ACTE PREMIER
encore convaincu de l'existence d'une loi imposant le malheur à toutes les destinées.
LEROY, moutrant les Jacquelin.
Excepté à la leur pourtant.
JACQUELIN
Ah 1 je t'en prie, ma femme n'aime pas qu'on parle de cela.
MADAME JACQUELIN
Oh! non, mon pauvre Leroy, surtout en votre présence.
LEROY
Ne vous gênez pas, allez I Vous avez beau taire votre bonheur, il n'en crève pas moins les yeux!
MAURICE
Assurément... Etalez-le donc, proclamez-le donc sans crainte! C'est du reste votre fonction ici-bas, à vous, les appeleurs.
JACQUELIN
MAURICE
Oui, c'est ainsi que je vous nomme.
Pourquoi? Que signifie?...
MAURICE
C'est toute une histoire...
JACQUELIN
Dites ! Ça nous intéresse.
MAURICE
Eh bien, ce matin, je longeais les bords du Loir, quand tout à coup deux canards sortant des roseaux
22 LES APPELliUKS
s'envolent à tire d'ailes. D'instinct j'épaule, croyant être tombé sur un couple de sauvages, quand une voix ellarée nie crie derrière une haie: « Hé là-bas! monsieur Maugray, vous n'allez pas tuer mes appeleurs ! »
JACQUELIN
C'était le pêcheur, le père Boisard.
MAURICE
Lui-même, il m'a expliqué que ses appeleurs, c'étaient ses canards de chasse.
.ÎACQUELIN.
Oui, sur nos bords du Loir, on dit des appeleurs, dans d'autres pays des appelants... enfin, appeleurs, appelants, peu importe!... Vous savez comment on les utilise?...
MAURIGK.
On les attache l'hiver devant une hutte où le chasseur b'embusque et ils servent d'appeaux. Leurs frères sauvages qui passent se laissent tomber à côté d'eux, croyant trouver le repos et la pâture, mais bientôt mal leur en prend.
jacqu]î:lin.
En elïet... Eh bien, quel rapport?
MAURICE
Attendez, m'y voici: après un court entretien avec le père Boisard, je quittai la rivière et remontai le coteau. Une fois sur la hauteur, en regardant le tranquille et merveilleux paysage, j'aperçus votre maison, blanche et ensoleillée à travers les arbres, votre maison dont le seul aspect éveille des idées d'abri, de bien-être et de repos, la maison du bonheur! Je crus alors entrevoir le secret d'une des mystérieuses lois de ce monde. Oui, medis-je, il en est sans doute