Payer : Organographie végétale
contact avec la terre humide de jeunes racines, qui grandissent rapidement, s'enfoncent dans cette terre humide et fournissent à ces branches toutes les substances dont elles ont besoin pour végéter ; des lors leur vie est assurée et, quand la base qui les unissait à la tige vient à se détruire, elles forment à côté de la plante-mère comme autant de petites colonies.
Ces branches, qui sont d'abord attachées à la tige et qui en deviennent ensuite indépendantes par suite de la production de racines adventives, qui leur fournissent tous les sucs dont elles ont besoin, constituent ce qu'on appelle des marcottes » .
« Il n'y a qu'un petit nombre de plantes dans lesquelles les branches se marcottent ainsi naturellement, parce qu'il n'y a qu'un petit nombre de plantes dans lesquelles les branches rampent sur le sol. Mais les jardiniers, en étudiant le marcottage naturel du fraisier et les circonstances dans lesquelles il se produit, ont pu imiter la nature et marcotter des plantes qui ne l'eussent jamais été sans leur secours. »
Les arbres fruitiers qui sont le plus souvent multipliés par le marcottage sont : la vigne, le
cognassier, le groseillier, les pommiers doucin et paradis, le figuier.
Le marcottage se pratique au printemps, en avril et en mai.
Selon que les espèces soumises à ce traitement émettent facilement ou difficilement des racines, selon aussi la manière d'être des branches, le marcottage est simple ou compliqué.
Dans le marcottage simple ou en archet, le
Fig. 24. — Marcottage simple.
rameau marcotte est incliné jusqu'au sol à 3 ou 4 centimètres de profondeur, arqué légèrement, puis redressé hors de terre et taillé à 2 yeux sur cette partie qui émerge (fig. 24).
Sur la partie du rameau marcotte comprise entre son point d'attache au pied générateur et
l'endroit où il disparaît dans le sol, les yeux ou bourgeons sont soigneusement enlevés (fig. 25).
Au bout d'un an la marcotte est enracinée ; on peut la détacher de son pied-mère, « la sevrer » , comme disent les jardiniers, puis l'arracher pour la mettre en places.
La vigne surtout, le cognassier et le groseillier sont marcottés ainsi.
Fig. 25. — Marcottage. Les yeux situés sur la partie b doivent être enlevés.
La marcotte en panier ou en pot est la marcotte en archet, passant dans un panier d'osier ou un pot enterrés et pleins de terre. L'émission des racines ayant lieu dans ces récipients, la transplantation de la marcotte peut se faire sans que ces racines souffrent de l'arrachage ou des influences atmosphériques.
Ces sortes de marcottes se plantent avec leur panier préalablement éventré. Les marcottes en pots se plantent sans leur pot, mais celui-ci n'est enlevé qu'au moment même de la plantation.
La vigne et le figuier sont marcottés de cette façon.
Quand on veut, à l'aide d'un seul et long sarment de vigne, obtenir plusieurs individus, on incline le sarment et le couche au fond d'une rigole profonde de 8 à 10 centimètres.
A partir du point où il touche terre jusqu'à son extrémité, il est maintenu dans une position horizontale au moyen de morceaux d'osier plies en deux et piqués sur lui, à cheval, de distance en distance. Les yeux de la partie descendante du sarment sont enlevés.
Au printemps, quand les jeunes rameaux commencent à paraître, on laisse tomber un peu de terre au fond de la rigole; quand ces rameaux ont dépassé le niveau du sol, la rigole est définitivement comblée. Au printemps suivant, la marcotte sevrée procure autant d'individus que de rameaux développés; il suffit de séparer ces rameaux les uns des autres par quelques coups de sécateur.
Cette variété du marcottage s'appelle le marcottage chinois (fig. 26).
Le marcottage « en cépée » diffère totalement des précédents, quant à la pratique du moins. Ici
Fig. 26. ■ — Marcottage chinois.
déjà les pieds générateurs sont spécialement et exclusivement traités dans le but de la production des marcottes. Ces pieds s'appellent des cépées.
Une cépée de cognassier, par exemple (fig. 27), est un individu maintenu court, recépé à 1 5 ou 20 centim. au-dessus du sol, puis butté de terre, que l'on maintient aussi ^fraîche que possible.
Bellaik. Les Arbres fruitiers. 4
La cépée de cognassier émet bientôt des rameaux qui, traversant la butte, s'élèvent au-dessus d'elle. En même temps qu'ils s'allongent, ces rameaux s'enracinent par la base ; ils constituent donc de véritables marcottes. Ces marcottes, l'année suivante, sont détachées du pied-mère qui, débutté,
Fig. 27. — Cépée de cognassier.
est laissé au repos pendant un an. On ne traite une cépée que tous les deux ans.
Avec le cognassier, les pommiers paradis et doucin sont multipliés par le marcottage en cépée.
Quelquefois, la partie enterrée des marcottes simples est incisée, écorcée, tordue, étranglée à l'aide d'un fil de fer serré à la pince, on fendue, etc.
Ces différentes opérations ont pour objet de hâter l'émission des racines.
Greffage. — Le greffage est une opération par laquelle un rameau détaché d'un arbre est placé sur un autre arbre dans des conditions telles qu'il puisse y croître en se nourrissant de la sève de ce dernier.
Le rameau ainsi traité s'appelle greffon, l'arbre qui le nourrit est le sujet, l'ensemble, arbre et greffon juxtaposés, constituent la greffe.
Le but du greffage appliqué à l'arboriculture fruitière n'est pas seulement de multiplier les individus, c'est encore de conserver les variétés acquises. Nos anciens poiriers, Bon chrétien, Doyenné d'hiver, Crassane, ne doivent qu'à la greffe de s'être conservés jusqu'à nous intacts avec tous leurs caractères. Le bouturage, le marcottage nous ont rendu le même service à l'égard des variétés de cognassier, vigne, groseillier, etc. Ce phénomène : la transmission exacte des caractères du générateur au descendant est un des grands avantages de ces procédés artificiels de reproduction dans lesquels les sexes n'apportent pas leur élément étranger. C'est aussi une propriété du greffage de hâter la mise à fruit du greffon.
