‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 11 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME JACQUELIN

Au moins, mon bon Leroy, faites-nous l'amitié de diner avec nous... II y a des perdreaux que Maurice nous a donnés.

LEROY

Grand merci! Je ne suis plus habitué à la bonne chère et je ne veux pas en reprendre le goût... Quel est ce Maurice dont vous parlez?

Mais Maurice Maugray, qui est dans le pays depuis trois semaines.

LEROY

Ah! oui... et qui est descendu à l'auberge de la Croix-Blanche... le fils des Maugray qui habitaient autrefois la Gazeliére?

JACQUELIN

Le fils unique de nos anciens et chers amis. La mère de Maurice est morte, comme tu le sais, en le mettant au monde. Environ dix ans après, son mari mourut à son tour, et l'enfant fut emmené par son tuteur à Paris. Depuis, il est devenu un grand beau garçon, parisien des pieds à la tête. Un jour, il a voulu revoir l'endroit où sa jeunesse s'est écoulée, le cimetière où ses parents reposent, et, après vingt ans d'absence, il est revenu au pays, mû par un sentiment de piété filiale, hanté par les souvenirs lointains.

LEROY

Oui dà ! Quelle est sa profession?

JACQUELIN

Pour l'instant, il n'en a aucune.

LEROY

Il est riche?

16 LESAPPELEURS

JACQUELIN

Au moment de la mort de son père, la propriété de la Gazelière avait été vendue quatre cent mille francs.

Dont il n'a conservé qu'une bien faible partie...

LEROY

N'importe, je vois ça d'ici : le désoeuvré qui se dit un beau matin, en se faisant la barbe : « 'ïiens, si j'allais visiter la tombe de papa, ça me fait un but de promenade ! a i

MADAME JACQUELIN

Oh! vous jugez mal Maurice.

JACQUELIN

Très inall C'est un brave enfant, un digne cœurl Tu changeras d'avis sur son compte quand tu le connaîtras! l*eut-ètre même parfois vous entendrezvous... Vous devez avoir, et pour cause, hélas! plus d'une idée commune. Quoique jeune, il a aussi été éprouvé par de grands chagrins.

LEROY

Des chagrins d'amour, peut-être?

JACQUELIN

N'en parle pas ironiquement. 11 fut très malheureux à la suite de sa rupture avec une femme c^ui l'avait trahi odieusement après lui avoir fait gâcher sa vie. Ajoute à cela des échecs dans ?es tentatives littéraires et autres, des déceptions nombreuses, et l'on s'explique son scepticisme, son détachement de toutes choses.

LEROY

Il n'y a pas de la pose dans tout ça?

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