ACTE PREMIER
MAURICE
Et celle de ces abeilles qui, venues, il y a bien longtemps, établir leur demeure dans le Christ en bois creux, me fournissent aujourd'hui un argument de plus à l'appui de mes prétendues sornettes. Ces insectes pour ainsi dire sacrés, produisent, n'est-ce pas, chaque année, des essaims que l'on recueille aux alentours comme des envois du ciel, leur arrivée sur un terrain étant pour le propriétaire un signe évident de bonheur ? Or, remarquez ceci : c'est sur vos champs, monsieur Jacquelin, que ces essaims se posent presque toujours... Ce sont eux qui ont peuplé vos rucheS;, homme comblé par Je destin, suppôt de la Providence !
Ah ! vous n'allez pas recommencer, exposer encore vos théories fantastiques!
GERMAINE
Quelles théories?
JACQUELIN
Je te les ferai connaître plus tard... Mais s'il t'en parle, envoie-le promener... ou plutôt non, réplique hardiment, convertis-le à des idées plus saines.
MAURICE
Mademoiselle Germaine a déjà essayé.
JACQUELIN
Bah?
MAURICE
Oui. Gomme nous passions près de ce même Calvaire, elle m'a dit, en faisant un signe de croix et en me montrant le Christ aux abeilles : « Vous devriez m'imiter, avoir confiance en lui ! » Et comme
nous approcliions du détour où nous devions nous séparer. Mademoiselle, je vous ai demandé, très ému, de prier pour moi, et vous me l'avez promis gravement, sincèrement, avec une sympathie si louchante, que d'émotion et de reconnaissance je me sentis des larmes dans les yeux.
JAGQUELIN.
Eh ! je ne savais pas tout cela I Germaine devient cachottière... N'importe : tu as bien agi, l'enfant !
GERMAINE, très émue.
Monsieur Maurice m'avait fait des conlidences, des aveux si tristes...
JAGQUELIN.
Bah ! Bah ! Il va mieux de jour en jour, il finira par se désetnbrumer. (l'renant la bouteille.) Allons, Maurice, encore un verre du petit vin de Durtal, qui, comme on dit ici, rapi)elle son buveur.
MAURICE
C'est vrai, ma foi, et le buveur y revient ! (jacqueiin verse.) Ashez!.. Assez!.. Je craindrais pour ma tête et mes jambes, d'autant plus que je me propose d'aller à votre clos de la Coudre qui est en proie aux oiseaux pillards... Je veux sinon les tuer tous, du moins les mettre en fuite.
JAGQUELIN.
Voih'i de bonne besogne et je vous en saurai gré. Ces màtins-là me mangent chaque jour presque une demi-pièce ! Faites-leur grand peur, Maurice !
MAURICE, prenant son fusil et allant pour sortir.
J'y cours I
JAGQUELIN.
Vous nous direz, en revenant, l'étendue du ravage.