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PIN DES ROCHERS

Pinus banksiana^ Lamb. — Pinus rupestris^ MiCHX. — Cyprès, Pin gris, Banksian Pine, Grey Pine, Jack Pine, Scrub Pine, Cypress, Pitch-pine, Bastard Spruce.

Ce pin nain est de sa nature un arbre du nord. J'en ai vu quelques bosquets dans le comté de Témiscouata, à peu près à mi-distance entre le grand lac de ce nom et la Rivière-du-Loup, poussant dans les rochers et le gros sable, sur la ligne de faîte divisant les eaux qui coulent dans le St-Laurent de celles qui

vont au sud, dans la rivière St-Jean. L'abbé Provancher dit en avoir vu à Ste-Monique, dans le comté de Nicolet. Mais c'est au nord du St-Laurent qu'il se trouve dans son habitat naturel. Le Dr Bell lui assigne pour limite septentrionale, dans notre province, une ligne tirée de la tête de la baie des Chaleurs et prolongée vers Touest, en passant au lac Mistassini et à cent milles au sud de la baie James, c'est-à-dire que cette espèce ne se trouverait pas à l'est de 66° 20' de longitude ni au nord de 50° de latitude. C'est une erreur. Dans les explorations de la péninsule du Labrador, de 1892 à 1895 inclusivement, M. Low a constaté que la limite nord du cyprès, ou pin des rochers, est formée par une ligne partant de l'embouchure de la rivière Moisie, 66° de longitude et 50^25' de latitude, courant dans la direction du nord-ouest, en passant par le lac Nichicun, (à peu près 53° de latitude et 70^30' de longitude) suivant le bras sud de la grande rivière à la Baleine et atteignant la baie d'Hudson à l'embouchure de cette rivière, par 55° de latitude, ou cinq degrés au nord de la limite indiquée par le Dr Bell. Au dire de M. Low, ce pin des rochers est très commun dans la région de la rivière Eastmain et celle de la Manicouagan.

Là, comme partout ailleurs, le cyprès croît dans les bancs de sables accumulés par le vent, les coteaux graveleux et les collines de rocs. C'est le compagnon presque inséparable de l'épinette noire dans les taillis de seconde venue qui s'emparent des terrains dévastés par le feu. Les feuilles de cet arbre, presque toujours disposées en paires, comme ses cônes, ou

géminées, sont rigides et courtes, >^ à i pouce de longueur, ou moins du quart de celles du pin rouge, qui ont de 5 à 8 pouces de longueur. Ses cônes, de couleur gris cendré et à pointes recourbées sur la branche, sont extrêmement durs et conservent leur graine durant deux ou trois ans. En général, cet arbre a de 30 à 40 pieds de hauteur et de 9 à 18 pouces de diamètre. Ses branches descendent bas sur le tronc et il est rare de tirer plus d'un billot de sciage des plus beaux sujets, au lac St-Jean. Cependant, dans les conditions les plus favorables, il vient plus gros et plus long : dans les chantiers de Mr B. A. Scott, on a abattu des cyprès qui ont donné jusqu'à quatrevingt-onze pieds linéaires de bois utilisable.

Le bois du cyprès ressemble à celui du pin rouge mais il est plus gommeux et de moins bonne qualité. Comme bois de commerce, il a peu de valeur. Il est surtout employé à des usages domestiques, pour faire de la planche, des petites pièces de charpente, du bardeau et de la clôture. L'abbé Provancher dit que M. Félix Têtu, des Escoumains, en a exporté des planches aux Etats-Unis, pour le clôturage des chemins de fer, et qu'il en a eu un prompt débit et qu'on en a fait des madriers pour le pavage des quais. Il est rare qu'il se trouve de dimensions et en quantité suffisantes pour être susceptible d'exploitation commerciale.

Dans les régions du lac St-Jean et du St-Maurice l'on confond scuvent le pin des rochers avec le pin rouge et l'on passe sous le nom de cyprès le pin rouge de petites dimensions ou de qualité inférieure.

