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suivant le montant de leurs achats, qui est presque toujours supérieur, parfois même dix ou vingt fois supérieur à la somme versée par eux sous forme d'action ou de cotisation? A qui s'intéressent ces sociétaires? Uniquement au dividende qui leur sera distribué. » Ils font une bonne opération financière, en s'associant pour les besoins de leur consommation ; ils ne font à aucun degré acte de solidarité.
C'est seulement dans les sociétés coopératives d'un type supérieur, dans celles notamment oii les associés renoncent en tout ou en partie à la répartition individuelle des bonis de l'entreprise et consentent à les consacrera quelque œuvre d'intérêt social qu'apparaît enfin (( l'œuvre de solidarité ». Si les bonis sont affectés à des secours ou à des prêts en cas de maladie ou de chômage, il y a déjà un commencement de solidarité entre les membres, puisque ces secours ou ces prêts seront attribués aux associés « non au prorata de leurs apports, mais au prorata de leurs infortunes, et que ceux qui auront la chance de n'être jamais malades ou de n'avoir jamais de chômage ne toucheront rien, fussent-ils les meilleurs clients de la société », — mais c'est encore, en ce cas, dans l'intérêt des sociétaires eux-mêmes que les dividendes de l'entreprise sont exclusivement réservés.
Si les bonis vont, au Contraire, à une œuvre désintéressée d'instruction et de propagande, comme l'ont décidé les puissantes coopératives anglaises et belges ; ou si, suivant la formule de l'école de Nîmes, ils sont
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réservés ' « à la création ou à la commandite d'ateliers industriels ou agricoles », c'est-à-dire à des encouragements à la coopération de production ouvrière, l'œuvre devient vraiment une œuvre de solidarité ; et le caractère solidariste de la coopération s'afïirme encore davantage, si une association s'établit entre les coopératives diverses — soit entre les coopératives de consommation elles-mêmes, les plus puissantes venant en aide aux plus faibles, — soit entre ces coopératives de consommation et les autres coopératives, de production, de construction, de crédit,- etc., — soit enfin entre toutes ces sortes de coopératives et les autres associations de travailleurs, sociétés de secours mutuels, sociétés d'épargne et de retraites, syndicats professionnels ouvriers ou agricoles, etc.. — C'est qu^en effet dans tous ces cas, il y a de la part de chacun des associés consentement à une œuvre sociale oii son intérêt n'est plus qu'un intérêt de justice et de moralité supérieure, (( de la part de ceux qui l'acceptent, le sacrifice des intérêts présents, de bénéfices immédiats, à des résultats éloignés dont ils ne bénéficieront pas directement. C'est la solidarité étendue aux générations futures : c'est la renonciation de ceux qui travaillent et qui peinent actuellement aux quelques profits qu'ils pourraient facilement se procurer, afin de préparer l'émancipation de ceux qui les suivront" ».
I. Sauf le minimum de répartition individuelle indispensable pour retenir les adhérents (Gh. Gide, p. 63). 3. Gh. Gide, p. 64.