En outre, on peut s'en servir pour substituer,
çm
sans déplantation ni arrachage, un bon arbre à un mauvais et aussi pour former une branche là où elle manque.
Les conditions de réussite du greffage sont les suivantes :
1° Les deux individus sujet et greffon doivent avoir entre eux un certain degré de parenté ; ils seront de la même famille (poirier et cognassier), ou du même genre (cerisier commun et cerisier Sainte-Lucie).
2° Les couches génératrices du greffon et du sujet seront, lors de l'opération, mises en contact aussi intime que possible. C'est par ces couches et par elles seules que se fait la soudure entre les deux individus.
3° Les plaies du greffon et du sujet seront abritées du contact de l'air.
4° L'opération sera vivement faite.
Pour abriter les plaies de l'action de l'air et augmenter le contact entre le sujet et le greffon, on se sert de cire à greffer. La plus employée est composée de la manière suivante :
Faites fondre, enlesremuantpourles mélanger:
Poix blanche 50 parties.
Poix noire 12 —
Résine 12 —
Cire jaune 10 —
Suif 6 —
Laissez refroidir. — Pour employer, faites fondre sur un feu doux, étendez à l'aide d'une spatule de bois.
En mélangeant sur un feu doux 500 grammes de résine demi-liquide et 180 grammes d'alcool, on obtient un mastic qui peut s'employer à l'état froid, mais on doit le conserver dans un flacon bien bouché.
Les liens usités sont la laine, le coton, le raphia, pour les greffes délicates telles que récussonnage; le chanvre, l'écorce de tilleul, l'osier refendu pour les greffes plus volumineuses.
Deux époques sont particulièrement propices pour la réussite du greffage : ce sont latin de l'été et le printemps. Les greffes faites à la première époque sont dites à ce il dormant, parce qu'elles ne végètent pas de suite. Les greffes pratiquées au printemps s'appellent des greffes à œil poussant, parce qu'elles se développent presque immédiatement.
Bellaih. Les Arbres /initier.*. i.
Tantôt le greffon est un rameau {greffe par scion), tantôt c'est un œil muni d'un lambeau d'écorce [greffe par bourgeon).
Fig. 28. — Greffe par approche. La figure de droite montre les entailles pratiquées sur le sujet et sur le greffon, celle de gauche la greffe terminée.
Voici les genres de greffes les plus usitées en arboriculture fruitière :
La greffe en approche (fig. 28), s'emploie pour
établir des branches sur certaines parties des arbres où elles font défaut.
La greffe en approche est à la greffe ordinaire ce que la marcotte est à la bouture. En effet, le rameau greffon ici n'est pas détaché, il est simplement incisé, puis approché et appliqué par sa plaie sur une plaie semblable et égale faite à l'endroit où l'on veut établir une ramification, une branche. Les parties sont maintenues embrassées par une ligature à spires rapprochées.
La greffe en approche se pratique d'avril à septembre et plus particulièrement en juin et juillet. Le rameau greffon n'est sevré qu'au bout d'un an ou deux ou davantage.
On emploie assez souvent cette greffe en juinjuillet pour établir des branches fruitières sur les parties dénudées du poirier ou du pêcher. Il est important, quand l'on opère sur ce dernier arbre, d'entailler le rameau greffon jusqu'à l'étui de la moelle, sans quoi la soudure n'est pas parfaite ni solide.
La greffe en fente se pratique sur un sujet ou une branche que l'on a coupée selon une section transversale. Le greffon libre, cette fois, est cons-
titué par un fragment de rameau âgé d'un an et portant 2 ou 3 yeux bien constitués (fig. 29).
Ces rameaux proviendront d'arbres
sains et robustes.
Si les greffes doivent être faites en avril, et c'est le plus souvent pendant ce mois qu'on les pratique, les rameaux greffons devront être coupés dès le mois de décembre, liés en bottes et étiquetés ; on les H 1 pique en terre au pied d'un mur, à l'exposition du Nord, et les conserve ainsi jusqu'à l'époque du greffage. Cette précaution est fort importante ; elle procure des greffons beaucoup plus robustes à la sécheresse que ceux qu'on pourrait cueillir au moment du greffage. Les yeax de ceux-ci, aux écailles déjà écartées, au tissu déjà gonflé de sève nouvelle, sont très sensibles à la chaleur des premières insolations du printemps.
Pour pratiquer la greffe en fente, le sujet est étêté selon une section horizontale, puis fendu de haut en bas et selon une ligne passant par son axe.
Fig. 23.
Greffe en fente
Pendant que les parties fendues sont maintenues écartées à l'aide d'un coin de bois, l'opérateur taille son greffon ; celui-ci a environ 10 centimètres et porte deux yeux; il sera aminci en lame de couteau à partir du second œil et de haut en bas, c'est-à-dire à peu près à partir de son milieu. Ainsi taillé, le greffon est introduit dans la partie fendue du sujet, la base exactement située sur la ligne de circonférence de l'écorce, le sommet légèrement incliné vers le centre, pour qu'il y ait plus certainement contact entre les couches génératrices des deux individus.
Quand les parties fendues du sujet serrent le greffon avec assez de force, on ne ligature pas, bien que la ligature préserve quand même le greffon. 11 est important, en tous les cas, d'engluer avec le mastic à greffer toutes les parties de la greffe mises à vif (fig. 30).
Quand le sujet a un diamètre assez considérable, 5 à 6 centimètres, il est fendu selon son diamètre et deux greffons sont insérés à l'opposé
Fig. 30.
