Lidzbarski, l, c, p
donc admettre que le mot évoqué par la forme de la lettre, a été plié au principe de l'acrophonieS Gela ne témoigne-t-il pas aussi que les Phéniciens n'étaient pas libres dans le choix des formes de leurs lettres ? M. Lidzbarski propose d'expliquer le nom et la forme du ^0/ primitif comme signifiant et figurant un casque muni de couvre-joues. Âdmettons-le. Remarquant alors que cette forme de casque n'apparaît pas en Grèce avant le rv' siècle, il en tire une preuve formelle en faveur de l'origine phénicienne*. Ce raisonnement serait décisif s'il n'était infirmé par une découverte récente en Crète qui prouve que les Egéens connaissaient cette forme de casque dès, au moins, 1500 avant notre ère*.
En réalité, nous ignorons si le nom des lettres est d'origine grecque ou phénicienne. Le fait que delta, par exemple, n'ait pas de sens en grec, alors que dalet signifie « porte », ne prouve rien, bien au contraire. En général, le peuple qui emprunte le nom de la lettre fait subir à ce nom une déformation pour lui trouver un sens dans sa langue. Ainsi delta n'a pas de sens ; mais la lettre empruntée par les Slaves a pris le nom de dobro qui signifie « chêne ».
Nous ne pouvons donc tenir pour démontré que les noms des lettres aient été inventés par les Phéniciens. Ce n'est qu'une hypothèse vraisemblable. Si on l'admet, il faut se garder de croire que ce fait implique l'origine phénicienne de l'alphabet. En effet, aux raisons d'ordre général invoquées plus haut, il faut ajouter que, si Ton dérive sigma de samek et san de sin^ cette dérivation n'a pu se produire qu'à une époque où le sigma avait perdu sa valeur primitive de sin