‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 55 sur 68 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, VICTOIRE.

VICTOIRE, entrant.

Madame, j'ai compté le linge une dernière fois... Les draps, les nappes, les serviettes, tout enfin est au complet, il manque un seul tablier que vous retrouverez chez la mère Pampelin ; on le lui avait prêté le jour de la lessive... Gomme je ne serai plus là demain, vous n'oublierez pas d'envoyer payer la note des ouvrières: leur compte est exact, je l'ai vérifié, mais je vous recommande bien de ne plus employer Marie Letourneur... Elle se conduit mal, j'en ai la preuve, avec un galant, et si elle meurt de faim, ce sera joliment bien fuit! La distribution des aumônes à vos pauvres pour ce mois-ci est faite, j'ai donc bien tout réglé, et quand le père Leclerc sera à sept heures ici avec sa carriole pour me conduire au train, je n'aurai plus qu'à vous dire adieu.

JACQUELIN

C'est bien. Victoire, nous te remercions du soin que tu as pris de toutes choses.

86 LES APPELKURS

MADAME JACQUELIN

Victoire, mon enfant, approche toi.

VICTOIRE

Voilà, Madame.

MADAME JACQUELIN

Que je te voie une dernière fois. Tu as vécu auprès de nous depuis ta naissance et je le considère presque comme une fille. Tu as connu celui que nous pleurons aujourd'hui...

VICTOIRE

Vous le reverrez, Madame.

MADAMV. JACQUELIN.

Puisses-tu dire vrai I II a tout petit partagé tes jeux, tu étais une sœur pour lui et pour Germaine; c'est donc une nouvelle et douloureuse émotion que va me causer ton départ. Je sais que tu comprends l'alfection tout autrement que nous, que tu nous quittes le cœur plutôt joyeux... Je ne t'en veux pas, mon enfant... Celle sérénilé d'ànie au milieu de nos malheurs, à la veille d'une séparation éternelle, est sans doute l'effet d'une grâce et je te bénis... (victoire s'agenouiiie.j Je te bénis comme une mourante bénit une fiUequiva mouriravant elle, mourir au monde avant qu'elle-même ne l'ait quitté... Laisse-moi maintenant te rappeler, à celte heure suprême, que la bonté, que la pitié, sont les plus grandes vertus. Sois bonne, sois humaine. Je crains que les calculs de la dévotion ne remplacent trop souvent chez loi les élans du cœur... Pardonne-moi si les dernières paroles que je t'adresse sont empreintes de quelque amertume; ma tendresse

subsiste toujours... (saisissant Victoire dans ses bras.)

Mon Dieu! Dire qu'en son agonie il a peut-être songé à toi, que peut-être ton image s'est présentée à son

Page 1