EPINETTE BLAirCHE

Abies aJba^ MiCHX. — Pinus alba^ Ait. — Picea alba^ LiNK. — White Spnice, Single Spruce, Sea Spnice, des Sauvages, Pine, des employés de la Compagnie de la baie d'Hudson. (')

Cet arbre se trouve dans toutes les parties de la province de Québec, même le long de la frontière nord, où il atteint presque partout des dimensions suffisantes pour le rendre serviable à l'industrie des sciages, surtout à celle de la pulpe et du papier. Au cours de l'exploration qu'il a faite de cette partie du pays ces dernières années, M. Low, de la Commission Géologique, a constaté que dans les terrains bas qui bordent la baie du Rigolet ainsi que dans la vallée du fleuve Hamilton, jusqu'à 250 milles de la mer, l'épinette blanche abonde dans tous les endroits où la forêt n'a pas été détruite par le feu. Il y a des arbres qui mesurent jusqu'à trente pouces de diamètre à trois pieds du sol et ceux de dix-huit pouces sont de commune occurrence. M. Low dit qu'en moyenne, on aurait trois billots de douze pieds à l'arbre. Dans la vallée de l'Eastmain, l'épinette blanche se trouve jusqu'à 150 milles du rivage de la baie James, dans la direction de l'est, ou jusqu'à l'extrême limite des terrains formés de dépôts marins. Au fort George, plus de 100 milles au nord de l'Eastmain, qui forme la frontière de la province, le Dr Bell a vu des billots de 24 pouces de diamètre, qui avaient été faits dans des forêts

(i) Sapinette blanche, en France.

d'épinettes situées à une vingtaine de milles de la mer. Dans Vimmense contrée égouttée par le fleuve Nottaway et ses tributaires, embrassant une superficie d'une vingtaine de millions d'acres, les rapports d'exploration du Dr Bell et de M. l'arpenteur O'SuUivan constatent que l'épinette blanche atteint de grandes dimensions, que le long des rivières on voit à beaucoup d'endroits des arbres mesurant 24 et même 30 pouces de diamètre et jusqu'à cent pieds de longueur.

L'épinette blanche s'accommode de toutes les situations et de tous les sols : elle croît sur les cimes et les crêtes de montagnes, dans les flancs escarpés des falaises abruptes, dans les savanes comme sur le sommet des collines et dans les terrains secs, dans les sols pauvres comme dans les riches platières d'alluvion. Il n'y a que les terres arides ou constamment mouillées qui soient un obstacle à sa végétation. Mais la qualité du bois et la taille des arbres subissent naturellement l'influence de ces différents milieux. La plus belle épinette se trouve ordinairement sur les versants des collines à pente douce, dans les vallons de terre fraîche et riche, sur le bord des ravins qui coupent les versants des montagnes. Dans les épinettières, oii le sol est frais, même humide, sans être mouillé, les arbres sont de taille moyenne ; dans les terrains bas et marécageux, ils sont peties et poussent lentement.

L'adaptabilité caractéristique de l'épinette blanche à s'accommoder de toutes les situations et de tous les sols explique comment il se fait qu'en tant d'endroits elle occupe le terrain à l'exclusion de toute

autre végétation •forestière. Ainsi dans les endroits secs, mais oii le sol est trop mince ou trop rocheux pour faire croître les arbres à feuillage décidu, l'épinette, qui est moins exigeante, s'empare du terrain et le couvre exclusivement. Elle s'empare de la même façon des terrains bas et humides, impropres à la croissance des autres arbres qui ne peuvent pas vivre dans ces conditions. C'est pour la même raison que l'on trouve presque toujours l'épinette blanche seule sur les crêtes des falaises, dans les flancs de rochers escarpés, sur la cime des buttes, dans les fortes déclivités de terrain, sur les bords humides des lacs, c'està-dire dans tous les endroits où les autres arbres ne peuvent ni prendre racine ni vivre. Si, dans ces situations, l'épinette se trouve seule, forme exclusivement la végétation forestière, ce n'est pas parce que les conditions de sol et de situations sont particulièrement favorables à sa croissance, mais parce que étant moins exigeante que les autres espèces, elle s'accommode de ces milieux où les autres espèces ne peuvent pas vivre. L'existence de l'épinette dans ces conditions est le résultat de la possibilité, non de la sélection. C'est dans les terrains élevçs, propices à la croissance des autres arbres, que l'épinette blanche atteint les plus grandes dimensions et donne le plus beau bois. Mais ici elle se partage le terrain avec les autres espèces forestières et ne se rencontre jamais en massifs.

