LK LIMES SYRIEN ET L^ART ARABE ANTÉISLAMIQUB
titués par deux parements de pierres, quelques-unes allant d'une face à l'autre pour établir un chaînage. L'intervalle entre les deux parements est bourré de pierres et de mortier.
On peut donc se demander si l'emploi de la brique sur les confins désertiques de la Syrie ne signalerait pas une tradition des populations du désert , tradition empruntée naturellement à la Mésopotamie qui, de tout temps, a employé ce mode de construction. Â Qaçr el-Âbya(J l'influence perse apportée par l'élément arabe n'apparaissait que dans la décoration; ici, elle s'affirmerait par le même truchement jusque dans les méthodes de construction.
Il est à remarquer que le mot adjourroun qui désigne, en arabe, la brique cuite, est très répandu chez les poètes arabes antéislamiques. Or, le mol est persan ou plus exactement mésopotamien puisque c'est l'assyrien agurru\
Les accointances persanes des constructions en brique de Mechatta ont été admises dès le premier jour. Elles s'affirment notamment dans l'arc brisé des voûtes. Ce trait n'est ni romain ni hellénistique, par contre il remonte en Orient à une haute époque. 11 a pénétré d'assez bonne heure dans l'architecture byzantine, mais il a été particulièrement adopté par l'art arabe. Et cela indique assez quels liens rattachent l'art arabe à l'art persan.
M. Strzygowski relève — et le rapprochement est précieux, — que l'arc brisé qui, dès le premier siècle de l'Hégire, a été édifié en Egypte au Nilomètre de Rodah, est du type de Mechatta. De même, l'arc brisé de la mosquée d'Alimad ibn Touloûn du ix^ siècle de notre ère, qu'une théorie peu fondée a voulu rapporter à l'art copte, négligeant ainsi le témoignage de Qoudâl par qui nous savons
1. Rhodokanaki, Wienar Zeitschrif fur Kunde d. Morgenlandes^ 1905, p. 291 et s.
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qne cette mosquée fut élevée à rimitation de la mosquée de Samarra eu Mésopotamie '.
Un dernier détail rappelle les habitudes mésopotamiennes. Les briques des voûtes de Mechatta sont disposées par tranches verticales comme au canal de Khorsabad, à Tak-i- Kisra, à Gtésiphon*. On sait que ce procédé permet d'élever la voûte sans cintrage.
Les castella romains de Syrie présentent, nous l'ayons vu, une seule entrée par laquelle on accède dans une cour cen* traie autour de laquelle sont répartis les bâtiments adossés contre le mur d'enceinte. Cette disposition fut sans doute imposée par des habitudes orientales. Ainsi le château de chasse appelé Qaçr-i-Ghirin — du nom d'une des femmes de Khosroès II, — fournit à M. Slrzygowski une comparaison instructive. 11 est certain que ce palais fortifié perpétuait, à la fin du vi* siècle,*" d'anciennes traditions. Toutefois, on ne trouve jamais en Perse ou en iMésopotamie les deux éléments caractéristiques et si intimement unis de Mechatta : la salle à trois nefs terminée par le triconque. D'autre part, cette disposition est très répandue aux iv* et v* siècles dans tout l'empire romain». Peut-être l'invention est-elle syrienne, mais c'est là un point qui reste en suspens.
Si nous passons au décor de la façade récemment trans^ portée à Berlin, c'est encore la Perse qui fournira les prin* cipaux éléments de comparaison.
i. Strzygowski, /. c, p. 246 et s. Plus tard, sous les Fatimides, l'archltec^ ture musulmane adoptera un arc brisé d*aspect tout difTérent, mais élaboré également en Perse* . 2. Ibidem, p. 247, .