ACTE PREMIER
. versation, le malheur d'uutrui offre tant d'intérêt...
JACQUELIN, vivement.
Parce qu'il inspire de la pitié. Voilà, sans doute, ce que tu veux dire?
LEROY
De la pitié mélangée de plaisir I
MADAME JACQUELIN, d'un ton de reproche.
Leroy! Leroy! Gomment pouvez-vous?..
JACQUELIN
Laisse, Annette, laisse... (a Leroy.) Tu es tellement aigri, et à bon droit, par l'adversité, mon pauvre ami, qu'on te pardonne tes petites injustices.
MAURICE, à Leroy.
Vous verrez probablement bientôt des temps meilleurs. Monsieur. D'après une opinion répandue, la Providence, pour n'en être pas moins cruelle dans l'ensemble de ses lois, procède par compen.sation.
LEROY
Avec les autres, c'est possible!.. Mais avec moi, je l'en défie, oui, je l'en défie, votre Providence, de me donner une compensation! Car me fît-elle un jour recouvrer, je ne sais par quel miracle, ma fortune et mon honneur de commerçant, il ne serait pas en son pouvoir, avouez-le, de ressusciter ma femme et ma fille, mortes toutes deux de chagrin, coup sur coup, à la suite de ma faillite ! Ah ! je voudrais bien savoir comment elle s'y prendrait, cette gueuse de Providence, pour me rendre l'équivalent de ce qu'elle m'a pri^! Je voudrais que vous me disiez à quel espoir, au milieu de mes catastrophes, je pourrais me raccrocher !
20 LES APPE LEURS
MADAME JACQUELIN
Il VOUS reste un neveu.
Un sacripant, que je ne vois jamais! II est employé dans une Compagnie de navigation sur les côtes d'Indo-Chine I Un farceur, qui a le toupet de m'écrire encore de temps à autre pour me demander de l'argent !... Ahl ah ! il tombe à pic I... Non, non, tout est absolument fini pour moi, et si je ne me pends pas au premier arbre venu, c'est que, je vous le dis franchement, j'ai beau boire pour me donner du courage... au dernier moment, la peur me dégrise et je n'ose plus!
MAURICE
J'ai connu de pareils désespoirs.
LEROY
Ils étaient causés, j'en réponds, par des motifs moins graves. Et aujourd'hui vous êtes jeune, vous avez encore devant vous l'avenir.
MAURICE
Quel avenir ;' Vous êtes, Monsieur, ulcéré par la souffrance, je suis, moi, gagné par le découragement. Dans chaque manifestation de mon être, aspirations du cœur et tentatives pratiques, je ne suis arrivé, nos amis qui m'écoutent le savent bien, qu'à perdre mes illusions, mon énergie et une partie de ma fortune. Tout cela d'ailleurs autant par maladresse que par malchance. Bref, un esprit contemplatif et une àme sans caractère, un visionnaire et un raté qui se résigne, tel est celui qui vous parle en ce moment, I>énétré de l'inutilité de ses elforts personnels, plus