Greffe engluée
l'un de l'autre : c'est la greffe en fente double (fig. 31) ; le premier procédé est la greffe en fente simple (fig. 32).
Les greffons étant facilement rompus, surtout par les oiseaux, bien qu'on les entoure d'osiers arqués et formant perchoir pour les préserver davantage, on a imaginé de commencer la taille du biseau non plus au-dessous, mais au-dessus du second œil, de manière que celui-ci soit encastré dans le sujet (fig. 32). De cette façon, le greffon,
Fig 31. — Greffe en fente double. Fig. 32. — Greffe en fente simple
avec œil encastré. 1
s'il est brisé, se rompant nécessairement au-dessus de cet œil encastré, la greffe, malgré l'accident,
peut être sauvée. Le poirier, le pommier, le cerisier, le prunier, sont des arbres qui se greffent en fente.
La greffe en couronné ne diffère de la greffe en fente que par le mode de taille et d'insertion du greffon; celui-ci a les mêmes proportions, mais il est taillé en long biseau, d'un seul côté, du côté' opposé à l'œil inférieur et à partir de son niveau (tig. 33).
Quant au sujet, il est généralement volumineux; c'est pour cela qu'on ne le greffe pas en fente.
Après l'avoir étêté selon une section transversale, en glissant une spatule de bois dur ou d'ivoire entre l'écorce et le bois, on prépare les logements des greffons ; ceux-ci sont glissés, enfoncés dans ces logements, jusqu'au niveau de leur œil inférieur ; s'il le faut, on fend l'écorce du sujet pour faciliter la pénétration des greffons. Après l'opération, il est urgent de lier solidement et d'engluer.
La quantité de greffons posés sur le même sujet
Fij. 33. Greffe en couronne.
varie avec le diamètre de celui-ci. Sur une tige de v 40 centimètres de circonférence, on peut poser quatre greffons; toutes leurs pousses ne sont, d'ailleurs, pas conservées, mais leur bourrelet contribue à recouvrir plus vite la grande plaie du sujet.
Les essences citées qui se greffent en fente se greffent aussi en couronne ; la préférence entre ces deux genres de greffe dépend surtout du volume des sujets.
Dans la greffe en esquille ou greffe anglaise, il est préférable que greffon et sujet aient le même diamètre, un diamètre assez petit même.
Le sujet, au point de greffe, est taillé en biseau allongé. Par la pensée, divisez la longueur de ce biseau en trois parties égales ; puis, à partir de la première division supérieure, fendez le biseau jusqu'à la seconde en soulevant une esquille de bois. Le greffon étant taillé, lui aussi, en biseau semblable et égal, partagez encore, par la pensée, la hauteur du biseau en trois et, à partir de la première division inférieure, fen dez le greffon jusqu'à la division suivante, pour produire une esquille de bois en tout semblable à
celle du sujet (fig. 34); ensuite, approchez le greffon, glissez son esquille sous celle du sujet,
Fig. 34 — (Vigne). Greffe eu esquille sur sujet bouture Les deux figures de gauche représentent le greffon et le sujet préparés, prêts à être accolés. La figure de droite est la greffe terminée.
faites bien coïncider les plaies et surtout les couches génératrices, ligaturez solidement. La greffe est faite (fig. 34).
Bellair. Les Arbres fruitiers. b
L'engluement n'est nécessaire que quand le greffon est d'un diamètre inférieure celui du sujet; comme alors on ne fait coïncider qu'un seul bord de l'écorce du greffon avec le bord correspondant du sujet, il reste nécessairement une portion de la plaie de celui-ci à vif; on l'enduit de mastic.
Ce procédé était d'abord exclusivement employé pour multiplier la vigne, mais on l'a adopté à la multiplication du pommier, du poirier, du prunier et même du pêcher.
Quand il s'agit de la vigne, on greffe souvent sur un rameau non enraciné, lequel, avec son greffon, est traité plus tard comme une bouture ; de là le nom de greffe bouture (fig. 34).
La greffe en écusson appartient à la catégorie des greffes par bourgeon, dans lesquelles le greffon est composé d'un seul œil porté sur un lambeau d'écorce.
La greffe en écusson se pratique aussi à œil poussant ou dormant ; à œil poussant, surtout pour multiplier le châtaignier, le mûrier, le noyer; à œil dormant, pour multiplier les pécher, poirier, pommier, cerisier, prunier, etc.
Disons de suite que ce dernier système est le
meilleur; il se pratique de juillet au 15 septembre, dans l'ordre suivant : pommier sur paradis, prunier, poirier sur franc, poirier sur cognassier, pêcher sur amandier. Les amandiers sont greffés les derniers, parce qu'ils végètent très tard; si on les écussonnait plus tôt, l'œil pourrait se déve-
Fig. 35. — Greffe en écussoa. a, sujet portant incisions en T. b, écusson vu de profil, c, écusson vidé et mauvais, rf, écusson levé avec un peu de bois, e, sujet dont l'écorce est levée pour l'insertion de l'écusson.
lopper ou être « noyé », c'est-à-dire périr par excès de sève.
Si l'on écussonne au printemps, les yeux employés se prennent sur des rameaux de l'année précédente coupés et conservés comme pour être greffés en fente.
Si l'écussonnage se pratique de juillet à septembre, il est choisi des yeux sur la partie moyenne d'un rameau de l'année. C'est là qu'ils sont le mieux constitués. A cet effet, on coupe le rameau et on supprime les feuilles en les sectionnant sur le pétiole à 1 cent. 1/2 de l'œil qu'elles accompagnent (fig. 35).
La tige, ou la partie du sujet sur laquelle on écussonne, ne doit pas être trop volumineuse ni trop vieille (deux à trois ans), pour que le soulèvement de l'écorce soit facile.
