciencieusement jusqu'à mon dernier soul...
MADAME JACQUELIN
Mon pauvre ami!
LEROY
Et vous, pendant que je me débattais entre les griffes de cet honnête homme, vous avez tranquillement vécu, regardant vos bestiaux engraisser, voire raisin mûrir !
U LESAPPELEURS
JACQUELIN
Eh ! les nuits sont un peu fraîches; il ne mûrit pas
vite, le raisin!
LEROY
Comment? Pas vite? Il paraît que vous commencez dès lundi vos vendanges.
JACQUELIN
Oh! seulement dans quelques clos, dans quelques cépages précoces!.. Ainsi, nous allons cueillir le pineau noir que j'ai planté sur mon ancienne luzerne... un raisin sucré, exquis... Viens donc le goûter sur la souche, et vers Noël, après le soutirage, tu auras une barrique de son jus.
LEROY
Une barrique! Tues bon, toi! Et comment est-ce que je la paierais?
Laissons ce détail. Je te la donne, mon ami; c'est un petit cadeau...
LEROY
Une belle aumône, mais je ne l'accepte pas.
JACQUELIN
Ce n'est i)as du tout une aumône. Tu fus si gêné reux pour nous au temps de ta prospérité que nous sommes toujours en reste avec loi.
LEROY
Je vous tiens quitte...
JACQUELIN
Maïs...
LEROY
N'insiste pas.