‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 35 sur 68 · ACTE DEUXIEME ."io · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME ."io

Assez, Victoire ! En voilà assez !

VICTOIRE, se montant de plus en plus, à madame Jacqueiia.

C'est qu'on trompe les gens, Madame, quand on •leur promet le bonheur sur la terre, et c'est très mal de tromper! Chacun est malheureux ici-bas, retenez bien ceci, ou le sera ! J'en suis aussi sûre que de mourir!., tellement que s'il n'y avait pas la vie future, le Paradis où l'on vous récompense, je dis, moi, qu'on devrait abominer ceux qui vous ont mis au monde, qu'on devrait les tuer!.. (Mouvement général.) Oui, Monsieur, oui. Madame, s'il n'y avait pas la vie future, le parricide serait un droit!.. J'ai trouvé ça, moi, toute bête que je suis!.. (Reprenant un ton humble et familier.) J'apporterai tout à l'heure les assiettes et les verres, Mad:ime, deux douzaines de verres suffiront.

Elle sort rapidement par la gauche.

JAGQUELIX.

Croyez-vous! hein?..

MADAME JACQUELIN

Quelle créature !

l'abbé.

Dieu la jugera! Oubliez cette énergumène, reportez-vous vers ces jeunes gens qui viennent li-bns et convenez qu'il serait mal de détruire leur l)onheur.

MADAME .lACQUELIN.

Soit!... Je me résigne à mon rôle de femme heureuse, à mon martyre! Pourvu. monDieu, que l'annonce d'un affreux malheur ne le renile pas inutile!

36 LES APPK LEURS

l/.\BBK.

De l'énergie, je vous en coninre, du calme .. Je le disais tantôt à monsieur Jacquelin, un aussi faible retar.l dans la transmission des nouvelles n'a rien d'alarmant... Mais je vous laisse, l'enterrement de Michel Morin est pour trois heures, à cause des cérémonies de la matinée, et je n'arriverai que juste à temps. Au revoir donc, courage! Continuez à faire l'aumône des i>ieux mensonges.

Il sort par le fonil.

SCÈXE V

JAGQUKLIN, MADAME .lACQUELIN, ,,Mis GERMAINE oi MAURICE.

M.\DA.MK .lACoUELIN.

Que Dieu m'en donne lu force!

J ACQUELIN.

Il le la donnera, si tu y mets du lien! Puis, no touchoiis-noiis pas au btit !... Vois plutôt leur air attendri, leur sourire ému et radieux, (ri montre oei-

maine et Maurice qui entiont par la droito, tenant chacun par l'anse une manne d'osier romplio <lo (leurs et s-e penchant l'nn vers l'antre en souriant. — A Maurice et à (iermaine.)

Que chuchotez vou'^?... que complotez-vous ?

MAURICE, riant.

Ah! voilà!

GEtt MAINE.

Monsieur Maurice me l'ail beaucoup trop de compliments !

ACrE DEUXIEME 57

JACQL'ELIN.

Hein? Maurice ! Qu'esL-oe que c'est?

MAUHICE.

■ Vous allez être juge... Je dis à mademoiselle Germaine qu'aucune Ueurisle de Paris n'a une pareille habileté, un goût aussi tin dans l'art de la décoration.

JAGQUELIN.

Il a peut-être raison, Germaine, les jardinières du salon sont en ce moment de vérilaljles merveilles.

MADAME JAGQUELIN.

Ah! si vous aviez vu, cette année, l'autel du mois de Marie, le reposoir de la Fête-Dieu!

MAURICE, prenant dans la manne une guirlande.

Et que pensez-vous de ces guirlandes, destinées à l'ornement de nutre butïet rustique ?

JAGQUELIN'.

Oh ! très jolies ! Bravo, Germaine !

GERMAINE

Allons, allons! Assez de louanges comme ça! Oe-cupons-nous vite de fleurir cette nappe. Il faut que tout soit prêt lorsque les vendangeurs rentreront, il faut que ces braves gens aient la surprise du coup d'oeil.

JAGQUELIN.

C'est ça! A la besogne, jeunes gens!... Toi, la mère, aide ta fille à garnir ces deux vases, pendant que Maurice et moi nous coniuiencerons à décorer la nappe, sous la haute direction de Germaine... (a Germaine.) Allons, couiuia nde -nous !

GERMAINE

D'abord, une rangée de roses.

58 LESAPPELEUKS

MAUKICE.

Ici?

GERMAINE

Oui, c'est cela... ou Lien une de dahlias et de roses alternées.

MAURICE

De dahlias et de roses? Voici!.. (Maurice et jac-

queljn s'occupent de placer les guirlandes, pendant que madame Jacquelin et Germaine garnissent les vases.) Elle Va

être charmante, cette fête!... Le retour d£S vendangeurs, la mise en cuve des dernières grappes!... Je n'avais jusqu'à présent vu ça que sur des gravures!

JACQUELIN

Avec les gros sabots l)Oueux et les jupons rapiécés, ne comptez pas .^ur un tableau d'Opéra-Comique...

MAURICR.

N'importe! J'entends prendre part à toutes les réjouissances, en me disant toutefois : « Pourvu que je ne mange pas trop de l'excellente galette que je viens de voir tirer du four!.. »

Ah ! je vous préviens que c'est le triomphe de ma femme, la galette feuilletée!..

MAURICE

Comme toutes les friandises, comme tous les plats auxquels madame met la main.

MADAME JACQUELIN

Vous me llattez, Maurice...

MAURICE

Aucunement! Quel délicieux dîner hier soir en-

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