Le point de greffe est choisi, selon le besoin; sur les jeunes sujets de pépinières destinés à la formation des « basses tiges », franc, cognassier, amandier, etc.; il est à peu de distance du sol (12 à 15 centimètres) et en un endroit lisse et sain de l'écorce. En ce point, il est fait, à l'aide du greffoir, une incision transversale, puis une autre verticale formant, avec la première, un T. Les bords verticaux de l'écorce sont soulevés à l'aide de la spatule du greffoir, pour former une sorte de logement de l'écusson (fig. 35, e).
Celui-ci est enlevé de la façon suivante : soit le rameau préparé comme il vient d'être dit : un œil
étant choisi, vous incisez transversalement l'écorce à un centimètre au-dessus de cet œil; puis, tenant le rameau de la main gauche, le pouce en dessus et contre l'œil, l'index en dessous, à partir de cette incision, vous glissez la lame du greffoir horizontalement sous l'écorce; votre outil passe sous l'œil, en suivant les ondulations du bois, et vient sortir à un centimètre au-dessous de l'œil. Celui-ci alors est saisi par le pétiole; son lairneau ou écusson d'écorce ne doit pas être trop épais ni « vidé » (fig. 35, c) ; il pourrait, dans les deux cas, en résulter un insuccès.
Glissez cet écusson tout entier sous les écorces du sujet, puis ligaturez ferme, en commençant par le haut et vous servant de laine ou de raphia.
Si la sève est abondante, la ligature sera plus serrée au-dessous de l'œil ; si elle paraît rare, on serrera davantage au-dessus.
Le pétiole, qui émerge entre les deux lèvres de la plaie du sujet, est un précieux indice du succès de l'opération ; si, au bout de quelques jours, il se
Fig. 30.
Greffe en sifflet.
détache facilement, l'écusson est soudé; si, au contraire, il résiste et se dessèche, l'opération est presque certainement manquée.
L'année suivante, l'écusson se développe; on enlève à son profit toutes les autres pousses du sujet, puis on rabat la tige de ce dernier par une coupe faite à quelques centimètres de l'écusson. Cette partie, qui sert à accoler la jeune pousse au moyen de liens, est appelée Y onglet (fig. 38 c); il sera retranché en B à la fin de l'année.
La greffe en sifflet s'emploie fort peu, sauf pour multiplier le noyer, le figuier et le châtaignier. Elle consiste à enlever un anneau d'écorce sur un point du sujet et à le remplacer par un autre anneau de même diamètre, Vanneau greffon, qui porte un œil (fig. 36). L'anneau est enlevé avec la spatule du greffoir, après avoir été découpé dans l'écorce au moyen de deux incisions transversales parallèles reliées par une incision verticale). On ligature.
On pratique aussi, dans les jardins fruitiers, la greffe des boutons à fruit ; mais cette fois, ce n'est pas dans le but de multiplier les individus, c'est pour décharger un arbre trop garni de boutons,
qu'il ne saurait nourrir tous. Ces boutons sont levés comme des écussons (fig. 37) et inoculés sur des arbres vigoureux, mais infertiles, par les procédés
Fig. 37. — Greffes de boutons à fruit.
de l'écussonnage, sauf que l'incision du sujet est en + au lieu d'être en T (fig. 37).
Le greffage des boutons à fruit se pratique en août.
•Xi
Art. III. — Plantation.
Planter, c'est placer un arbre en terre de telle façon qu'il y croisse et y fructifie.
La plantation ne suppose pas seulement une opération mécanique, elle suppose encore le choix de certains arbres greffés sur certains sujets présentant certaines conditions d'âge, de santé et de force.
V époque de la plantation est celle à laquelle les arbres peuvent supporter cette opération en ne subissant qu'un minimum de fatigue; c'est l'automne, et particulièrement le mois de novembre. Cependant, dans les régions du nord et en terres froides submergées pendant l'hiver, il est préférable de ne planter qu'après les froids, en février et mars.
Dans les terres sèches, légères, il sera urgent de planter avant l'hiver, ce qui permet généralement de tailler la première année.
Le choix des arbres se fera, autant que possible, chez un pépiniériste dont le sol est reconnu pour être sain et fertile. C'est le princiscion d'un an. i moyen d'avoir des sujets vigou-
a, écuFBoncléveloppé. r J
c onglet. reux et bien portants.
d, sujet. . ., f
En outre, ces sujets auront 1 ecorce lisse et saine, les yeux apparents et peu espacés, les racines bien ramifiées.
Vâge du sujet dépend de ce qu'on en veut faire. Pour planter au jardin fruitier proprement dit, il
Fig. 38.
est préférable d'adopter le « scion d'un an » (fig. 38), arbre dont la tige écusson, bien garnie d'yeux, est âgée d'un an seulement et peut servir à produire n'importe quelle forme.
Le poirier plein vent ou de verger se plante plus tard, quand il a sept ou huit ans, c'est-à-dire quand son tronc et ses premières ramifications sont bien établies (fig. 39).
Les arbres, quels qu'ils soient, doivent toujours posséder la presque totalité de leurs racines, mais on conçoit que cette presque totalité est bien plus facile à conserver à un jeune arbre qu'à sf'^^T' un arbre de sept, huit, neuf /•'></. •*». — Poirier P iem vent
âgé de 7 ou 8 ans.
ou dix ans, parce que la déplantation de ce dernier souffre beaucoup plus de difficultés. C'est en partie pour cela que nous recommandons, au jardin fruitier proprement dit, la plantation exclusive de scions d'un an. Nous
Bellair. Les Arbres fruitiers. 5.
trouvons que trop souvent les arbres plus âgés sont dénués d'une telle proportion de leurs racines que la lenteur de leur première végétation fait perdre le bénéfice de leur âge.
