‹ Les applications sociales de la solidarité, leçons professées à L'École des hautes études sociales;Chapitre 15 sur 72 · XX PREFACE · texte numérisé non relu

XX PREFACE

Tous ceux qui s'intéressent à l'avenir de la doctrine sociale de la solidarité doivent être reconnaissants à M. Gide de cette vigoureuse analyse des conditions de fonctionnement de la coopération. C'est servir puissamment une idée que de critiquer avec cette rigueur les œuvres qui s'en réclament indûment et qui risqueraient d'en détourner l'esprit public en lui en montrant seulement une décevante et dangereuse contrefaçon.

Comme l'a dit avec une précision parfaite le savant conférencier, dans une note trop brève à notre gré et que nous espérons lui voir prochainement reprendre et développer, plusieurs conditions sont nécessaires pour qu'il y ait acte de solidarité : (( La solidarité implique toujours u*n certain sacrifice de l'individu — non pas sacrifice désintéressé, car un sacrifice absolument désintéressé, ce n'est pas de la solidarité, c'est de la charité ou de la fraternité ; — non pas non plus un sacrifice en vue d'un profit individuel égal ou plus grand à recueillir ; — car ce n'est plus de la solidarité, c'est de l'échangisme, du do ut des ; — mais sacrifice d'un intérêt individuel (mon argent, mon travail, mon temps, ma liberté) en échange d'un avantage social^ sacrifice d'une portion de son moi individuel pour l'accroissement de son moi social. »

Cela est vrai des œuvres de la solidarité volontaire, des associations librement constituées par les initiatives

'REIACE XXI

priAces dans un but d'amélioration et de développe ment collectifs.

Et cela est également vrai de l'œuvre de la solidarité sociale, obligatoire à nos yeux pour tous les membres de la société humaine, s'ils veulent réaliser l'objet essentiel de cette société : la justice mutuelle. Celle-ci n'est en effet possible que si les hommes organisent en commun leurs efforts pour prévoir et réparer les injustices que la solidarité de fait, involontaire et brutale, fait naître à chaque instant au milieu d'eux. *La prime d'assurance que chacun de nous doit payer pour la garantie de tous contre ces risques d'injustice, voilà, suivant l'expression de M. Ch. Gide, (( le sacrifice d'un intérêt individuel en échange d'un avantage social (nous dirons, nous, d'une nécessité sociale) ; voilà le sacrifice d'une portion de notre mol individuel pour l'accroissement de notre moi social (nous dirons, nous, pour la création même, en nous, du moi social ».

Ce sacrifice, c'est l'acte véritable de solidarité, le paiement de la dette mutuelle, l'acte social essentiel.

Les Conférences, qu'on lira dans le présent volume, montreront combien ce sacrifice est nécessaire pour nous préserver les uns et les autres contre les périls qui nous menacent indistinctement dans nos biens les plus précieux, dans notre santé, dans notre vie.

Elles montreront également, par un exemple frappant, tiré de la législation sur les accidents du travail, comment ce sacrifice peut être assuré, ce paiement de la dette sociale, réparti entre tous suivant les principes

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généraux du droit, — et comment aussi il est possible d'établir juridiquement cette organisation de la solidarité sociale, sans laquelle ni la justice, ni la paix ne sauraient exister ici-bas.

Léon Bourgeois.

LA MORTALITE INFANTILE

Par Pierre Budin

Professeur à la Faculté de Médecine de Paris,

Membre de l'Â-cadémie de Médecine.

Dans la si remarquable conférence qui a ouvert ces cours, il y a deux semaines, M. Léon Bourgeois exprimait l'opinion suivante :

Si nous constatons qu'un certain nombre de nos semblables succombent qui ne devraient pas mourir, il faut nous efforcer d'arriver à ce qu'il n'en soit plus ainsi dans l'avenir ; en agissant de la sorte, nous ferons œuvre de solidarité.

Voyons si l'étude de la mortalité infantile rentre dans ce programme.

