RECOLTE
Malheureusement , les hommes occupés à la récolte du latex et à sa manipulation pratiquent presque toujours des mélanges très préjudiciables à la qualité du produit définitif. Si encore ils secontentaient de faire entrer dans ces mélanges des latex fournis par diverses espèces de Palaquium,\^ mal ne serait pas très grand ; mais ils utilisent tous les latex ([u'ils peuvent trouver à leur disposition et ils obtiennent ainsi des guttas qui sont non seulement de cjualité très médiocre, mais encore qui présentent d'un point à l'autre d'un même lot des différences très appréciables, (^e (|ui constitue wnç", grande diflicHilté pour l'utilisation ultérieure. De |)lus, ces produits peuvent bien posséder h^ j)ouvoir isolant qu'on réclame de la gutta-percha pour la fabrication des câbles, mais ils se travaill(Mit plus diiïicilement (jue la l)onne gutta et se détériorent très vite.
D'ailleurs, dans les entrepôts de Singapour, on pi'ali(|ue sui" une vaste échelle ces mêmes mélanges et il serait ])resque toujours très diOicile d'assigner
RECOLTE 2<j
une origine botanique certaine aux guttas actuellement livrées au commerce.
A Sumatra, l'exploitation entraîne toujours l'abattage de Tarbre ; les indigènes récolteurs de gutta, quand ils ont découvert un arbre producteur de gutta — : et pour cela ils n'ont pas même besoin de voir le leuillao-e, l'examen du tronc et de Técorce leur sufïit — ils abattent cet arbre en se servant de haches de diverses formes et quand il est à terre, ils font sur l'écorce, à des distances variant de o°',3o à o^'jôo, des incisions annulaires dans lesquelles s'accumule le latex.
Dans ces conditions, on le comprend facilement, il se perd une grande quantité de latex qui tombe à terre ; de plus celui qui reste dans les incisions est toujours mélangé à des morceaux d'écorce. Bien mieux, en certaines régions, pour empêcher la perte du latex le récolteur déchire avec la hache les bords de l'incision et détache ainsi de nombreux petits fragments d'écorce qui se mélangent au latex, l'empâtant et l'empêchant de s'écouler.
(( Les chercheurs de gutta qui viennent d'exploiter un arbre dans les forêts et qui se sont procurés une certaine quantité de son produit n'en ont point assez pour la vendre à profit. Ils se mettent en route pour trouver un autre pied qui leur donnera une gutta de même qualité, et comme généralement ils ne le trouvent pas assez vite, à cause de l'exploitation destructive pratiquée depuis longtemps, ils s'adressent.
3o LES ARBRES A GUTTA-PERCHA
pour ne pas perdre de temps, au premier arbre à gutta qu'ils rencontrent, jusqu'à ce qu'ils aient obtenu une quantité suffisante. Revenus dans leurs villages ils ont en main diverses sortes de guttas ; mais de chaque sorte une trop petite quantité pour pouvoir la vendre; c'est alors qu'ils se livrent à ce mélange dont nous avons parlé plus haut. Ils savent bien euxmêmes que si l'opération du mélange ne réussit pas à souhait ils ne pourront stipuler qu'un prix peu élevé, beaucoup j^lus bas que celui qu'ils seraient en droit d'exiger si la gutta était sans mélange. Mais pour eux l'affaire est d'écouler le produit aussi vite que possible. Ne faut-il pas qu'ils vivent et, pour vivre, comment attendraient-ils qu'ils aient séparément des gantans àc chaque sorte de gutta-percha ? (i)
Le latex épaissi et mélangé de fragments d'écorce est jeté dans un pot rempli d'eau chaude ; la gutta se ramollit ; on la pétrit à la main et on enlève généralement les plus gros fragments de bois ou d'écorce. (]ctle opération peut être pratiquée une seule fois seulement ou au contraire répétée plusieurs fois: C'est ce qui expli(|ue Taspect feuilleté des pains; c'est aussi ce qui pi'oduit leur coloration car les matières colorantes contenues dans les écorces se mélangent intimement à la masse.
Burck évalue à 200 grammes la quantité de gutta complètement épurée que peut fournir un Palaquium
(i) W. BuucK. Loc. cit., p. 78.
RÉCOLTE 3i
oblongifolium de 20 mètres de hauteur et de o°',6o de circonférence à hauteur d'homme.
Serullaz dit qu'un arbre de 3o ans peut fournir 'j5o à 260 grammes de gutta.
Il faut ajouter d'ailleurs que les indigènes saignent larement des arbres aussi jeunes et que les quantités réellement obtenues sont toujours plus considérables. Il serait évidemment bien préférable de saigner l'arbre sur pied, sans l'abattre. Les expériences que Burck a entreprises à ce sujet montrent bien que cette opération serait sans danger, au moins si elle était pratiquée avec un peu de soin.
