LA PROPRETÉ ET L'HYGIÈNE
Par P. Brouardel
Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, Membre de l'Institut.
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Tous les ans il meurt en France 760000 personnes. Dans ce chiffre nous trouvons i5oooo enfants, qui disparaissent avant d'avoir atteint l'âge d'un an, 1 5o 000 décès causés par la tuberculose, et 60 000 dus à des maladies transmissibles, fièvre typhoïde, rougeole, diphtérie, etc.
Les bons soins donnés aux jeunes enfants, les précautions nécessaires, mais assez faciles à prendre contre les maladies transmissibles suffiraient pour faire tomber au moins du tiers le chiffre total des décès, au plus grand profit de notre patrie dont la population n'augmente plus et au plus grand bénéfice de vous tous qui savez
quelles douleurs et quelles ruines cause dans une famille la maladie ou le décès de l'un de ses membres, que ce soit son chef, la mère ou l'un des enfants.
Puisque nous pouvons limiter ces hécatombes, nous le devons. Quels sont nos moyens d'action ?
Ils sont entre les mains de l'Etat, de la commune et surtout de vous-mêmes. L'Etat a, par la loi du 1 5 février 1902, promulgué des règles qui définissent le rôle des municipalités chargées de veiller à la salubrité de l'agglomération : amenée d'une eau pure, débarras des eaux et des matières usées, surveillance des habitations, etc. Les maires sont donc les agents sur lesquels pèse la responsabilité des principales mesures propres à préserver la collectivité.
Mais, Mesdames, quelle que soit la puissance de l'Etat, ou celle du maire d'une commune il ne peut forcer même par des inspecteurs, même par de sévères pénalités chaque habitant à observer dans tous les détails de sa vie journalière les préceptes de Fhygiène. Une telle immixtion dans les actes de notre vie familiale serait tracassière et odieuse.
C'est donc vous, Mesdames, qui devez connaître l'art d'éviter la maladie, et votre intervention sera dans bien des cas plus efficace que celle des autorités publiques, vis-à-vis de vous-mêmes, de vos enfants et des personnes qui vous entourent. Toutes écouteront plus volontiers votre voix que celle du gendarme ou du garde champêtre.
Votre rôle personnel, j'ai peur d'avoir l'air de promulguer une banalité, est de veiller à la propreté des membres de la famille, du local dans lequel elle vit, à
LA PROPRETÉ ET l'hYGIENE sSq
la salubrité des aliments. Il se résume en un mot, que je répète à dessein, la propreté.