Nous savons tous que, dans notre beau pays de France, la population ne s'accroît plus; en elTet, les chiffres montrent que, s'il y avait autrefois plus de naissances que de décès, il n'en est plus de même

A-pplic. de la solidarité. i

aujourd'hui. En 1872, par exemple, il y avait 27 naissances et 22 décès pour i.ooo habitants; en 1901, la natalité ayant diminué et atteint le chifTre de 22, alors que la mortalité ne s'est pas beaucoup modifiée, on voit se confondre, sur une même courbe, les lignes qui représentent ces deux éléments (fig. i).

Pendant ce temps, la population augmente chez nos voisins d'Europe.

Si nous prenons l'année 1898, en France la natalité n'y était pas supérieure à la mortalité d'une unité pour i.ooo habitants (0,80); en Autriche-Hongrie, elle la dépassait de 11,20; en Italie, de 12,60 et en Allemagne de 1 5,60. En 5o ans, l'Angleterre s'est accrue de i/i millions d'habitants et l'Allemagne de 2 1 millions

Si le nombre des naissances diminue, il faut au moins nous efforcer de conserver les enfants que nous avons. Or, notre mortalité infantile est très grande. Les travaux du D' J. Bertillon nous apprennent que sur i .000 naissances il y a eu, de 1889 à 1898, 1G9 décès de o à i an, et de 189/i à 1898, iGi décès de o à i an; cela fait une mortalité de 16 à 17 pour 100 dans la première année.

Voulez-vous vous rendre compte de ce qu'est cette mortalité comparée à celle des autres âges?

Les chiffres fournis par le Ministère du Commerce montrent que, en 1896 (fig. 3j, la proportion des décès, de o à I an, a été de 202 pour i.ooo; entre 10 et 20 ans, cette proportion s'abaisse considérablement au point d'arriver à /l,2 pour i.ooo, puis elle se relève avec l'âge. Cependant, entre 80 et 89 ans, il ne meurt environ que 193 vieillards sur i.ooo; on a donc

La MORTALITE l.Mi-ANTlLÉ 3

moins de chance de mourir dans l'année, entre 80

^MartdUté^

Ek.0berïùL,6r.

et 89 ans, que si l'on vient de naître ; c'est après 90 ans que nous pouvons nous considérer comme plus mortels

FlG.

que des nouveau-nes î Si nous arrivons a cet âge, ce que je vous souhaite à tous, je crois que nous en prendrons philosophiquement notre parti ; mais les mères

LA MORTALITE INFANTILE

ne doivent point accepter aussi facilement le décès de leurs bébés.

Ed., OherUn/, Gn .

FiG. 3.

De quoi meurent donc les enfants ?

Dans une remarquable étude sur la mortalité infantile dans la populatioa urbaine delà France, MM. Ba-

lestre et Gillelta de Saint-Joseph ont montré que, sur i.ooo enfants qui succombent de o à i an (fig. ^i),

385 sont emportés par la gastro-entérite ou diarrhée, i45 — tles atTeclions pulmonaires,

177 — la faiblesse congénitale,

5o — des maladies contagieuses,

25 — la tuberculose.

Le reste, c'est-à-dire 228 pour i.ooo, est emporté par d'autres causes, connues ou inconnues.

Fi.i. '(.

La gastio-enlérite sévit smiout pendant les chaleurs de Télé; ce Itiit, connu depuis longtemps, a été de nouveau particulièrement mis en lumière par MM. Balestre et Gilletta de Saint-Joseph ; la courbe qu'ils ont tracée est extrêmement frappante (voy. fig. 5); c'est en

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juillet, en août et en septembre qu'elle atteint son maximum d'altitude.

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FiG. 5.

La morlalilc déterminée par les affections pulmonaires est faible pendant les mois où il fait chaud ; au contraire, le nombre des décès par cette cause augmente au fureta mesure cpie la température sabaisse. C'est pendant les mois froids que les enfants sont le plus exposés à ces maladies et y succombent en plus grand nombre, soit, en janvier par exemple, dans une proportion de 260 pour i.ooo enfants morts (fig. G).

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