Sur quels sujets les espèces seront-elles greffées? Cette question est aussi très importante, car tel arbre , le poirier, par exemple , greffé sur cognassier, végétera bien dans une terre fraîche, argileuse, alors qu'il languira dans un sol siliceux. Pour ne pas nous répéter nous traiterons une fois pour toutes cette question du choix des arbres par rapport aux sujets « porte-greffe » dans les chapitres spéciaux à chaque essence.
Avant de planter, le jardinier « habille » les arbres.
U habillage est cette opération qui consiste à retrancher sur les arbres surtout les parties brisées ou contusionnées des branches et des racines, pour substituer aux plaies dangereuses d'autres plaies saines et guérissables. Ces amputations sont faites à la serpette et « en dessous » sur les racines, c'est-à-dire de façon que les plaies produites reposent à plat sur le sol quand l'arbre sera planté.
Il est bon aussi d'établir une certaine symétrie entre les racines et la forme que présentera l'arbre. Si celui-ci doit avoir une forme pyramidale, le raccourcissement radical du pivot est nécessaire. S'il doit avoir une forme à symétrie bilatérale : palmettes diverses, les racines qui ne sont pas appelées à correspondre immédiatement aux branches qu'on veut établir seront plus sévèrement raccourcies que les autres.
Si, à la réception des arbres, on ne veut ou ne peut pas les planter de suite, il faut les enjauger, c'est-à-dire les placer provisoirement par les racines et ensemble dans de petites fosses appelées jauges.
Dans la pratique de la plantation, on suppose le terrain ameubli comme nous avons indiqué, puis jalonné, c'est-à-dire marqué de place en place pour l'occupation des arbres.
A chaque place, on ouvre un trou assez grand et profond pour contenir, sans les forcer à plier, les racines de l'arbre ; le milieu de ce trou est occupé par de la terre amassée en butte. C'est sur cette butte que l'arbre est posé ; ses racines, régulièrement écartées, sont autour de l'axe (fig. 40).
La profondeur ne doit pas être trop considé-
rable. Le plus simple est de placer la première couronne de racines à 5 ou 6 centimètres du niveau du sol en terre fraîche, et à 8 ou 10 centimètres en terre sèche. En tous les cas, jamais le « bourrelet » de la greffe ne doit être enterré ; il pourrait
Fig. 40. — Pratique de la plantation.
en résulter l'affranchissement du greffon par émission de racines adventives, comme dans le marcottage, et cet affranchissement est presque toujours préjudiciable à la qualité des fruits.
En espalier, les scions d'un an sont disposés à
10 centimètres du mur, pour que le grossissement de la tige ne soit pas empêché. En plein air, les arbres sont orientés de manière à présenter la partie faible de leur ramure à l'exposition du midi.
Immédiatement en contact avec les plus jeunes racines, il est jeté un peu de terreau, dans lequel elles se développent plus promptement et plus facilement. Cette opération s'appelle amorcer; puis on jette la terre extraite, la plus fine, que l'on fait pénétrer avec la main entre les fortes racines, pour qu'il n'y ait point de vides. Enfin, le trou est comblé et un peu affaîté, pour compenser le tassement du sol.
Après la plantation, le sol ne sera pas tassé par un piétinement qui aurait pour résultat de briser certaines racines. L'arbre ne sera pas non plus immédiatement palissé ; un palissage trop prompt l'empêcherait de suivre la terre dans le mouvement de retrait que provoque un tassement naturel et lent.
Au printemps, le sol, au pied des arbres, est garni d'un paillis (fumier demi-décomposé) assez épais, qui maintiendra dans le voisinage des racines une humidité bienfaisante.
Art. IV. — Taille et direction des arbres.
QU'EST-CE QOE TAILLER ET POIRUIOI TAILI.E-T-ON ?
Tailler, c'est retrancher à un arbre, certains organes, certaines portions, pour obtenir certains résultats.
On taille les arbres pour leur faire prendre une forme qui soit favorable à leur culture sur les surfaces morales ou autrement, et propice à l'action de la lumière, de la chaleur, de l'air, sur leurs parties aériennes.
Mais, en définitive, la forme, l'éclairage, l'aérage, l'insolation, ne sont que des moyens (pie nous utilisons pour atteindre le but final et unique : la fructification, le fruit.
Toute la taille des arbres roule sur les faits suivants :
1° Sur une branche, une jeune tige d'arbre, l'extrémité seule, la partie terminale est l'objet d'une végétation véritablement active et apparente, qui se manifeste par la transformation des organes préexistants en organes nouveaux plus considé-
rables (transformation des « yeux » ou bourgeon? en rameaux). Pour cette raison, on a appelé cette partie terminale des tiges et des branches leur sommet végétatif.
2° Les organes (yeux, rameaux), qui sont situés à une trop grande distance du sommet végétatif de leur branche ou tige génératrice, restent inertes, s'atrophient et disparaissent. (Comparez les yeux tout petits de l'extrême base d'un long rameau de poirier aux yeux bien plus volumineux de son sommet.)
3° 11 est possible quand même de provoquer l'accroissement de ces organes basifuges en anéantissant le sommet végétatif normal et en rétablissant un sommet végétatif ar- végétatif artificiel
../» • i j î ■ . r établi par la taille en h.
tinciel dans leur voisinage, par une taille faite au-dessus d'eux. Exemple : sur le jeune scion (fig-. 41), pour faire développer en branches les yeux a de sa base, nous amputerons la tige au-dessus de ces organes, en h, qui devient le nouveau sommet végétatif.
Pour ces raisons, le point de taille doit toujours être un organe quelconque : un œil, un bouton, un rameau. On coupe au-dessus et tout près de cet œil, de ce bouton, de ce rameau.
Il est essentiel aussi que la plaie présente une surface oblique, inclinée du côté opposé à l'organe qui a servi de point de taille.
