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L'aire du meririer blanc n'excède guère le 49e degré de latitude ; mais jusqu’à cette limite, il atteint les dimensions d’un arbre de première grandeur. Dans la région des rivières Manigouche et Epiphane, une soixantaine de milles au nord du lac St-Jean, M. Gus. Langelier en a vu qui mesuraient jusqu’à deux pieds de diamètre.
Comme le bouleau, le merisier blanc est un arbre un peu cosmopolite, qui s’accommode de presque tous les sols et de toutes les situations, excepté les savanes mouillées, où il ne parvient qu’à la taille d’arbuste et où les arbres de plus grandes dimensions sont presque toujours creux et pourris jusqu’à l’aubier. Ses longues et nombreuses racines, qui se ramifient chacune en un réseau de rejetons atteignant jusqu'à viugt pieds et plus de longueur, lui permettent de s'implanter dans les sols pauvres, minces, rocheux, même sur les cailloux et les blocs erratiques, d’où ses multiples racines descendent pour aller puiser dans le sol les substances dont l’arbre a besoin pour se nourrir. Il croît aussi dans les souches creuses, sur les troncs en décomposition des arbres renversés. L'ombrage n'empêche pas sa croissance, maïs la retarde beaucoup: c’est dans les clairières qu’il se développe avec la plus grande rapidité, surtout quand il a l’avantage d’une exposition au soleil du midi. C’est aussi dans les clair'ères qu’il se trouve en bosquets ou en massifs; partout ailleurs il pousse isolé, mêlé à d’autres arbres. Les bois humides, les vallons eutourés de hauteurs, les platières et les pointes d’alluvion formées par les méandres des rivières sont les
terrains où il atteint les plus grandes dimensions. Dans ces situations, on trouve souvent des arbres de 90 à 100 pieds de hauteur et de quatre à cinq de diamètre, En général, ses dimensions varient entre 60 et 70 pieds de hauteur et 15 à 30 pouces de diamètre. Dans les forêts denses, où l’ombrage des autres arbres l'empêche de développer des branches latérales, il pousse plus long, plus droit, plus svelte, le tronc est généralement exempt de nœuds et la tête ne se compose pour ainsi dire que d’un bouquet de feuillage. (C'est dans les plateaux et les côteaux de bois francs, dans les riches alluvions de pointes de rivières, mêlé à l'’orme et au gros sapin, que se trouve le merisier blanc du commerce.
Les Cantons de l’Est, surtout ceux de la région d’Arthabaska, en ont fourni d'immenses quantités au commerce depuis l’ouverture du Grand Tronc et c’est de cette région que venait le plus beau merisier; mais le bois de premier choix est à peu près épuisé dans ces localités. Depuis l'ouverture du Québec Central, la Beauce a fourni et fournit encore son large contingent ; mais le bois est de qualité moyenne, au moins pour ce qui regarde les dimensions. La région traversée par le chemin de fer du lac St-Jean, jusqu'aux environs de la rivière à Pierre, le chemin de fer le Grand Nord, jusqu’à St-Paulin, renferme aussi beaucoup de merisier, généralement de qualité médiocre, dont la plus grande partie est employée à faire du bois de chauffage. Il se fait aussi beaucoup de merisier, en bois de chauffage et en bois d'exportation, dans la région traversée par l’embranchement du
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Pacifique, entre St-Jérôme et Labelle. Au delà de cette dernière localité et dans tous les cantons du haut du comté d'Ottawa, le merisier blanc abonde et c’est là que se trouve le plus beau bois de cette espèce. Le prolongement du chemin de fer de Labelle au Rapide de l’Orignal traversera une contrée qui peut en fournir des quantités pratiquement illimitées.
Le bois de cette espèce de merisier est blanc, solide, compacte, à grain fin et très fort. (Celui des arbres de moyenne grosseur et d’un âge moyen est très élastique, ploie en se fendillant et s’échiffant, avant de casser sous une forte pression. Passé à la vapeur et pressé dans des moules, ce bois est susceptible de prendre et de conserver toutes les formes, comme l’orme et le frêne blanc. Ces qualités le font rechercher par les carrossiers et les charrons, qui en fabriquent des baculs, des patins de sleigh, des timons, pour les voitures fines, des patins, des limons pour les grosses voitures d’hiver, des brancards, des ridelles et des essieux pour les charrettes, enfin toutes les pièces exigeant de la force et de l’élasticité. On l’emploie aussi dans les moulins et les manufactures pour faire des pièces de machines et les charpentes spéciales sur lesquelles on fixe les machines. Les constructeurs, ici et en Ecosse, l’employaient autrefois dans les basses œuvres des navires en bois. C’est un bois recherchéet d’usages multiples pour les tourneurs. I] occupe le premier rang dans la meublerie et c’est le bois par excellence pour fabriquer les ustensiles de laiterie— notamment les malaxeurs et les barattes—vu qu’il ne communique aucun goût au beurre. Les fabricants
d'instruments aratoires s’en servent pour faire toutes les pièces exigeant de la force et de la résistance, les charpentes des manèges ( Æorse-powers ) et des batteuses, les perches et les mancherons de charrues, les cadres de herses, les brancards et les essieux de râteaux, les limons et les baculs des faucheuses et des moissonneuses, les chariots sur lesquels sont installées les presses à foin. Avec la tige des jeunes arbres, on fait des cercles pour la tonnellerie.
Les usages du merisier blanc sont multiples et cet arbre est incontestablement l’un des plus utiles comme des plus précieux de nos forêts.