ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Si nous reprenons notre observation au point de vue des lésions constatées, nous voyons que l'appendice est macroscopiquement gros el congestionné.
Cette congestion se retrouve chez tous les auteurs; mais, en plus, Still à relevé les appendices de trois malades dont la caractéristique maeroscopique était l'épaississement des parois. D'après lui, se serait un signe de probabilité en faveur de l’oxyurose de l’appendice.
Si nous examinons séparément ehaque plan de la paroi, nous constatons des lésions différentes selon Ie genre de réaction des tissus envers l’oxyure, et qui Jui sera particulière.
En allant de la partie centrale vers le péritoine, la muqueuse présente au contact des oxyures ou de leurs œufs, le point de départ des ulcérations.
Dans les régions non atteintes, la muqueuse est saine, ainsi que le montre une observation de Ménétrier (1). Les parties qui sont en relations directes avec l’oxyure peuvent présenter des lésions hémorragiques, comme le disent les observations de Wagener (2), Brumpt-Lecène (3), Romanoviteh (4). Dans notre cas, la nécrose, aux points plus lésés, débute d’abord par l’épithélium de revêtement, puis gagne les cellules des
(4) MÉNÉTRIER. Société médicale des Hôpitaux, 1909 (12 février).
(2) WAGENER. Oxyuris vermicularis in der Darmwand, 1904.
(3) BruMmMPT-LecÈèNeE. Société médicale des Hôpitaux de Paris, 1909 (5 février).
(4) RomanoviTeH, Société de Biologie, 1911.
glandes; enfin l'ulcération peut atteindre les follicules ou directement la sous-muqueuse. Au contraire, Railliet (1) dit, qu'en général, l'oxyure reste dans un dédoublement de l'épithélium de revêtement, dont les cellules normales ont été remplacées
par des mononucléaires dans la partie formant la logette du
parasite.
Les follicules avant d'être ulcérés ont subi une volumineuse augmentation de volume dans notre observation; mais dans un cas rapporlé par Ménétrier, certains ont été comprimés et étranglés par du tissu fibreux; il est probable que leur volume d'abord augmenté est diminué ensuite; cependant, en géné, les follieules sont hypertrophiés. Gelte follieulité n’est pas simple; en quelques cas, par exemple dans l'observation de Brumpt-Lecène, elle est hémorragique en certains points. Les follicules de notre observation, hypertrophiés, viennent même au contact de la surface intestinale; en outre, la caractéristique des follicules c'est leur dégénérescence à double point de départ: soit centrale avec au milieu des oxyures ou des reliquats de ces vers (Raïlliet rapporte une observation analogue), soit plus souvent périphérique et alors due aux ulcérations de la muqueuse dont la nécrose s’est continuée de preohe en proche; cette ulcération peut gagner ensuite la muscularis mucosae, qui est détruite en certains points, et arriver à la sousmuqueuse; mais les véritables lésions de la sous-muqueuse sont l’hypertrophie du tissu seléreux: elle est épaissie en une bande de sclérose qui parfois tapisse le fond des ulcérations profondes. Au milieu de ce tissu de cicatrice nous trouvons des cavités kystiques qui renferment ou non des restes d’oxyures. Là encore, des hémorragies se sont produites: Brumpt-Lecène insiste aussi sur ce fait.
Les lésions vont encore plus profondément dans la paroi: la couche musculaire est atteinte par le processus de sclérose. Les fibres museulaires disparaissent au contact des ulcérations profondes où bien sont envahies par le lissu de sclérose.
(1) RarLnieTr. Thèse de Paris, 1911.
Enfin le péritoine n'est pas sans être lésé par l'oxyure qui a cecasionné la formation de placards seléreux étoilés, renfermant du tissu adipeux seléreux; çe tissu conjonetif graisseux contient des cavités kystiques vides ou plus souvent pleines: dans le premier cas, nous y trouvons des tissus en dégénérescence, tandis que dans les autres nous voyons des oxyures parfaitement caractérisés. Des lésions analogues du péritoine ont été décrites par Kolb, qui rapporte avoir vu des oxyures enkystés dans le péritoine. Enfin cette séreuse montre dans notre observation des hémorragies intenses dans le tissu conjonetif hyalin situé entre les travées scléreuses pourtant très épaisses. D’ailleurs ces hémorragies ont été citées aussi par Weinberg dans l'observation du docteur Thévenard, qui parle ainsi de la Iymphangite et de la congestion intense des vaisseaux sanguins.
En résumé, l'anatomie pathologique comprend deux sortes de lésions: les unes anciennes certifiées par le tissu scléreux organisé que nous trouvons dans toutes les préparations; les autres récentes: dégénérescence de la muqueuse, gagnant les follicules et la sous-muqueuse même: hypertrophie d’abord, puis atrophie (par compression) des follicules; enfin hémorragie ou simple congestion jusque dans le péritoine.
Toutes ces lésions sont bien dues à l'oxyure, puisque les parasites ont été fixés dans tous les plans de la préparation dans leurs cavités kystiques.
Les parôis de ces dernières, qui sont produites par le travail de réaction des tissus environnant le parasite, sont très résistantes, lamelleuses presque, si bien que l'oxyure est condamné à mourir dans leur cavité.
Railliet à aussi trouvé ces logettes avec ou bien des oxyures caractérisés, ou bien des débris dégénérés parasitaires; mais il voit peu de lésions tout autour. Pour lui, les cavités kystiques sont formées simplement de mononueléaires plus rapprochés, quelquefois avec un noyau légèrement fusiforme; mais ce dernier caractère prouve la tendance de la cellule à former des travées conjonctives véritables autour du parasite; c'est dire que, probablement, le cas rapporté appartiendrail à une appen-
— 34 — ; dicite opérée dès le début des lésions, avant que la sclérose ait eu un caractère définitif.
Donc, l'anatomie pathologique nous montre qu'il y à sürement appendicite et que c’est probablement l’oxyure qui en est l'auteur: mais la littérature médicale nous donne d’autres appendicites à oxyures dont la paroi semble indemne ou peu fete" |
Nous avons cru utile de décrire, en quelques mots, l’anatomie pathologique de ces cas où les parasites sont seulement intracavitaires.
L'observation la plus intéressante. est celle rapportée par Ménétrier (1) :
La caractéristique est l'excitation des tissus de l’appendice: les follicules, les glandes sont plus volumineux et plus abondants; beaucoup de cellules sont en karyokinèse; et cette hyperplasie n’est accompagnée d'aucun phénomène inflammatoire proprement dit et d'aucune détermination Iymphangitique.
Nous avons relevé aussi de nombreuses observations d’appendicites à oxyures où l’organe quoique contenant des nématodes dans sa cavité, présentait simplement de la congestion. Ainsi, dans le cas personnel de Ragaine, l’appendice est gros, enflammé, adhérent. Bégouin, de Bordeaux, le trouve simplement «un peu plus turgide que normalement » (2). Bertholet (3) cite aussi un appendice dont la muqueuse était simplement enflammée. Enfin, les cas précédents nous révèlent en plus la présence de simples ulcérations peu profondes.
En résumé, dans ces derniers cas, l’oxyure à agit simplement comme un corps étranger qui a irrité l'organe sans causer de lésions véritables, aussi ces appendices sont-elles peu impor-
(1 (2) RAGAINE. Thèse de Paris, 1905.
(3) BerTaoLer, Thèse de Bordeaux, 1903-1904.
) MÉNÉTRIER. Société médicale des Hôpitaux de Paris, 1909. )
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