Il y a DEUX SORTES DE TAILLE :
1° Taille hivernale. — La taille hivernale, qui s'applique pendant la période comprise entre la chute des feuilles et leur réapparition (de novembre en avril-mai).
Dans le Midi, on peut indifféremment tailler au commencement ou à la fin de cette période. Sous le climat de Paris, il est préférable de ne tailler qu'après les grands froids.
2° Taille estivale. — La /aille estivale, dont les différentes opérations sont mises en œuvre pendant toute la végétation active des arbres (de mai en octobre) .
Toutes les pratiques de ces deux sortes de taille ne procèdent pas nécessairement par des ablations;
il y en a qui, comme le dressage, le palissage, les incisions, les entailles, Yarcure, ne soustraient rien aux arbres ; elles ne sont que des opérations complémentaires de la taille.
Voici les différentes opérations :
Opérations de la taille d'hiver. — Ce sont les suivantes :
1° Vémondage : c'est l'enlèvement des bois morts, et par extension celui des mousses qui revêtent souvent les troncs d'arbres.
2° Uélagage : il a pour but la suppression de branches mal placées, mal conformées, exerçant sur les autres ou sur la symétrie de l'arbre en plein vent une action nuisible. Le mieux est d'enlever ces branches quand elles sont jeunes, on évite ainsi les larges plaies.
3° Vécimage : c'est la suppression de la partie extraterminale d'un rameau, d'une branche ou d'une tige pour obtenir une ramification au point de taille.
4° Le rabattage est bien plus radical ; il consiste à couper la branche près de son attache ou la tige d'un arbre près du sol. Dans le jardin fruitier pro-
Wm
prement dit, la première taille qu'on inflige aux jeunes sujets, pour les former, est un rabattage.
5°, 6°, 7° Le rapprochement, le ravalement, le recêpage ne s'appliquent qu'à des arbres déjà âgés et, de la manière que l'on comprend ces opérations, il ne saurait en être autrement.
En effet : rapprocher, c'est tailler en pratiquant la coupe sur du bois de deux ans, c'est-à-dire bien au-dessous d'où l'on taille habituellement.
Ravaler, c'est tniller plus sévèrement encore, en supprimant des parties âgées de trois, quatre ans ou plus.
Enfin roeéper, c'est amputer le tronc de l'arbre en taillant à une faible distance du sol. Comme on peut le constater, le recépage et le rabattage ont beaucoup d'analogie ; ils signifient tous deux la suppression, la coupe de la tige près du sol, mais tandis que, quand il s'agit d'une tige d'un an, on dit qu'elle est rabattue, quand il s'agit d'une tige plus âgée d'un arbre formé, on dit qu'elle est recépée.
Ces trois opérations : le rapprochement, le ravalement, le recépage ne s'appliquent qu'aux arbres dont on veut anéantir, pour la mieux reconstituer,
tout ou partie de la forme, de la ramure. (Voyez Restauration des arbres.)
8° Le dressage : c'est la direction des branches
Fig. iï. — Palissage à la loque.
de l'arbre selon certaines lignes pour en obtenir certaines formes.
9° Le palissage complète le dressage. 11 ne suffit
pas, en effet, de diriger, de dresser les branches, il faut les maintenir dans ces directions. On obtient ce résultat par le palissage, qui consiste à fixer les branches selon certaines lignes voulues, en les attachant sur un treillage, sur des tuteurs, sur les murs, au moyen de liens ou de loques et de clous. Le palissage à la loque suppose les branches prises dans un morceau de lisière, dont les deux bouts, ramenés l'un sur l'autre, sont fixés au mur par un clou (fig. 42). Ce palissage est plus coûteux que l'autre, il nécessite, sur les murs, la présence d'un enduit en plâtre d'au moins 3 centimètres d'épaisseur.
10° L'arcure est cette pratique horticole, fort ancienne déjà, par laquelle certaines branches ont leur pointe dirigée vers le sol et, au besoin, ramenée vers leur base pour décrire un arc de cercle. L'arcure a pour résultat de provoquer sur les branches opérées l'apparition d'organes fructifères. On l'applique plus spécialement aux arbres à fruits à pépins : poirier, pommier, vigne. En tous les cas, il ne doit être ni permanent, ni appliqué d'une façon courante.
11° La torsion rappelle l'arcure, elle en est le
diminutif, en ce sens qu'au lieu de l'appliquer à une branche entière, on ne l'inflige qu'à une portion de rameau et aussi sur les mêmes essences.
12" Le cassement résulte de la suppression d'extrémité de branches fruitières faites sans le secours d'aucun outil tranchant. On croit généralement que les plaies formées ainsi prédisposent les branches à fructifier, mieux que ne le ferait une coupe nette et saine.
Des arboriculteurs ont imaginé aussi le cassement partiel. Par cette opération, la partie rompue du rameau reste pendante, attachée encore par quelques fibres d'aubier et d'écorce. Quoique l'on ait dit beaucoup de bien du cassement en général, nous ne le croyons pas appelé à devenir une pratique courante de l'arboriculture, étant donné, du reste, que si on a scrupuleusement appliqué d'autres opérations meilleures, plus rien ne motive son
emploi.
13° Uèborgnage est la suppression d'yeux dont on n'a aucun besoin et qui eussent pu devenir des rameaux en dépensant mal à propos les sucs nourriciers de l'arbre.
Opérations de la taille estivale. — Ce sont les suivantes :
1° L' 'entailla. — Elle a pour but l'ablation d'une légère portion d'écorce et de bois, pratiquée soit au-dessus d'un œil ou d'une branche et alors à leur bénéfice, soit au-dessous de ces mêmes organes et alors à leur préjudice. C'est-à-dire que dans le premier cas, la sève, dont le cours est interrompu au-dessus des organes, agit sur eux, les fait profiter, tandis que dans l'autre cas, elle est détournée d'eux, d'où un résultat inverse.