A l'exception de l'érable à sucre et du hêtre, l'épinette blanche est de tous les arbres de nos forêts celui qui supporte le mieux l'ombrage. Elle pousse

et vit à l'ombre, cachée aux rayons du soleil par Pépais feuillage des bois durs. Dans ces conditions, elle croît lentement, sa végétation est moins vigoureuse, mais la durée de son existence n'est pas abrégée. Dans les forêts de bois franc, on trouve souvent des épinettes de six pouces de diamètre dont les anneaux de croissance accusent un âge de loo à 150 ans. Les épinettes qui vivent ainsi à l'ombre des bois francs ont généralement la tête aplatie en forme de parapluie. Même quand ils sont vieux, les arbres que l'on débarrasse de l'ombrage qui a paralysé leur croissance, poussent et grossissent rapidement dès qu'ils viennent en contact direct avec les rayons du soleil. Si le rameau de tête ou le sommet de la tige principale a été cassé par le vent, la plus haute branche se redresse pour prendre sa place et la croissance marche à merveille. Mais cette recrudescence de végétation ne donne qu'un bois de qualité inférieure. La partie du tronc auparavant occupée par la tête touffue, durant la période d'ombrage, n'est qu'une masse de nœuds, et même dans ceux de ces arbres qui augmentent leur diamètre jusqu'à 24 pouces après avoir été exposés à l'action des rayons solaires, il est rare que l'on puisse trouver plus de deux billots de sciage.

Dans les '* épinettières pures", principalement dans les vallons unis, les arbres sont moins gros, mais plus longs, moins noueux et plus uniformes dans la moyenne de leurs dimensions. Recherchant à chance égale les rayons solaires, les arbres développent leur feuillage au sommet, formant ainsi un ombrage qui empêche les branches de se développer plus bas et

produisant des troncs sveltes, élancés, nets, qui donnent un bois de première qualité.

On trouve des épinettiers pures, ou des massifs composés exclusivement d'épinettes, sur les terrains élevés et riches, de même que dans les terres marécageuses et pauvres. L^existence de ces massifs dans des terrains élevés, riches, des plus propices à la croissance des autres arbres, notamment des bois francs, s'explique par le fait que Tépinette s'est emparée du sol en premier lieu et en a ensuite exclu toute autre végétation forestière.

Multiples sont les usages auxquels le bois de l'épinette blanche est adapté. Ce bois, fort élastique, plus dur que celui du pin, à grain comparativement fin, d'une blancheur remarquable, s'emploie pour la mâture et la construction des navires, la construction des quais, dans la charpenterie, la menuiserie, la tonnellerie, mais surtout dans les grandes industries du sciage, de la pulpe et du papier. Avec les racines et la souche, l'on faisait autrefois des courbes pour la construction des navires. Aujourd'hui l'on emploie encore ces courbes pour consolider les charpentes des moulins, des usines, des bateaux à vapeur et des goélettes.

Les madriers et les planches d'épinette sont en grande demande aux Indes Occidentales. En Angleterre, surtout à Birmingham et Manchester, on emploie beaucoup ce bois pour faire les boîtes d'emballage. Au Canada* on en fait aussi du bardeau, dans les localités où il n'y a ni cèdre ni pin.

L'épinette jaune, Tépinette grise, Tépinette bâtarde ne sont que des variétés de Tépinette blanche, dont elle ne diffèrent que par la couleur, différence qui est bien plus imaginaire que réelle. La différence dans la couleur de Técorce et la disposition du feuillage ne proviennent que d'une meilleure exposition au soleil. Ces variétés, d'ailleurs, ne croissent que dans les meilleurs situations, les meilleurs sols et presque exclusivement dans les parties les plus méridionales de la province. La variété grise est celle qui atteint les plus grandes dimensions — jusqu'à 40 pouces de diamètre, à trois pieds du sol. L'année dernière M. James Hamilton, l'un des inspecteurs de mesurage du ministère des terres et forêts, a mesuré dans la région de la rivière Squatteck, un peu à l'est du lac Témiscouata, un billot d'épinette de quatorze pieds de longueur et de trente-sept pouces de diamètre au petit bout.

C'est dans cette région, dans les riches et profonds terrains de l'âge silurien, que se trouve la plus belle et la plus grosse épinette blanche que j'ai vue dans la province. Vient ensuite l'épinette de la vallée de la rivière Chaudière, principalement celle des cantons Metgermette, Risborough et Marlow.

ÉPINETTE NOntE

Abies ntgrUy PoiR. — Picea nigra^ Link. — Pinus nigra^ Ait. — En France, Sapinette noire, Sapinette à la bière, Black Spruce, Double Spruce, Grey Spruce.

