‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 36 sur 68 · ACTE DEUXIEME a · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME a

core ! Quels plantureux repas chaque jour, avec le bon pain boulangé dans votre huche, les belles volailles que vous engraissez, les beaux fruits fraîchement cueillis sur l'arbre ! Grâce à ce régime, je ne me suis jamais senti si solide, si dispos ! C'est à croire que je subis une métamorphose !

JACQUELIN

Convenez que vous reprenez goût à la vie, conve-

Eh bien oui, je l'avoue, là, honteux comme un canard victime des appeleurs!... J'ai du reste l'impression qu'en faisant partie de leur bande, en me plaçant sous leur aile, je me trouve hors de tout danger, je me soustrais aux coups du chasseur de làhaut! Voilà pourquoi je dédaigne les avertissements du pessimiste Leroy, voilà pourquoi je m'attache à mes chers hôtes ainsi qu'à des fétiches bien-aimés, à leur maison prolectrice, certain que le malheur ne franchira jamais cette barrière, passera toujours sans s'arrêter, comme ces femmes en deuil, tenez, qui se rendent sans doute aux obsèques du pauvre Morin.

Passent au fond deux femmes en deuil, couvertes de voiles noirs.

JACQUELIN

En effet!...

MAURICE

Elles passent vite, regardez, bien vite, avisées par une sorte d'instinct qu'on n'est point ici à la

tristesse ni à la douleur... (S'interrompani et regardant

madame Jacqueiin.) Nou, n'estce pas?... Madame Jacquelin semble émue, inquiète?

60 LESAPPELEURS

MADAME J ACQUKLIN.

(Juelle idée !

JACQUELIN

Mais pas du tout! Elle est attentive à vos paroles...

MAURICE

Eh bien, oui, Madame, oui., les symboles de malheur eux-mêmes s'éloignent de ces lieux. Un des chantres de votre église, le père Rontard, ne m'at-il pas expliqué tantôt que les enterrrements qui, l'année dernière encore, passaient sur ce chemin, le long de votre maison, piennent maintenant par les prés.

.TAGijUELIN.

C'est vrai, depuis qu'on a jeté, pour le charroi des foins, un pont de planches sur le ruisseau des Rocheltes.

MADAMli .lACQUELIN.

Ce (jui fait que le trajet est plus court.

MAURICE

Oh ! la différence est insignifiante!... Non, non, par une aversion mystérieuse, les cortèges funèbres évitent ces parages, comme le démon fuit l'eau bénite !

GERMAINE

N'insistoz pas! Si par hasard, une crue du ruisseau couvre parfois le pont, si par hasard ils reprenaient ce chemin...

MAURICE

Ils ne le reprendront pas!

JACQUELIN

Mais non, mais non... Germaine, tes fleurs sont prêtes.

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