On opère dès le début de la végétation (fig. 43).
Fig. 43. — Entaille.
2* Les incisions sont de simples coupures, des taillades faites dans l'écorce, ou bien ce sont des ablations de lambeaux d'écorce étroits et circulaires. On emploie ;
a L'incision transversale au-dessous ou au-dessus des yeux et dans le même but que l'entaille, mais seulement sur des rameaux trop faibles pour être entaillés.
b L'incision longitudinale. — Elle est faite dans le sens de la longueur des troncs ou des branches, pour provoquer leur grossissement, en permettant à l'écorce de former de nouveaux tissus qui augmentent sa circonférence.
Quand l'incision doit être faite sur une grande longueur, il vaut mieux lui substituer plusieurs incisions situées dans le prolongement les unes des autres et séparées entre elles par des intervalles de quelques centimètres.
Les incisions se pratiquent de préférence au printemps.
c L'incision annulaire ou ablation d'un anneau d'écorce sur toute la circonférence et généralement à la base d'un rameau, d'une branche, a pour but d'empêcher la dispersion, au-dessousde cetanneau, des éléments de la sève plastique formée audessus.
Pour opérer sur les rameaux peu volumineux (sarments de vigne), on emploie un outil spécial,
sorte de pince appelée bagneur, coupe-sève ; l'an- , neau ne doit pas mesurer plus de 0,01 de haut sur les grosses branches et 2 ou 3 millimètres sur les rameaux (fi g. 44).
Fig. il. — Incision annulaire.
Sur les grosses branches, on agit avec la serpette .
Le résultat de l'incision annulaire est souvent la mise à fruit de la partie supérieure à l'incision ou le développement, plus considérable du fruit préexistant (voyez la vigne).
Pratiquée sur la tige d'un arbre, elle présente quelque danger.
C'est encore au printemps que l'incision annulaire est appliquée aux arbres .
3° Uébourgeonnement est l'une des premières opérations de la taille estivale ; il consiste à détacher sur certaines parties de l'arbre divers rameaux naissants dont la présence est inutile ou nuisible. L'ébourgeonnemeut se pratique très tôt, mais en plusieurs fois ; les arbres faibles ou âgés sont ébourgeonnés les premiers et, sur un même arbre, les parties trop vigoureuses s'ébourgeonnent avant les parties faibles.
4° Le pincement est la suppression de l'extrémité herbacée d'un jeune rameau coupée avec les ongles. Le but du pincement est de rapprocher le sommet végétatif plus près des organes inférieurs de la branche amputée, pour qu'ils puissent en recevoir davantage de sève plastique ou sève élaborée. La végétation détournée, en quelque sorte, d'un certain point, se manifeste davantage sur d'autres points plus importants.
Le pincement, comme la taille, est pratiqué audessus d'un œil, appelé pour cela œil de pincement. On pince tôt, non avant cependant que les jeunes rameaux aient acquis une certaine consistance demi-ligneuse à leur base.
Dansdes cas particuliers, quand un premier pin-
Bbll.uu. Les Arbres fruitiers. 6
cernent a eu pour résultat de provoquer le développement de l'œil de pincement en un rameau de deuxième génération ou prompt bourgeon, on répète l'opération (le pincement) sur lui.
5° La courbure, qui se pratique en été, a pour objet de diriger la branche selon certaines courbes et de les maintenir ainsi au moyen de liens, pour faire prendre à l'ensemble de l'arbre une forme déterminée à l'avance.
6° La taille en vert est faite au sécateur sur des parties âgées de plusieurs mois dont la présence est devenue inutile , elle ne se pratique qu'après l'ébourgeonnement et le pincement. Le pêcher et la vigne surtout sont soumis à cette opération. Le poirier ne la supporte pas avec autant de succès.
7° Le palissage en vert n'est pas autre chose, quant à l'opération manuelle, que le palissage d'hiver, pratiqué en été sur des branches feuillées : branches charpentières et branches fruitières.
En espalier, le palissage des branches fruitières, en approchant les fruits des surfaces murales, leur procure une somme plus considérable de chaleur qui hâte la maturité.
Comme les autres opérations, le palissage se pratique en plusieurs fois. On commence toujours par les parties les plus fortes, leur croissance se trouve ainsi ralentie au bénéfice des parties faibles restées libres. Ces dernières ne seront palissées que plus tard. Les rameaux palissés ne devront pas se recouvrir mutuellement ; chaque lien n'embrassera qu'un seul rameau.
8" L'éclaircie des fruits exprime la suppression d'une fraction des fruits sur les arbres qui en sont trop abondamment pourvus. Le but de cetle opération est de permettre aux fruits réservés d'acquérir un plus fort développement, de ménager la santé des arbres naturellement faibles, et aussi, d'assurer la fertilité des années subséquentes; elle donne à l'arbre la faculté d'épargner chaque été la provision de matière plastique nécessaire à la production de nouveaux organes fertiles.
9° V effeuillage est la suppression de certaines feuilles, faite dans le but d'augmenter la coloration des fruits en les démasquant et en les exposant plus directement à l'action du soleil, ce grand générateur de la couleur.
L'effeuillage ne doit être fait que très tard,
quand les fruits ont cessé de grossir, et en plusieurs fois. Autant que possible, les feuilles immédiatement voisines des fruits ne sont pas enlevées ou, si elles le sont, c'est tout à fait en dernier lieu.
10" La récolte est l'action de recueillir les fruits pour les consommer ou les conserver.
Ceux que l'on récolte pour les consommer de suite se distinguent des autres en ce sens qu'ils mûrissent sur l'arbre ; les fruits qui se conservent, au contraire, à part le raisin, ne sont point mûrs quand on les cueille ; ils mûrissent dans les fruitiers, dans les locaux où on les a rentrés à dessein de les garder.