Les botanistes prétendent que l'épinette blanche et l'épinette noire sont deux variétés d'une même espèce. Elles occupent à peu près la même aire ; mais à mesure que l'on approche de la frontière nord de la province, Pépinette noire devient bien plus commune que la blanche et forme en beaucoup d'endroits 90^ de toute la végétation forestière. L'écorce de l'épinette noire est noire, unie, au lieu que celle de l'épinette blanche est rocailleuse et de couleur moins foncée. Croissant dans les savanes froides et sur les collines, c'est-à-dire dans les conditions les moins favorables, elle est plus petite de diamètre que l'épinette blanche. Elle pousse ordinairement en massifs denses, ou les rayons solaires ne pénètrent pas, ce qui nuit beaucoup au développement de son diamètre, qui varie de cinq à dix pouces chez les arbres adultes. Cet inconvénient a sa compensation : s'il nuit au développement de la grosseur du tronc, l'ombrage empêche aussi la pousse des branches, ce qui fait que l'épinette noire est bien moins noueuse que la blanche. En général, aussi, le tronc de l'épinette noire est plus droit, plus rond et mieux formé que celui de l'épinette blanche.

L'épinette noire donne un bois léger, très élastique et d'une force remarquable, mais qui se tourmente au point de le rendre impropre au sciage en planches et madriers d'une épaisseur uniforme. C'est un bon bois de charpente. Il fait de bonnes traverses de chemins de fer, qui résistent bien mieux à la pourriture et durent beaucoup plus longtemps que celles d'épinette blanche ; mais son usage par excellence,

c'est la fabrication de la pulpe ou des pâtes de bois. La fibre de Tépinette noire est plus fine, plus forte que celle de Tépinette blanche et rend une pulpe de qualité supérieure à celle de tous les autres bois.

Les rapports annuels du commissaire des terres constatent une augmentation marquée dans l'exploitation des forêts d'épinette. De 103,429,200 pieds superfi"ciels en 1890, la quantité d'épinette faite en billots de sciage a monté à 303,393,832 pieds en 1899, soit une augmentation de 199,964,632 pieds^ ou de 193.33 pour 100 en dix ans.

Avec le développement de la grande industrie de la pulpe, la disparition et la hausse dans le prix du pin, la consommation de l'épinette doublera d'ici à peu d'années et se chiffrera dans les 500,000,000 de pieds.

Pendant combien de temps nos forêts d'épinette pourront-elles suffire à cette consommation ?

Déduction faite des terrains dénudés par le feu, de ceux où la sévérité du climat ou la pauvreté du sol ne permettent pas la croissance des arbres susceptibles d'exploitation commerciale, le domaine forestier de l'Etat, sous licence pour la coupe du bois ou encore en disponibilité, est d'environ 107,467,520 acres. Il y a de l'épinette dans toute l'étendue de ces forêts et en moyenne cette essence peut donner au moins 2000 pieds superficiels de bois utilisable à l'acre, ce qui ferait 214,935,040,000 pieds pour tout le domaine de l'Etat. Cela pourrait fournir 500,000,000 de pieds par année durant près de 430 ans. A part cela, il y a l'appoint des forêts appartenant à des particuliers, lesquelles peuvent, au même taux, fournir 15,356,258,000 pieds.

SAPnr BAumER

Abies balsatnea, MiLL. — Abies balsamifera^ Michx. — Pinus balsamea^ Lamb. — Sapin double des Français, Sapin blanc, Sapin baumier, Baumier de Giléad, Sapin à boufl&es, Fir, Var, Balsam Fit, Sîlver Fine, Blister Fine, Faim, au Cap Breton.

Joli petit arbre de 20 à 30 pieds de hauteur, de 10 à 15 pouces de diamètre, à branches presque horizontales et formant une pyramide régulière, à écorce d'un vert foncé, lisse et parsemée de vésicules remplies d'une térébenthine ou gomme connue dans la pharmacie sous le nom de " Baume du Canada ". Ses cônes cylindriques et de couleur violacée ont de trois à quatre pouces de longueur.

Le baumier n'est guère particulier sur le choix des situations: il croît dans les terrains humides et les savanes, dans les montagnes, sur le roc presque nu, sur les coteaux et les buttes graveleuses. C'est dans les terrains bas et frais qu'il atteint les plus grandes dimensions. Sur les buttes et les coteaux graveleux, il est généralement petit, les branches recouvent le tronc jusqu'au sol et il forme des taillis tellement épais qu'il est pratiquement impossible d'y pénétrer. C'est un arbre très rustique, dont l'aire dépasse au nord les limites de la province et atteint la baie d'Ungava, dans le Labrador.

Le bois du sapin baumier a les mêmes qualités et les mêmes usages que celui d'Amérique, mais il est un peu plus blanc et moins sujet au " rouge dans

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le cœur '\ Ce sapin fournit aussi la gomme connue en pharmacie sous le nom de " baume du Canada '' et dont les Sauvages se servent pour ** gommer " les coutures ou les joints de leurs canots d'écorce.

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