Les renseignements que nous possédons actuellement sur la production et sur la récolte de la guttapercha à Bornéo ne sont ni assez précis, ni assez comparables aux données précédentes pour qu'il paraisse utile de s'v arrêter.
Pour ce qui concerne la récolte et la coagulation du latex de Balata on est beaucoup mieux renseigné.
Au Venezuela et dans la Guyane hollandaise (le long des rivières Corantyn, Nickerie et Coppename), des collecteurs peu scrupuleux abattent les arbres pour en extraire le plus de latex possible. Quand les arbres sont ainsi abattus et maintenus à une certaine hauteur sur des traverses, on fait des incisions circulaires de 0^^,30 en o°',3o environ et le latex s'écoule dans des récipients placés au-dessous. On emploie même des presses portatives pour exprimer l'écorce détachée de l'arbre et en retirer tout le contenu.
Dans la Guyane anglaise (aux environs de Berbice, dans les bas-fonds de Swampey Ganje), on se contente de saigner méthodiquement les arbres sans les abattre. D'après M. Th. Rousseau, le meilleur moyen consisterait à enlever et à laisser alternativement des rectangles d'écorce égaux en surface et de presser ensuite l'écorce détachée pour en exprimer tout le latex qu'elle renferme (i). M. Hayes, agent général des cultures de l'Administration pénitentiaire, pense que pour exploiter la balata sans amener la destruction des arbres, il faudrait soumettre ceux-ci au rjemmage à temps, c'est-à-dire ne les saigner que sur un tiers de la circonférence tous les 5 ans. Cet aorent recommande d'enlever d'abord les mousses qui recouvrent l'écorce, puis de pratiquer une entaille dirigée verlicalement. Sur cette entaille, qui sert de collecteur viennent aboutir d'autres entailles dirigées oblicpiement de haut en bas et espacées de o'",3o à o^'jSô les unes des autres environ. Au bas de l'incision verticale un récipient est disposé pour recevoir le latex.
On se contente souvent de praticjuer des incisions oblicpies sans collecteur vertical ; le latex coule alors à la surface de l'écorce et on le recueille comme il est dil |)lus hanl.
(^)uant à la coagulation elle se fait dans des jjacs
(i) Lecomte (II.) I-a Balala ù la Guyane française. Revue coloniale, juin i8g5, p. 'i~3.
RÉCOLTE S.'î
assez larges mais peu profonds (au plus o"",!©) où on verse le latex. Celui-ci se coagule spontanément à la surface et forme une croûte qu'on enlève pour permettre une nouvelle coagulation. Les plaques ainsi obtenues sont mises à sécher — comme du linge — sur des cordes tendues à cet effet. Les expériences que nous avons effectuées nous ont donné environ 3o pour loo de balata sèche sur des latex venant de la Guyane. Il est clair que ces résultats sont susceptibles de varier dans d'assez larges limites suivant la richesse du latex en eau et par conséquent suivant les saisons (Geoffroy, 44 pour loo ; Bleckrod, 1^,28 pour 100).
Un règlement adopté par le Conseil génér;d de la Guyane française et qui a été rendu exécutoire par arrêté du Gouverneur de la Colonie en date du 18 janvier 1896 a réglementé le régime des concessions pour éviter la destruction des arljres à Ijalata.
Extraction des feuilles. — Quand on déchire délicatement le limbe d'une feuille fraîche ou même sèche d'un Palacjuium fournissant de la gutta utilisable on voit de nombreux filaments de ouita réunissant les deux lèvres de la déchirure. L'observation microscopique montre d'ailleurs de nombreux laticifères parcourant les tissus de la feuille. Il était donc tout naturel de penser à retirer la gutta des feuilles.
En mars 1892, Dieudonné Rigole (i) proposait
(i) Engl. Pat. Spec. Mars 1892.
Lecomte.
d'employer à cet usage le sulfure de carbone pour le traitement des feuilles.
Presque au même moment MM. Jungfleisch et Serullas indiquaient un autre procédé et en réalité il
n'est pas possible de leur refuser la paternité de cette méthode car si la communication de M. Jungfleisch à la Société d'Encouragement date du lo juin 1892, deux mois auparavant, M. Serullas, dans une communication antérieure, avait fait allusion à cette méthode nouvelle et bien longtemps avant, MM. Jungfleisch cl Serullas avaient dressé un programme (féludes. Le dissolvant le plus facilement utilisable leur a paru être le toluène. « Il dissout simultanément, sans les altérer, les trois composants essentiels de la gutla-percha ; il est très facile à séparer du produit dissous; il est très maniable* sans grandes pertes quand on le met en œuvre dans des appareils a))propi'i('*s : il est |)ar suite économie] ue (1). »
FiG. 3.
(i) .luNCFLEiscii. /.'i i>rod action de la gutta-prrcha, communicalloii il la Soc. (rcncouriigfMiiciil . lo juin 189'i.