Bien qu'il y ait pour chaque variété de fruit une époque de maturité, cette époque ne pourrait être indiquée comme une donnée très précise, à cause des fluctuations de la température et de leur influence. L'on peut avancer, par exemple, que par les années exceptionnellement chaudes, la maturité est avancée, tandis que par les années exceptionnellement froides cette maturité est reculée.
On constate bien facilement que la maturité de la pêche, des raisins, est avancée ou reculée par
les modifications de la température et, forcément d'ailleurs, on avance ou retarde leur récolte; mais, lorsqu'il s'agit des poires ou des pommes, on a une tendance : celle d'admettre, pour la cueillette de chaque variété de ces fruits, une époque fixe et invariable. L'excuse est toute trouvée, les fruits" mûriront au fruitier, dit-on, mais ces fruits donnent parfois un gênant démenti; c'est ce qui arrive quand, au moment de la récolte, ils n'ont pas reçu la somme de chaleur et, par suite, la somme de principes plastiques nécessaires à l'accomplissement normal de leur maturité au fruitier. Il faut donc que les poires, les pommes aient acquis, au moment de la cueille, une sorte de maturité particulière, la maturité de la récolte, si l'on peut s'exprimer ainsi; l'autre, la maturité définitive et absolue, dépend de la première.
Quand nous traiterons spécialement de la culture des espèces, nous indiquerons comment et à quelle époque se doit faire la cueille de leurs fruits.
11° La greffe des boutons à fruit, que nous avons traitée plus haut dans le chapitre Multiplication des arbres fruitiers, est aussi considérée comme opération, de la taille estivale des arbres.
Bellair. Les Arbres fruitiers. f >
Art. V. — Culture annuelle du sol.
Nous désignons par culture annuelle du sol l'ensemble des travaux qui ont pour objet de maintenir la terre arable du jardin fruitier dans un état spécial de perméabilité, de propreté et de moiteur.
Chaque année, après que les arbres ont été taillés, le sol est ameubli par un labour superficiel donné au trident (sorte de fourche à trois dents plates).
Si cela est nécessaire, on enfouit, par ce labour, des engrais préalablement répandus à la surface.
Au printemps, en avril et mai, il est répandu sur le sol, au pied des arbres à racines fasciculées ou traçantes, une couche de paillis épaisse de 4 à 5 centimètres. Le paillis, ou fumier décomposé, en empêchant l'évaporation du sol qu'il couvre, maintient dans le voisinage des racines une moiteur favorable à leur élongation et à leur fonctionnement. Il ne faut donc pas négliger ce procédé de culture, surtout à l'égard des arbres nouvellement
plantés, des espèces à racines peu profondes (poirier greffé sur cognassier, vigne, pêcher greffé sur prunier, etc.), végétant dans un sol relativement sec.
Pendant l'été, il sera donné des binages. Biner le sol, c'est entamer la croûte à l'aide d'un outil appelé binette. On bine pour anéantir les mauvaises herbes, aérer le sol et diminuer l'action desséchante de l'air.
Art. VI.
Principales formes données aux arbres.
Les formes ont été imaginées pour deux raisons principales, d'abord parce qu'elles permettent que toutes les parties de l'arbre soient impressionnées par l'air et la lumière, deux agents fertilisants d'une grande puissance ; ensuite, parce qu'elles rendent possible l'utilisation de la chaleur des murs contre lesquels on applique leurs branches « en espalier », comme on dit.
Les formes sont symétriques ; cette symétrie s'impose, en quelque sorte, par la nature même de la végétation; elle préexiste, si l'on peut dire. Seulement, tandis qu'à l'état libre les arbres ont une
symétrie moins apparente que réelle et quelquefois contrariée par les influences extérieures ; à l'état domestique, nos poiriers, nos pêchers ont une symétrie rigoureuse, presque mathématique.
7llllllllll[lllnWllip»«IIM»llllllllll!l»l|lll|J lll|llj
Fig. 45. — Le candélabre. Forme à symétrie bilatérale.
On peut ranger toutes les formes en deux classes :
l r ° classe : les formes à symétrie bilatérale.
ufl
Elles sont caractérisées par la répétition de parties semblables à droite et à gauche d'un plan médian, qui est la tige. Exemple, les palmettes horizontales ou verticales, simples ou doubles, le candélabre (fig. 45).
Fl„ 4ç. — Poirier en forme de vasa. (Forme à symétrie rayonnante.)
2 e classe : les formes à symétrie rayonnante. Chez elles, la répétition des parties semblables se
fait tout autour du centre, qui est la tige de l'arbre. Exemple : la pyramide, le vase (fig. 46). Ces formes sont libres, les autres, au contraire, sont palissées, fixées contre un treillage élevé en plein air (contre-espalier), ou bien attachées près des murs (espalier).
Quel que soit leur genre de symétrie, ces formes sont grandes ou petites, leurs branches principales ou charpentières sont horizontales (palmette horizontale), ou obliques (pyramide), ou verticales (candélabre).
La longueur de ces branches ne doit pas dépendre de la seule volonté du jardinier, mais de la croissance de l'arbre, de sa force végétative. Sur ces branches charpentières, il est établi de petites ramifications dont la longueur est fixe, ce sont les branches fruitières.
Pour le jardin, ou doit préférer les formes présentant les qualités suivantes : obtention facile et peu coûteuse ; symétrie parfaite ; aérage et éclairage suffisants.
Ces formes sont les suivantes :
Pour la vigne : la Thomery et le Cordon vertical.
Pour le poirier et le pommier : la pyramide, le vase ou gobelet, la palmette verticale double à un nombre variable de branches, la palmette verticale simple, la palmette horizontale double, la palmette horizontale simple, le cordon horizontal.
Pour le pêcher : le candélabre, la palmette verticale double, les palmettes alternes, la palmette en U simple.